
La lagune du Fernan-Vaz, ou du moins son déversoir de Ntchuwa-Aguma, a été probablement découverte au xve siècle vers 1475 – lorsque les navigateurs portugais atteignirent le Cap Sainte-Catherine après avoir découvert les îles de SAO. Tomé, Anno-Born et Principe, appelée
d’abord île de Sainte-Anne; ou bien vers 1472-1482 lorsque Fernan-Vaz ou Fernâo Vaz auquel elle doit son nom, reçut l’ordre d’explorer quelque 200 lieues de côte au-delà d’Elmina (Côte de l’Or).
Est-ce à l’époque de la découverte de son déversoir ou seulement au moment de la traite des esclaves que les Portugais explorèrent la lagune du Fernan-Vaz ? Il est difficile de le dire.
En tout cas, dans la vaste plaine d’Ekové, située en face du confluent de la rivière Mpulunié et limitée par une berge à pic se trouvait naguère un de leurs gros canons de bronze.
Un jour, à ce que l’on raconte, la berge, minée par les eaux, s’écroula et la canon glissa dans la lagune où il ne put jamais être repêché.
D’où l’adage connu: « il veut renflouer le canon d’Ekové, pour dire de quelqu’un qu’il veut tenter l’impossible ».
C’est sur cette élévation de terrain que, d’après la tradition locale, le
Ré-Nima, la terreur de son temps, établit plus tard sa résidence ordinaire, d’où il rayonnait pour rançonner les tribus avoisinantes et peupler son village de captifs ramenés de l’intérieur et revendus aux négriers.
La lagune du Fernan-Vaz ou Eliwe-Nkomi (lac ou lagune des Nkomi) est une immense nappe d’eau, s’étendant du nord au sud, à quelque distance de l’océan, entre le Cap Lopez et le Cap Sainte-Catherine.
Parsemé d’îles nombreuses, entouré de plaines verdoyantes, de sites charmants, ce beau lac devait attirer sur ses bords les Noirs, qui trouvaient là du gibier en abondance, du poisson à profusion et des terres extrêmement fertiles.
Géographiquement parlant, la lagune du Fernan-Vaz se compose de 4 parties distinctes:
1. le lac d’aval, de forme allongée, parallèle à l’océan, dont il n’est séparé que par une étroite bande de plaine sablonneuse;
2. le lac d’amont, aux contours arrondis, s’enfonçant dans les terres, où il est prolongé à l’est par le Rèmbo-Nkomi, au sud par le Mbiviè;
3. la lagune d’Assébé ou Assévé, en retrait derrière l’île de Nengué-Sika ;
4. la lagune de Ntchonga, ou Ntchonga-Ntchinè, aux nombreuses échancrures, cachée par les îles Walè, Ikorwè et Nengué-Mpolo.
Surnom du Fernan-Vaz: Eliwa z’akoukou, le lac « aux voiles », par opposition aux autres lacs et lagunes de la région où l’on ne voit presque jamais d’embarcations naviguant à la voile.
«Le Fernan-Vaz, écrit l’explorateur du Chaillu, l’une des clefs de cette contrée, est d’un accès très difficile, à cause des bancs de sable mouvants qui en encombrent l’entrée [Olèndè, Ozori] et, pourtant, il n’a jamais moins de quinze à vingt pieds d’eau de profondeur, en tout temps.
Ce fleuve, aussi bien que le Mexias [Animba], verse dans l’Océan, pendant la saison pluvieuse, des torrents d’eau douce en immense quantité.
L’abondance en est telle et le courant si rapide, que bien que les embouchures aient à peine un demi-mille de large, le volume d’eau qui s’en échappe pendant les pluies se fraie une voie à part à travers l’Océan jusqu’à une distance d’au moins 4 à 5 milles avant de se mêler à l’eau salée.
J’ai même vu des époques où la marée n’avait aucune action sur
cette puissante colonne d’eau qui refoulait les effets de la mer.
Migration Nkomi
La dernière étape des Nkomi, avant d’atteindre la lagune du vernan-Vaz dont ils ne soupçonnaient guère l’existence, se situe d’après la tradition aux alentours de la grande plaine d’Elussa ou Enèka, sise à environ 20 ou 25 kilomètres, à vol d’oiseau, de la région d’Asséwé.
C’est en chassant dans la forêt qui s’étend entre Elussa et Asséwé qu’un homme, du nom d’Erenga Opépé du clan des Avèmba n’Ayègué découvrit la lagune.
Un beau jour, il se trouva tout à coup devant une immense nappe d’eau s’étendant à perte de vue devant lui. C’était le FernanVaz.
