Rédigé par l’équipe de Miboue

Lorsque l’on évoque la Seconde Guerre mondiale, les récits mettent souvent en lumière les fronts européens ou nord-africains. Pourtant, l’Afrique Équatoriale Française (A.E.F.) et plus particulièrement le Gabon ont joué un rôle charnière dès les premiers mois du conflit mondial. En 1940, alors que la France métropolitaine s’effondrait sous la pression allemande, une lutte politique et militaire intense s’est engagée à Libreville et dans l’intérieur du pays pour déterminer le camp dans lequel le Gabon s’engagerait : la Résistance avec le général de Gaulle ou l’allégeance au régime de Vichy.

1. L’élan de résistance et l’appel du 18 juin

Dès le lendemain de l’appel historique lancé par le général de Gaulle depuis Londres le 18 juin 1940, une vague d’engagement parcourt le territoire gabonais. Répondant avec spontanéité et détermination, des anciens combattants, aussi bien noirs que blancs, prennent l’initiative de contacter le gouverneur général Pierre Boisson à Brazzaville. Leur message est clair : il faut continuer la lutte aux côtés du Royaume-Uni.

Diffusé par radio, ce message d’espoir et d’action résonne à travers toute l’Afrique noire. Au Gabon, l’adhésion de la population est immédiate et profonde, portée par une conscience aiguë des enjeux de la liberté.

2. L’engagement solennel des populations gabonaises

Le 20 juin 1940, un acte fondateur vient sceller cette volonté de résistance. François de Paul Vane Obissani, délégué gabonais auprès du Conseil d’administration de l’A.E.F., adresse un télégramme solennel au gouverneur général à Brazzaville. Au nom de l’ensemble des populations du Gabon, il déclare :

« Françaises de cœur et solidaires des mêmes épreuves que la France, les populations gabonaises tenaient à rester françaises et mettaient tout leur espoir dans l’assistance efficace de l’Angleterre. »

Cette prise de position ferme s’appuie sur une unité remarquable entre Gabonais et une partie de la communauté européenne résidant sur place. Ensemble, ils mènent une propagande active et un travail d’explication tenace, cherchant à surmonter les hésitations de l’administration coloniale locale.

3. L’éphémère ralliement et le basculement vers Vichy

Cette pression populaire et patriotique porte ses fruits à la fin du mois d’août 1940. Le 28 août 1940, le gouverneur du Gabon, M. Masson, se rallie un temps à la France Libre.

Cependant, à peine deux jours plus tard, la situation pivote dramatiquement. Soumis à une intense pression conjuguée de personnalités influentes — notamment Monseigneur Tardy, de hauts fonctionnaires locaux et le commandant du sous-marin Poncelet dépêché par le général Barrau pour soutenir le camp vichyste —, le gouverneur Masson rétracte son adhésion.

4. Le Gabon seul contre toute l’AEF

À la fin du mois d’août 1940, lors des événements dits des « Trois Glorieuses » (26-28 août), le Tchad sous l’impulsion de Félix Eboué, le Cameroun et le Congo rallient successivement la France Libre du général de Gaulle. Seul le Gabon reste fidèle au régime de Vichy.

Pour De Gaulle, arrivé à Douala le 8 octobre 1940, la situation est critique : il est indispensable de sécuriser l’ensemble de l’Afrique-Équatoriale Française pour en faire une base arrière solide face aux forces de l’Axe basées en Libye. De son côté, le régime de Vichy envoie le général Têtu pour défendre le territoire gabonais, soutenu par des tirailleurs, des bombardiers Glenn Martin, l’aviso Bougainville et le sous-marin Poncelet.

5. L’offensive militaire : du 27 octobre au 12 novembre 1940

Face à ce blocage, les Forces Françaises Libres déclenchent l’offensive pour réduire le Gabon :

  • L’avancée terrestre : De Gaulle lance deux colonnes menées par Parant et Dio depuis le Moyen-Congo et le Cameroun, équipées de tirailleurs et de chars H39. Lambaréné tombe le 5 novembre.
  • Le débarquement dans la mangrove : Face à une forêt dense et difficilement franchissable, le commandant Leclerc opte pour une manœuvre audacieuse. Dans la nuit du 8 au 9 novembre 1940, les légionnaires de la France Libre débarquent dans la mangrove près de Libreville, s’emparent de l’aéroport puis prennent la ville.
  • Les combats navals : En mer, l’aviso Savorgnan-de-Brazza, commandé par Thierry d’Argenlieu, neutralise le Bougainville. Deux bâtiments vichystes sont coulés le 9 novembre.
  • La fin de la campagne : Port-Gentil capitule le 12 novembre 1940.

Cette campagne prend les traits d’un tragique conflit fratricide où s’affrontent des forces françaises. Le Bataillon de tirailleurs du Gabon se retrouve divisé : si une partie résiste sous l’autorité d’État-Major vichyste, la 2ᵉ compagnie rallie les FFL dès le mois d’octobre.

6. Les conséquences : La naissance de l’Afrique Française Libre

La victoire des Forces Françaises Libres au Gabon scelle la constitution de l’Afrique Française Libre. L’ensemble de l’A.E.F., regroupant plus de 6 millions d’habitants sur une superficie de 3 millions de kilomètres carrés, passe sous le contrôle du général de Gaulle.

C’est depuis ce socle territorial et humain que le général Leclerc formera la colonne militaire qui deviendra la célèbre 2ᵉ Division Blindée (2ᵉ DB), pilier de la libération de Paris en 1944.

Mémoire et hommage

En juillet 2026, la ville de Libreville a inauguré le Mur du Souvenir au Pont de Gué-Gué, un monument dédié au souvenir de ces événements historiques pour honorer le rôle capital mais souvent méconnu du Gabon dans la victoire finale des Alliés.

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