Rédigé par l’équipe de miboue.com
En 1909, les savanes et les forêts de la Ngounié et de la Nyanga s’apprêtent à vivre l’un des tournants les plus décisifs de leur histoire coloniale. Alors qu’une guerre larvée oppose depuis plus de cinq ans les Bapounou et les Mitsogo, l’administration française décide de rebattre les cartes pour briser le dernier grand front de résistance du Sud.
Le jeu des alliances et la stratégie de la tenaille
Jouant habilement des rivalités locales après la paix relative arrachée aux Mitsogo en 1907, les autorités coloniales choisissent cette fois de s’allier avec leurs anciens adversaires pour mater les Bapounou (Bayaka). Ces derniers n’ont cessé de manifester une opposition farouche à toute forme de domination étrangère.
La méthode est bien rodée : tenter d’abord de ramener les populations à la soumission par la persuasion et les « bons sentiments », avant de basculer sans hésitation vers la force brute en cas d’échec. L’objectif ultime ? Garantir une occupation militaire effective du terrain jusqu’à la soumission complète des insoumis.
La colonne Sicre et la guérilla de Moabi
Le 1er juillet 1909, le chef de bataillon Sicre s’ébranle à la tête d’une imposante colonne de 310 fusils et de 14 gradés en direction de Moabi. Fidèles à leurs tactiques de brousse, les populations révoltées évitent soigneusement l’affrontement frontal, préférant harceler les troupes et attaquer avec sang-froid deux détachements français, ébranlant sérieusement le moral de la troupe.
Malgré cette résistance opiniâtre, la cible principale des colonisateurs demeure l’âme pensante du soulèvement : le chef Mavouroulou (Nyonda-Makita). Si ce dernier réussit habilement à déjouer les plans de capture, ses plus proches compagnons tombent dans une embuscade, privant la rébellion de ses cadres stratégiques. La région est alors quadrillée militairement, et une compagnie s’installe durablement à Sindara jusqu’au début de 1910.
La reddition sacrificielle et le passage au civil
Épuisé par l’isolement et soucieux de mettre un terme à l’asservissement progressif de son peuple, le chef Mavouroulou choisit finalement de se rendre de lui-même aux autorités en 1911, trouvant refuge du côté de Gnanga, près de Lebamba, avant d’être incarcéré à Ndendé la même année.
Cette capitulation marque la fin d’une époque. En 1912, cette zone stratégique, alors rattachée à l’Ofoué-Ngounié, est officiellement déclarée « pacifiée » et soustraite aux commandements militaires pour être confiée à une administration civile. La grande fronde du pays Mocabe venait de s’éteindre.
Une page mémorielle poignante, immortalisant le sacrifice de chefs clairvoyants face à l’implacable rouleau compresseur de l’expansion coloniale.
Aimerais-tu explorer les bouleversements économiques et sociaux qui ont touché les populations du Gabon au lendemain de cette vaste pacification des années 1910 ?