Son fils, Ré-Nima-Igalo, fut le premier chef des Nkomi sur la lagune. Après les Avèmban’Ayègué, vinrent ensuite les clans des Avogo-n’Abulia, celui des Assono, et celui des Avandji Aliwa.
Tous sortirent au fond d’Asséwé, à l’endroit où se trouve actuellement la factorerie de la C.E.F.A., entre les villages Ntchang-Onivi et Ikassa.
Ils ne s’éparpillèrent sur la lagune qu’après avoir reconnu le pays.
Certains d’entre eux, comme les Abulia, remontèrent le Rembo-Nkomi.
Quelques autres, tels que les Adjéna, les Ayamba, les Avandji, etc… , à la suite de guerres intestines, se dirigèrent vers le bas Ogoouè.
Enfin le clan des Ekamamo, d’origine ngowè, rejoignit celui des Akassomba, qui lui était apparenté, en débouchant sur le Mpiviè.
Au dire des Nkomi, avant l’intronisation du grand Ré-Ngondo, ou chef suprême, leur tribu occupait déjà tout l’espace compris entre Ashuka-ni-Nkomi, sur le Rèmbo, d’une part, et celui situé entre Ngola, sur l’Ogoouè et la lagune d’Iguèla, d’autre part.
Ils furent par la suite soumis à un seul et unique commandement, tant que régna ce grand chef. Mais, sous ses successeurs, Onango-Yombi et Oyarî-Nkonga, ils vécurent de nouveau à l’état de familles fractionnaires, sans aucun lien politique.
Il est assez difficile de fixer la date d’arrivée des Nkomi au Vernan-Vaz.
Aucune des anciennes cartes que j’ai pu consulter, celle de Guillaume de l’Isle (1733) et celle de Robert de Vuagondy (1778) ne fait mention d’eux, ni sous leur nom actuel de « Nkomi », ni sous leur nom primitif
d’« Itani » ; tandis qu’elles signalent toutes deux les « Pongo » ou Mpongwè au nord et les « Gobbi » ou Ngubi, Ngobé, Ngoouè au sud, au-delà du Cap Sainte-Catherine.
On sait seulement, d’après les vieux Nkomi, que les Itani découvrirent la lagune du Fernan-Vaz et s’y installèrent avant l’arrivée des Ngowè, puisqu’ils trouvèrent une partie des Vili dans les parages du Cap Sainte Catherine et les chassèrent au-delà d’Iguéla où ces derniers s’établirent à Petit-Loango.
Puis, à l’approche des Ngowè et des Balumbu, le groupe des Vili indiqué ci-dessus continua sa marche vers le sud, pour aller s’établir sur les bords de la Nyanga (Vili de Mayumba).
Selon toutes probabilités, avant de passer entre les lacs Ezanga et Oguèmouè d’une part et le Rèmbo-Nkomi d’autre part, en direction de la lagune et de l’Océan, les Nkomi ont émigré, en dernier lieu, des savanes avoisinant la Ngouniè, où même d’au-delà de cette rivière, sur son versant oriental occupé aujourd’hui par les Apindji et les mitsogo auxquels ils se disent apparentés.
C’était aussi l’opinion de .Mgr .Martrou, qui avait dû se renseigner auprès des anciens de la tribu.
Qui trouvèrent-ils dans la région ?
Sans doute quelques groupements de Pygmées, disséminés çà et là.
Car longtemps après l’arrivée des Nkomi, il en existait encore un bon nombre.
Les familles nkomi, d’abord dispersées peu après leur arrivée – sur les divers points de la lagune et du Rèmbo, formèrent vers le début du siècle dernier un peuple uni sous l’autorité de leur grand chef Ré-Ngondo du clan des Avogo, en résidence à Agnambiè, vers le Cap Sainte Catherine.
Puis, à la mort de ce chef, devant l’incapacité de ses successeurs, chacun des petits chefs reprit sa liberté..
A l’époque de l’explorateur du Chaillu (1857), les villages nkomi s’échelonnaient tout le long de la côte, depuis le Cap Sainte-Catherine jusqu’à Oléndé.
Lorsque la « Caroline », la goélette sur laquelle il était venu du Gabon, avec un équipage de toutes tribus, passait en vue d’un village, ils étaient hélés par des pirogues pleines de Noirs (lui les priaient de venir s’établir chez eux.
Aujourd’hui, ces villages ont tous disparu.
Même sur les bords de la lagune, de nombreux villages nkomi n’existent plus et sont remplacés par des villages ngowè, eshira ou fang.
La population est très mêlée, notamment dans les deux localités principales d’Ombouè et de Kongo.
