Rédigé par l’équipe de Miboue
Au fil de l’histoire coloniale du Gabon, l’expansion de l’administration française s’est heurtée à de nombreuses poches de résistance. Parmi les plus mémorables figure sans conteste la longue fronde menée par le peuple Awandji entre 1896 et 1928, dans la région de Lastourville (circonscription des Aduma). Une page d’histoire marquée par l’indomptable quête de liberté de ces populations.
Les origines de la fronde : Entre isolement et rejet de l’étranger
Après la pacification progressive de la frange côtière et de plusieurs régions du pays, l’administration française tentait d’imposer son autorité à l’intérieur du Gabon. Elle s’appuyait souvent sur la politique du bâton et de la carotte, ainsi que sur la nomination de chefs de paille en remplacement des autorités traditionnelles.
Cependant, dans la région des Aduma, un fragile statu quo régnait. Faute d’un arsenal répressif suffisant et par manque d’intérêt pour une occupation réelle — les administrateurs se concentrant davantage sur l’exportation —, une sorte d’entente tacite s’était installée.
Dès 1896, les Awandji et leurs alliés affichent clairement leur hostilité en s’attaquant aux missionnaires. L’année suivante, par manque de fonds, l’administration abandonne ses postes à l’Est du Gabon au profit de la compagnie concessionnaire S.H.O. S’échappant de tout contrôle, les populations locales renouent alors pleinement avec leur indépendance traditionnelle.
Guérilla et démonstration de force (1909-1922)
En 1909, lorsque l’administration revient dans la région pour imposer la collecte de l’impôt, elle se heurte à un mur. Les Awandji, habitués à vivre libres de toute tutelle, refusent catégoriquement.
- Une guérilla redoutable : Entre 1910 et 1917, les administrateurs successifs font face à une opposition féroce. Aux tentatives de soumission par la force, les Awandji répondent par une guérilla meurtrière pour les forces de l’ordre.
- Maîtres du terrain : Capable d’aligner plus d’un demi-millier d’hommes armés de fusils avec leurs alliés, les Awandji dominent militairement la région. Jusqu’en 1922, les Européens et leurs partisans sont souvent réduits à se terrer dans les postes administratifs, incapables de faire peser l’autorité coloniale.
La paix de Kessepo et le tournant diplomatique de 1922
Face à l’échec des méthodes de pénétration « par le fer et le feu », l’arrivée en 1922 de l’administrateur Montespan à la tête de la circonscription des Adouma change la donne. Prônant la patience et la diplomatie, Montespan choisit de privilégier le dialogue.
Accompagné de son adjoint Salin, il parvient à nouer le contact avec le grand chef guerrier des Awandji, Wongo. Les pourparlers aboutissent à la paix de Kessepo le 14 juin 1922 : Wongo accepte de s’acquitter de l’impôt, tout en posant une condition non négociable : le refus total d’une occupation militaire de son territoire.
Cette entente pacifique permettra un apaisement relatif, permettant à Montespan de séjourner sans crainte chez le chef Wongo durant son mandat dans l’Ogooué-Lolo, avant son départ en novembre 1923, relayé ensuite par de nouveaux commandants de cercle comme Bascoul puis Soalhat en 1924.
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