
Le problème de la mise en place des peuples de l’Est et du Sud du Gabon est encore aujourd’hui assez mal résolu car qui pourrait maintenant renseigner plus exactement et plus complètement les historiens et les ethnologues, fussent ils gabonais ou congolais eux-mêmes, alors que les quelques rares détenteurs de la tradition, nés à peu près au moment des débuts de la colonisation (1890-1914), ne sont plus en vie?
Très schématiquement, l’ensemble des peuples de I’lvindo et du Haut-Ogooué se répartit en trois groupes principaux : le groupe kota proprement dit, le groupe mbété (appelé aussi mbédé et obamba) et le groupe douma-ndjabi. Sans qu’on puisse directement les assimiler les uns aux autres, surtout au plan linguistique, ces groupes relèvent cependant d’un seul et même courant culturel venu du nord, et particulièrement au plan de l’esthétique, que l’on désigne habituellement sous le vocable de «Kota», malgré les risques de confusion.
Marie-Claude Dupré, cependant, conteste vigoureusement cet amalgame kota-obamba-ndjabi dans une recension de l’ouvrage de A. et F. Chaffin (L’Art Kota), dont le titre à ses yeux ne recouvre pas la matière, malgré ou surtout à cause de sa référence à la dénomination, traditionnellement adrnise en Occident, des figures de reliquaire de l’est du Gabon. Comme, pour les spécialistes, l’usage du nom Kota n’est pas aussi réducteur que M.-C. Dupré le suppose, je pense qu’il y a là un faux problème.
Les données qu’on peut actuellement prendre en compte — analyse de la bibliographie et enquêtes personnelles de terrain (1965-1974) — nous conduisent au résumé ethno-historique suivant.
Trois régions sont concernées, comptant une quinzaine de peuples différents :
- Région de I’lvindo: Bakota, Boushamaye, Mahongoué, Ndambomo, Bashaké.
- Région de Kellé (Congo) et d’Okondja (Gabon) : Obamba, Ambété (Ambété de la savane au sud; de la forêt au nord), Batéké (des plateaux).
- Région de Franceville (Gabon), de Mossendjo (Congo), de Komono (Congo) : Obamba, Bakanigui, Mindoumou, Bawoumbou, Akélé (encore appelés Oungomo et Mbamoué), Mindassa, Adouma, Bandjabi, Batsangui et Batéké-Tsaye.
On peut rattacher ces peuples à plusieurs grands groupes ethniques, généralement caractérisés par des données linguistiques :
- groupe kota (peuples du nord, dont les Bakota proprement dits, les Mahongoué et les Boushamaye, et deux peuples du sud : les Mindassa et les Bawoumbou) ;
- groupe mbété (peuples Obamba, Ambété, Mindoumou et Bawandji, tant du Gabon que du Congo) ;
- groupe douma (peuples Adouma, Bandjabi, Batsangui) ;
- groupe akélé ; groupe téké (peuples Tsaye et Laali).
Si les trois premiers sont inclus dans l’aire kota, les deux derniers y sont souvent étroitement liés dans les zones de contact (Okondja et le rebord nord-ouest des plateaux Batéké, Lastoursvi]le, haute vallée de l’Ogooué). Il va de soi que cet imbroglio d’ethnies qui, comme le souligne justement M.-C. Dupré, possédaient (des mêmes fétiches », étaient des «chasseurs et des guerriers hauts de taille, mangeurs de bananes», opposés aux Fang du nord-ouest, aux Batéké du sud-est et aux peuples du Centre-Gabon à l’ ouest, s’il ne constitue pas à proprement parler un grand groupe « ethnique» homogène, n’en est pas moins une constellation culturelle réelle et cohérente qu’on peut parfaitement identifier par rapport aux ensembles voisins, particulièrement du point de vue des arts plastiques. Ceci étant dit, pour la commodité de la lecture, je pense qu’on peut continuer à le dénommer «kota», faute d’un autre nom qui de toute façon ne cernerait pas de plus près la réalité de cette entité complexe.
Les Mindoumou du Haut-Ogooué (appelés Ondoumbo par les explorateurs), installés sur la Mpassa, sont au début du XIXe siècle en butte aux attaques incessantes des Obamba (Ambété), alors que ceux-ci sont eux-mêmes en guerre avec les Batéké (Guiral, 1889; Barrat, 1896; PayeurDidelot, 1899).
Si on admet que les Obamba et les Arnbété sont en fait un même peuple, installé à la fois au Moyen-Congo et au Gabon, l’étude détaillée de leurs traditions, tout au moins celles des groupes gabonais de la région d’Okondja-Akiéni, au pied des plateaux sablonneux des Batéké, montrent que plusieurs groupes distincts doivent être définis.