On compte encore un bon nombre de Nkorni dans la région de l’Ogoouè Maritime: Delta, lacs Anengé et Avanga-Ashouka, Port-Gentil.
Au mois d’octobre 1891, le Gouverneur Général de la colonie du Congo français envoyait au Fernan-Vaz un délégué, M. Berton, administrateur colonial, avec mission d’explorer le pays, de rechercher les ressources de cette région, d’étudier son climat, les dispositions des indigènes, pour
savoir si se justifierait l’établissement d’une nouvelle circonscription administrative sur ce point.
Voici un extrait du rapport de celui-ci:
« La race dominante, la plus digne d’intérêt et des sacrifices de notre colonie est certainement celle des Nkomi. »
Lorsque les négociants anglais s’établirent anciennement au Fernan-Vaz,
ils eurent souvent maille à partir avec les autochtones, qui ne connaissaient les Blancs que par les tristes échantillons qui se trouvaient en relations permanentes avec le Fernan-Vaz pour le commerce des esclaves…
Les Nkomi sont des hommes de teint plus foncé que les Mpongwè, de taille bien prise, aux formes athlétiques, rappelant celles de Kroumens…
Ce qui fait la force réelle de ce peuple, c’est la réglementation rigoureusement observée de la hiérarchie et du pouvoir. L’autorité est partagée entre plusieurs familles puissantes.
Mais parmi ces familles d’antique origine, une seule a le privilège de fournir à la nation le Ré-Ngondo, grand chef des Nkomi, et chef de tous les rois de la tribu.
C’est le système féodal.
Quand le Ré-Ngondo vient à mourir, les chefs de village et les grands dignitaires se réunissent et choisissent son successeur parmi les
membres de la famille royale de Awogo.
Le Ré-Ngondo a seul le droit de nommer aux grandes dignités et cette nomination confère le titre Oga.
L’autorité du Ré-Ngondo est très réellement reconnue, sans conteste, par tous les Nkomi, et son pouvoir est absolu…
Les EuropéeJls trouvent au Fernan-Vaz une nourriture convenable et à bon marché.
Les légumes produisent beaucoup et sans difficultés. Cette région est très giboyeuse; les grandes plaines sont parcourues par les bœufs et les antilopes; le lac fournit le lamantin, l’hippopotame et d’excellent poisson. Beaucoup de sangliers et de porcs sauvages dans la brousse.
Le voisinage de la mer permet de se procurer facilement des huîtres et des crustacés.
Grâce aux brises qui rafraîchissent constamment l’atmosphère, l’état de santé des Européens est généralement satisfaisant.
En général, les terres qui environnent le Fernan-Vaz sont basses et marécageuses.
Cependant, on trouve de véritables plateaux à l’extrémité de la lagune Ntyonga, à l’embouchure du Rèmbo-Nkomi, dans le Rèmbo lui-même et dans la crique Mpiviè, à l’entrée de laquelle se trouve la Mission Sainte-Anne, d’ailleurs admirablement située, La lagune Ntyonga renferme beaucoup de plaines propres à la culture, et appelées, à mon avis, à un très grand avenir agricole, dont sauront profiter, j’espère, les maisons françaises de la colonie.
Enfin, la brousse des pays équatoriaux, avec sa sylve colossale, et prête à l’exploitation, dresse sa frondaison un peu partout…
Le Fernan-Vaz est parcouru en tous sens par des brises rafraîchissantes, et les orages s’y font sentir avec moins d’intensité qu’au Stanley-Pool et qu’au Gabon.
Rien, enfin, ne saurait rendre l’impression inoubliable que laissent certains couchers de soleil!
La magie de ce spectacle est souvent pour beaucoup dans l’affection que peut inspirer un pays qui n’est pas le sol « natal! »
Notons que les Nkomi s’assemblaient deux fois par an dans une vaste plaine appelée Ondjingo, située en direction de Mpando, face au chenal qui fait communiquer les deux lagunes d’amont et d’aval.
Là ils jugeaient leurs procès devant les Anciens réunis sous la juridiction du Ré-Ngondo, leur chef suprême.
En 1857, Paul du Chaillu fit un premier séjour au Fernan-Vaz, où il se lia avec les chefs qui gouvernaient le pays.
Sur la recommandation de Will Glass, un de ses amis du Gabon, il s’établit à Mbiagano, le village du chef Ré-Mpano, d’où il visita les diverses parties de la lagune, ainsi que le lac Anengé.
Il se rendit également à Agnambiè, l’ancienne résidence du grand chef Ré-Ngondo, décédé vingt ans auparavant.
Voici la description qu’il en fait : « Agnambiè est situé sur le rivage de la mer, près de la pointe Igéga, au nord du Cap Sainte Catherine.
