Rédigé par l’équipe de miboue.com
À une trentaine de kilomètres de l’embouchure dans l’estuaire du Gabon se dresse l’île Koniquet — baptisée Dambé par les Mpongwè —, un site insulaire chargé d’histoire dont le nom même rappelle l’ancienne empreinte des navigateurs européens (Koningske, le petit roi, pour les Hollandais). Au XIXe siècle, cette île et ses environs trouvèrent en la personne de François Antchouwé, surnommé Ré-Dembino (« celui devant lequel on s’incline »), l’un de leurs souverains les plus respectés et les plus influents.
Une Île au Cœur de l’Histoire et des Convoitises
Habitée à l’origine par le clan des Ndiwa — le premier clan mpongwè parvenu sur la côte —, l’île Koniquet fut le théâtre de violents affrontements au cours de l’histoire, notamment lors des représailles menées par les Hollandais au XVIIe siècle. Après le départ de ces derniers et la destruction de leur fortin, dont les vestiges de canons rouillés marquèrent longtemps les lieux, le clan des Adoni vint s’y établir.
Issu par son père Ovènga-Ré-Ngola du clan Adoni et par sa mère Ngwé-Nanga des Assiga, le roi François s’installa sur cette île après avoir quitté la crique Iwengé-Nyama. La légende locale raconte qu’à son arrivée, il y découvrit un vieux couple de son propre clan vivant reclus, un moment d’émotion scellant leur attachement indéfectible à ce territoire.
Un Diplomate Éclairé et un Allié des Missionnaires
Contrairement à d’autres dignitaires, le roi François ne prit pas part aux tout premiers pourparlers de l’estuaire, mais il apposa sa signature au bas du traité du 1er août 1846, conclu à bord de la corvette l’Aube avec le commandant Bouët-Willaumez, concédant notamment des terrains stratégiques pour l’établissement de la France et des missions catholiques.
Décrit en 1847 par le Père Briot de la Mailleraie comme un homme d’une grande distinction, le roi François maîtrisait parfaitement le français et l’anglais. Pacifique, grand amateur de tempérance — il interdisait l’alcool à sa cour —, il mit son influence au service des missionnaires, les accompagnant dans leurs expéditions d’exploration à la rencontre des peuples de l’intérieur, comme les Bakèlè.
De Koniquet à Ovendo : La Mémoire d’une Lignée
Le roi François s’éteignit à Koniquet vers 1870. Sa sépulture, ainsi que celles de ses successeurs Ogowè et Ntchunguwa, repose sur la rive nord de l’île, à proximité du grand figuier fétiche Ewénimombé.
Vers 1880, sous la conduite de leurs veuves et descendants, les Adoni quittèrent progressivement l’île pour s’établir sur le continent, fondant le village du Petit Ovendo en face de la pointe éponyme. Tout en conservant leurs traditions, leurs campements de pêche et leurs lieux de mémoire sur l’île Koniquet, ils surent traverser les âges, s’intégrant au tissu urbain de Libreville au XXe siècle tout en perpétuant le souvenir lumineux d’un chef d’exception.