Mgr Adam, distingue plusieurs ensembles de clans, véritables communautés, à savoir les Ngoutou, les Ampini, les Andjinigi et les Asingami. Les Ngoutou seraient venus de la région septentrionale du plateau de Ngoutou, près de la Mounianghi. Ils seraient plus ou moins métissés avec les Boushamaye.
Les Ampini (c’est-à-dire les «noirs» ou «ceux de la forêt») auraient eu, dans un lointain passé, des liens d’alliance avec les Batéké desquels ils auraient été séparés. De même les Asingami, d’où certaines ressemblances linguistiques. Ces peuples seraient restés dans la forêt tandis que les Batéké partaient s’installer sur les plateaux semi-désertiques du sud-est, jusque vers l’Alima.
Les Obamba de Sèré ou de Sèté, venus des vallées de la Mambili et de la Lécona (affluent de la Likouala), en suivant le pied des plateaux Batéké (itinéraire ouest, sud puis ouest).
Les Obamba de Ngwali, venus directement du Congo par la zone interfluviale comprise entre le Mouniangui et la Sébé (itinéraire sud-ouest).
Les Mbéti du Congo, originaires également de régions plus septentrionales (confins de la Sangha) se sont arrêtés dans leur migration nord-sud vers la Lécona, en restant au nord des Batéké.
On ne sait pas grand-chose de plus, aucune étude n’ayant été menée dans cette région. M.-C. Dupré rappelle les quelques informations qu’on a sur eux: (L’influence téké sur la langue est remarquée par E. Ponel avant 1886 lorsqu’il séjourne chez les Mboschi, voisins des Obamba du nord, marqués comme Ambété sur la carte de L’Art Kota (les Mbété sont aussi plus au sud). Ce détail est repris par R. Avelot en 1906 Un autre missionnaire suédois, linguiste, K. Laman,jetant les bases de son dictionnaire resté manuscrit Svensk-Téké-Kuta-Ngunu’ dans les districts de Sibiti et de Mossendjo, dans les années 20, observe que la langue des Obarnba a subi une forte influence téké. Cette information, qui paraît inaccessible, a été citée par E. Andersson».
La plupart des auteurs, Mgr Adam, Miletto, Guthrie et Raponda-Walker placent les Ambété et les Obamba dans le groupe Mbété. Certaines traditions mentionnent même un lien entre les Obamba et les Bakongo du Niari.
C’est en 1877 que Brazza remonte l’Ogooué et a ses premiers contacts avec les peuples kota qui, désormais, sont à peu près fixés géographiquement : Bakota du Bas-Ogooué (un groupe s’était avancé jusqu’à Ndjolé), Bashaké, Bakota de Boundji (Lastoursville), Mindoumou (Ondoumbo) de la Mpassa (Masoukou, ancien nom de Franceville) , Bawoumbou, Mbahouin (Akélé) et Obamba (Ambété).
Les productions plastiques de plusieurs de ces tribus kota au sens large ont été des figurines anthropomorphes, toujours associées aux boîtes ou paniers-reliquaires appelés Bwété ou Mboy suivant les régions.
Ces sculptures de bois sont décorées de plaques et/ ou de fines lamelles de cuivre ou de laiton. Leur facture en est partout très abstraite, généralement bidimensionnelle, au contraire des traditions plastiques fang ou tsogho où la sculpture en ronde bosse était pratiquée.
Les reliquaires étaient rassemblés, par grands lignages ou clans, dans une petite hutte à usage rituel, située un peu à l’écart du village ou parfois dans le village même; disposés sur une claie, à l’abri des regards profanes et impurs, ils restaient dans une semi-obscurité propice au respect et au recueillement.
La plupart des reliquaires étaient « gardés » par une figurine, considérée à la fois comme une image symbolique des ancêtres dont les ossements étaient conservés et comme un gardien à l’efficacité magique. Ces objets étaient soigneusement entretenus, le métal souvent récuré au sable pour lui redonner un aspect brillant.
La première représentation que nous ayons de ces sculptures qui ont immédiatement frappé les explorateurs par leur aspect très « décoratif », nous provient de la revue Le Tour du Monde, de 1888, le croquis ayant été fait selon les indications de Jacques de Brazza qui, en compagnie de A. Pecile, avait effectué la première exploration du pays des Bakota, de l’Ogooué à I’lvindo, en 1885.

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Source :
Louis Perrois, art ancestral du gabon dans les collections du musée barbier-mueller photographies pierre-alain ferrazzini, genève.

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