Cette pointe protège le débarquement.
Là était autrefois le point central des Nkomi aujourd’hui dispersés.
Il y a vingt ans, le roi Ré-Ngondo y régnait sur une population de trois
mille âmes.
C’était une place renommée pour ses marchés d’esclaves, comme pour l’ivoire et les autres produits d’Afrique.
Les autochtones parlent toujours avec vénération de leur grand roi.
Après sa mort, les principaux personnages du pays se divisèrent en familles rivales, la ville fut détruite, et peu à peu la tribu se dissémina sur la surface du pays.
La mort de leur roi avait porté le coup fatal à leur prospérité.
C’est aux alentours de la pointe que les restes de ce chef ont été inhumés.
Depuis lors, disent les Nkomi, son ombre s’est fixée là.
Aujourd’hui c’est encore un lieu sacré où les gens vont invoquer
les esprits du grand chef dans certaines circonstances exceptionnelles.
Plus tard, sur l’invitation de Nkombé Ngéngéza, chef du clan des Abulia, résidant au village de Ngumbi, qui lui avait envoyé un message, du Chaillu profita de la saison sèche pour remonter le Rèmbo-Nkomi (février 1858).
Grâce à l’amitié de ce chef, il put visiter le pays des Bakèlè et celui des Eshira, en longeant la rivière Ofubu.
Entre 1887 et 1895, les premiers missionnaires qui visitèrent ces parages trouvèrent le nom de Paul du Chaillu gravé sur un énorme rocher dans la région montagneuse d’Ifumbi n’Ondèlè.
Chez les Eshira on le désignait sous son prénom de Paul (Polu) et chez les Nkomi, sous son nom de du Chaillu (devenu Sayé).
A son retour d’au-delà de la Ngouniè, du Chaillu repassa chez Ngèngèza, dont il nous a tracé le portrait suivant:
Ngèngèza est un homme âgé, dont la chevelure est blanche; grand, maigre, d’une contenance sévère qui indique beaucoup de courage et d’énergie, qualités qu’il possède réellement et qui lui ont valu, dans son pays, une très grande célébrité.
C’est vraiment un personnage remarquable, relativement au milieu dans lequel il se trouve.
Du Chaillu a pu, à juste titre, être considéré comme un bienfaiteur des Nkomi car il est le premier qui ait attiré l’attention sur le Fernan-Vaz.
Jusqu’alors aucun européen n’avait exploré ces régions.
Il en fit des récits merveilleux qui, malheureusement, n’émurent guère les Français et ce furent les Anglais qui, les premiers, y établirent des maisons de commerce.
Il y vint même un Américain, nommé Lollet, dont le souvenir ne s’effacera jamais de la mémoire des Nkomi.
On le considère comme un Dieu.
Durant de longues années, il vécut parmi eux, comme un père au milieu de ses enfants, parlant leur langue, se mêlant à eux, leur enseignant la culture et le commerce.
Il invitait, à certains jours, jusqu’à trois cents autochtones, qu’il réunissait dans une plaine, non loin de sa factorerie, et il se mêlait à cette foule comme l’un d’entre eux.
Sa mort fut pleurée par toute la tribu, et le lieu de sa sépulture est une terre sacrée où il est interdit de couper une branche d’arbre et de construire une habitation.
C’est cet homme, disent les Anciens, qui commença à donner aux Nkomi des moeurs plus douces et des habitudes moins sauvages.
Mais depuis longtemps Lollet est mort, et les Nkomi n’ont pas encore appris toutes les choses des Blancs.
Qui le remplacera?
Lollet s’établit tout d’abord à Adjanga, où il donna à sa factorerie le nom de Brooklyn (devenu Burukulèni dans la bouche des Nkomi).
Dans la suite il sé transporta à l’île Mowè dont il changea le nom en celui de Ninguè-Sika (île d’argent).
On dit qu’il y entreprit de grandes plantations pour
inspirer aux Nkomi le goût de l’agriculture. A sa mort, il fut inhumé dans l’île d’Adjanga.
Une Graminée (Cenchnts echil1atlts) , répandue au Fernan-Vaz, porte le nom d’« herbe à Lollet» (mboto yi Lollet), qui l’aurait introduite autrefois dans le pays.
En 1867, le I,ieutenant de vaisseau Aymès, commandant le « Pionnier n, envoyé par l’Amiral Fleuriot de Langle, reconnaissait le Fernan-Vaz et le Bas-Ogoouè où il signait une série de traités avec les chefs de ces régions.
Au Fernan-Vaz il venait aussi mettre fin à l’anarchie qui y régnait, ainsi qu’aux assassinats et aux crimes qui s’y commettaient.
Après la mort du grand chef Ré-Ngondo qui avait rassemblé autour de lui, à Agnambiè, environ trois mille âmes, son fils Onanga-Yombi avait en vain prit le nom de Ré-Ngondo : ce nom avait perdu son prestige et l’autorité lui avait échappé.
Les petits chefs, jaloux les uns des autres, s’unissaient pour abattre celui qui semblait s’élever au-dessus de ses voisins.
La famille des Abulia, entre autres, possédait le privilège de barrer à volonté le Rèmbo-Owanga, source principale du commerce du Fernan-Vaz, assez étroit pour être facilement clos par des piquets fixés dans le lit de la rivière.
Ngèngèza, leur chef, qui résidait à Ngoumbi, avait favorisé l’explorateur du Chaillu en 1858.
Il était mort lorsqne le «Pionnier» parut dans l’Eliwè-Nkomi.
De temps en temps, Ngèngèza autorisait quelques riverains du cours inférieur du Rèmbo, qui avaient des femmes à Ngoumbi, à wnir y couper de l’ébène.
Mais cette permission n’était accordée qu’avec beaucoup de réserve, et Ngèngèza, que rien ne gênait dans ses entreprises, avait réellement le
monopole du commerce dans toute cette riche contrée, si bien qu’il considérait comme ses vassales toutes les peuplades échelonnées au-dessus de lui.
Le Lieutenant Aymès trouva les chefs rassemblés à l’entrée du Fernan-Vaz.
Ils lui demandèrent une entrevue dans laquelle ils lui exposèrent que leur autorité était méconnue, que le commerce était menacé dans sa source, si l’on ne réfrénait pas les meurtres et les pillages qui se commettaient trop souvent avec la plus grande impunité. C’était pour mettre fin à ces désordres, disaient-ils, qu’ils s’étaient rassemblés.
Ils voulaient aussi punir l’ancien Akaga ou chef de guerre de Ré-Ngondo qui avait tué un homme de Ngoumbi.
Le chef des Abulia menaçait de barrer l’Owanga et d’exercer des représailles si le crime restait impuni.
L’Akaga était traqué par terre et par mer.
Réduit à cette extrémité, il inspirait encore aux chefs nkomi une assez grande crainte par son ascendant et son éloquence à laquelle les gens du pays étaient sensibles.
C’est pourquoi ils eurent recours au Lieutenant Aymès et se décidèrent à traiter avec lui.
Jusque-là les Nkomi étaient restés hostiles à l’introduction des Européens dans les eaux intérieures de leur lagune du Fernan-Vaz, où la traite paraissait devoir leur suffire, et ils ne comprenaient pas encore quel lien les unissait au centre commercial.
Ils sont entrés depuis dans notre alliance sur le même pied que les chefs mpongwè et orungu.
Les chefs de tribu, qui avaient souvent entendu parler des missionnaires catholiques du Gabon, de leur charité pour les malades, de leur zèle pour l’instruction de l’enfance, désiraient en avoir au sein de leurs villages.
Ainsi le roi du Vieux Camma, à l’embouchure du Ferrnan-Vaz, un peu au-dessous de l’Ogoouè, avait fait écrire au Supérieur de la Mission du Gabon la lettre suivante:
Vieux Camma, le 30 juin 1879;
Monsieur, j’ai l’honneur de vous informer que moi, Nkangé, le plus jeune frère de Ré-Ngondo, roi de cette contrée, viens vous prier de vouloir bien nous envoyer des missionnaires français. Nous désirons vivement qu’ils aient la bonté d’instruire nos jeunes gens. Nous savons fort bien que les missionnaires américains sont répandus sur toute la côte; voilà pourquoi nous vous prions instamment de vouloir bien nous envoyer un de vos missionnaires pour choisir tout d’abord la place qui pourrait lui convenir.
J’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très obéissant serviteur. Nkangé, le plus jeune frère du Roi. »
Dix ans auparavant, en 1869, le P. Le Berre (le successeur de Mgr Bessieux) avait fait une excursion à l’entrée de ces rivières.
Mais alors il n’avait pas été possible de s’y fixer. En r884, le P. Neu fit un voyage au pays des Camma (Nkomi).
Lors de son passage dans cette tribu, un des principaux chefs du pays lui adressa un discours éloquent dans le but d’obtenir des missionnaires
et les chefs se disputèrent pour savoir qui aurait le bonheur d’avoir les Minissè chez lui.
On donna naturellement la préférence à celui qui était venu au Gabon pendant le voyage de Mgr Le Berre en France et qui, après comme avant, ne cessait d’écrire pour avoir des missionnaires.
Enfin, au début de 1887, le P. Gachon se rendit au Fernan-Vaz pour y choisir un terrain et, en mars de la même année, les PP. Bichet, supérieur, et Buleon, avec le F. Gustave, installaient la station de Sainte-Anne à Odimba, sur le terrain cédé par Nkangé, au voisinage de la rivière Mbiviè.
Dix ans plus tard, en juillet r897, pour reconnaître tout le bien accompli par les missionnaires catholiques dans leur pays, les chefs nkomi réunis intronisèrent le R. P. Bichet comme Ré-Nima ou chef suprême.
A cette époque lointaine, le F. Mathias, qui porte encore allègrement
ses 78 ans d’âge et ses 58 ans d’Afrique, venait d’arriver au Fernan-Vaz depuis deux ans (1895), à l’âge de 20 ans (r).
Dans l’histoire des Nkomi, il est question de deux grandes guerres.
Durant la première guerre, les Nkomi infligèrent une sanglante défaite aux Vili, vers l’étang d’Elay mbisi (mbisi est un mot vili qui veut dire poissons ou poissonneux), aux environs de la plaine d’Agnambiè, et les chassèrent, pour toujours, de cette région.
Le F. Mathias est décédé le 12 septembre 1957, à l’âge de 82 ans, après 62 d’Afrique. Ces notes ont été rédigées en 1953.
Dans la seconde, le célèbre Rogombè, roi des Orungu, battit les Nkomi à plate couture et poussa sa conquête jusque vers la lagune.
A la suite de cette victoire, il les appela du nom qu’ils portent actuellement (( ceux d’en arrière ll).
Plus tard, les Nkomi prirent leur revanche, au lieu-dit Nbumba, sur la lagune du Fernan-Vaz, en aval du poste d’Ombouè.
Trompant la vigilance de leurs ennemis, ils firent aller toutes leurs pirogues à la dérive, durant la nuit.
Le lendemain matin, les Orungu, n’ayant plus d’embarcations, furent cernés et massacrés ou se noyèrent dans les eaux de la lagune.
Les autres guerres furent des luttes fratricides de clan à clan ou de village à village, telle cette bataille de dames dont parle le Marquis de Compiègne.
Pendant les derniers jours que je passais au Fernan-Vaz – écrit-il la tranquillité fut troublée par un événement imprévu.
Les femmes de Sea-Forth avaient eu à se plaindre grave ment de celles du village de Rempano.
Ayant résolu de venger elles-mêmes l’insulte qui leur avait été faite elles s’empilèrent dans une grande pirogue de guerre et vinrent débarquer dans la plaine derrière London-Factory, où elles offrirent le combat à leurs rivales.
Le défi fut accepté; de part et d’autre il était interdit de se servir d’aucune arme.
La bataille eut donc lieu un gui bus et rostro ll, à coups de griffes et à coups de dents; la suprême ambition de chaque combattante était d’arracher, ou tout au moins de déchirer l’oreille de son ennemie.
Des deux côtés on déployait une véritable férocité; mais bientôt les assaillantes, inférieures en nombre, furent horriblement maltraitées et finalement obligées de prendre la fuite et de regagner leurs pirogues au milieu des huées de celles qui les avaient si glorieusement vaincues.
Aussi, elles revinrent à Sea-Forth rongées par la honte et enflammées de colère; elles n’ont pas de peine à faire partager leurs fureurs à leurs maris.
Aussitôt Ogandaga, le chef du village, se met à leur tête et, armés en guerre, ils montent à leur tour dans la pirogue de guerre et vont provoquer les hommes de London-Factory.
C’était, m’a dit Wysie, témoin oculaire, un beau spectacle:
Rempano, prévenu, les attendait en grand costume de combat; à ses côtés, des moutards soufflaient à pleins poumons dans des cornes de guerre, tandis que d’autres frappaient à coups redoublés sur un vaste tam-tam.
Rempano se conduisit, dans cette circonstance, comme un courageux des anciens temps; il défendit à ses hommes de faire usage de leurs fusils et voulut que l’invasion fut repoussée à l’arme blanche, c’est-à-dire avec les couteaux et les machettes.
La lutte fut sanglante, bientôt sept hommes furent mis hors de combat; presque tous appartenaient à la troupe d’Ogandaga et leurs compagnons, découragés, prirent la fuite.
Seul Ogandaga, fou de rage, continuait à tenir tête à ses adversaires; dans cette lutte inégale, il tomba bientôt, blessé et foulé aux pieds de ses ennemis, qui l’auraient égorgé si Rempano n’avait pas donné l’ordre de l’épargner.
J’arrivais à London-Factory, où j’allais souvent, au moment où les vainqueurs, dans l’enivrement de la victoire, célébraient leurs exploits avec une véritable furie. Ils hurlaient, tiraient des coups de fusil, faisaient couler l’alougou à flots et exécutaient des danses échevelées.
Leur ardeur était telle que deux d’entre eux, blessés et perdant une quantité de sang, refusèrent d’aller se reposer ou même se panser, et prirent part jusqu’à une heure avancée de la nuit aux cérémonies qui célébraient le triomphe remporté sur leurs voisins.
Cette affaire aurait pu dégénérer en une guerre générale, mais j’intervins et on décida qu’elle serait réglée par la voie pacifique du palabre.
Le jugement fut déféré à l’arbitrage d’un roi voisin et l’affaire fut jugée dès le lendemain; Rempano avait, pour la circonstance, revêtu son uniforme de pompier.
On but énormément et l’on parla pendant vingt heures consécutives.
La politesse du pays interdit d’une façon absolue d’interrompre l’orateur, quel qu’il soit; une femme dont les écarts avaient été une des causes de la bataille, appelée à donner sa déposition, pérora si longuement que, petit à petit, chacun des assistants quitta sa place, et elle eut à terminer
sa déposition dans une solitude complète.
L’arbitre rendit sa décision : les agresseurs furent déclarés entièrement dans leurs torts, et Ogandaga, vaincu et blessé, fut encore condamné
à payer à ses vainqueurs trois esclaves, une femme et plusieurs chèvres.
Pour terminer, parlons des cimetières chez les Nkomi.
Ils méritent, en effet, une mention spéciale.
Au temps jadis, les populations gabonaises n’avaient pas de cimetières communs dans lesquels on enterrait n’importe qui.
Les cimetières étaient privés ou familiaux.
Tels les anciens cimetières d’Ozogolo, des Assiga de la pointe Denis; Omponw’Ikana des Adoni de l’île Dambè ; ou Apomandé des Avandji du Cap Lopez.
Ces lieux de sépulture appartenaient en propre à un ou plusieurs clans, plus ou moins apparentés ou alliés, et on n’y recevait que des gens libres.
Les esclaves avaient des cimetières particuliers où leurs cadavres étaient le plus souvent abandonnés sur le sol, sans cercueil, à la merci des hyènes et des chiens sauvages.
Aujourd’hui, notamment aux alentours des grands centres, ces cimetières de famille n’existent plus, sauf au Fernan-Vaz et dans le delta de l’Ogoouè.
Dans la lagune, n’existe de cimetière commun qu’au poste d’Ombouè, pour les étrangers et les malades décédés à l’hôpital et à la Mission Sainte-Anne, pour les chrétiens qui demandent à être enterrés religieusement.
De tous les côtés, on rencontre encore à l’heure actuelle de nombreux cimetières où ne sont inhumés que les membres d’un clan ou d’une famille.
Ces lieux de sépulture sont parfois éloignés des villages de plusieurs kilomètres.
Malgré cela, les Nkomi n’hésitent pas à transporter leurs morts en pirogue à travers la lagune, en rythmant des chants funèbres.
Ils se font un devoir d’aller recueillir les ossements de leurs morts décédés hors de leur territoire pour les conduire au lieu de sépulture de leurs ancêtres.
En 1916, un chef nkomi, Royémbo-yi-Wora, mort au lac Onanguè, fut transporté par ses neveux jusqu’au cimetière de Vèla-Vèla, en direction de l’Océan.
En la même année, un autre chef nkomi d’Ashouka, sur l’Ogoouè, aux confins de la tribu, fut transporté jusqu’à Assémbé à l’entrée du Fernan-Vaz.
Enfin, plus près de nous, en 1943, un chef de famille, Essongué-Mbongo, du clan des Avandji, demanda à ses fils, en mourant, de ne l’enterrer qu’à Ewondjo-Gnaré, lieu de repos de sa famille, sur les bords de la lagune du Fernan-Vaz, à une grande distance de son lieu de décès.
Résumé
Les Nkomi occupent la lagune de Fernun Vaz (Eliwé Nkomi).
Ils habitaient autrefois également la vallée de son affluent le Rembo Nkomi, aujourd’hui envahie par les Eshira.
Par contre les Nkomi se sont étendus vers le nord, dans la région du bas Ogooué.
Récit
Les Nkomi « comme tous les autres Myéné » viennent d’une région de grands lacs d’où ils furent chassés par deshommes montés sur des chevaux.
Ils séjournèrent longtemps dans la grande plaine entre le lac Ezanga et Fougamou. Ils se marièrent là avec des femmes de tous les peuples voisins : Akélé, Eshira, Bapindji, Mitshogo.
Puis ils se rendirent à l’ouest dans la plaine d’Enéka entre la rivière Olandé (Rembo Nkomi) et le lac Oguémoué.
Ils faisaient la guerre à tous leurs voisins pour se procurer des esclaves.
Mais ces luttes meurtrières les obligèrent à émigrer.
Ils vinrent alors se fixer à Asséwé.
Les Akélé occupaient alors la Rembo Nkomi et avaient un campement de pêche au village Kongo.
Les Nkomi s’appelaient alors Etimboué Nkombé ; ils se disputèrent entre eux les terres autour du lac et s’y dispersèrent; ils prirent alors le nom de Nkomi, qui était celui du vent d’ouest.
A la faveur de nombreuses alliances matrimoniales avec les Akélé, ils s’installèrent sur le Rembo Nkomi jusqu’au lac Niembé; d’autres atteignirent l’Ogooué vers le lac Avanga.
Arrivés sur la lagune avant les Portugais, les Nkomi furent les premiers à profiter de l’arrivée de ceux-ci pour pratiquer le commerce des esclaves.
Leurs principaux fournisseurs étaient les Akélé et les Eshira.
Les Portugais leur remettaient des neptunes, du sel, des fusils, des verroteries, de l’alcool de traite.
Le principal marché était Ningué Sika ou l’île de l’argent.
Avant l’arrivée des Portugais, les Nkomi savaient fabriquer les pirogues, le fer, des plats de bois.
Ils se vêtaient d’écorce battue de l’arbre mpondé.
Plus récemment vinrent les Américains et les Allemands.
L’Allemand Lubens de la maison Woerman s’installa à Amboki et Batanga.
Les Américains occupèrent, à l’entrée de la lagune, l’île Ajanja, qu’ils baptisèrent Brooklyn; Loley ouvrit des comptoirs à Ningué Sika et à Kongo.
Le roi Rendogo interdit les batailles entre familles, il rendait la justice et faisait couper la tête des coupables.
Il fit venir les premiers missionnaires en 1887.
Son successeur, Oyari Nkougou, ne pouvant se faire obéir, demanda à l’administration française de venir s’installer chez lui.
Ceci se passait en 1894.
Le poste, établi d’abord à Ningué Sika, fut ensuite fixé à Omboué.
Sources :
BULI,ETIN des PP. du Saint-Esprit, 11’191-11’193.
CHAILLU (Paul Belloni du). – Voyages et Aventures… – o. c.
CHATI,LU (Paul Belloni du). – L’Afrique Sauvage, nouvelles excursions au pays des Aslml1go, Paris, Michel
Levy, 1868, 1 vol., 111 p., ill., 1 c. hA.
COMPIÈGNE (Marquis de) et MARCHE (Alfred). – o. c.
RÉFÉRENCES pour l’étude sur les Nkomi, Bulletin des PP. du Saint-Esprit, 1887.
MÉMOIRES DE L’INSTITUT D’ÉTUDES CENTRAFRICAINES, ABBÉ ANDRÉ RAPONDA VVALKER, NOTESD’HISTOIRE DU GABON, avec une introduction, des cartes et des notes de Marcel SORET,Maitre de Recherches de l’O.R.S.T.O.M., BRAZZAVILLE, 1960
Nouvelle Série N O 6, Hubert DESCHAMPS, Gouverneur E. R.,Directeur des Sciences humaines à l’Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer, Chargé de mission par le Centre National de la Recherche Scientifique, TRADITIONS ORALES ET ARCHIVES AU GABON
Contribution à l’ethno-histoire, ÉDITIONS BERGER-LEVRAULT, 5, rue Auguste-Comte — PARIS (VIe), 1962
DU CHAILLU aventures dans l’Afrique Équatoriale. PARIS.P.-1863.-Voyages et
DU CHAILLU P. 1868. L’Afrique Sauvage. PARIS.
DE COMPIÈGNE.1876. L’Afrique Équatoriale Française. – PARIS.
FLEURIOT DE LANGLE. 1872. Croisière sur les côtes d’Afrique. Le Tour du Monde. Tomes XXIII, XXVI, XXVII.Paris.
GRIFFON DU BELLAY. 1865. Gabon (1861-1864).Monde. Le Tour du Tome XII, P. 273-320.
MARCHE A. 1887. Voyage au Gabon et sur le fleuve Ogooué. Le Tour du Monde. Tome XXXVI, p. 349-416.
SAVORGNAN DE BRAZZA P. X. 1887-1888. Voyages dans l’Ouest Afri- cain. Le Tour du Monde. Tome LIV, p. 289-352, tome LVI, p. 1-64.

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