Rédigé par l’équipe de miboue.com
Appelés jadis « Gabonais » par les premiers explorateurs, les Mponguè occupaient au XIXe siècle les deux rives de l’Estuaire du Gabon, reliant par la côte leurs voisins oroungou au sud. Aujourd’hui, bien que l’avancée de l’expansion fang ait réduit leur présence visible à quelques villages historiques au cœur de Libreville et sur la rive sud, leur empreinte sur la naissance de la capitale et sur l’histoire politique du pays demeure ineffaçable.
À travers les témoignages précieux de leurs descendants directs — princes et figures de la communauté —, c’est toute une page de l’histoire coloniale et précoloniale qui ressurgit.
Une origine ancienne au cœur de l’Estuaire
Si le père Gautier plaçait autrefois leurs origines sur le haut Ivindo vers le XIIe siècle en s’appuyant sur des hypothèses fragiles, les traditions orales et les faits historiques s’accordent sur un point : les Pongo étaient déjà solidement établis sur les bords de l’Océan et de l’Estuaire bien avant l’arrivée des Européens. Proches parents des Adyoumba, ils n’ont jamais formé une peuplade numériquement immense, mais ont exercé un rayonnement culturel, commercial et maritime considérable.
Les grandes figures royales et l’implantation de Libreville
L’histoire des Mponguè s’articule autour de grandes lignées de chefs et de rois dont l’autorité structurait l’Estuaire :
- Le roi Denis (Antchoué Kowe Rapontchombo) et la tribu Asiga : Arrière-grand-père du prince Félix Adandé Rapoutchombo, le roi Denis régnait au sud de l’Estuaire depuis le village de Glass (Rendambou). Grand commerçant d’ivoire, de caoutchouc et d’esclaves, il sut composer avec les puissances européennes tout en protégeant les intérêts de son peuple. Son influence diplomatique fut telle qu’il signa l’un des premiers traités avec la France et reçut des distinctions de la reine Victoria et de Louis-Philippe.
- Le roi Louis Dowé et l’alliance française : Descendant direct du roi Louis, le prince Louis Berre en garde la mémoire à travers des décorations historiques. Ayant voyagé en France (Bordeaux, Marseille) aux côtés du capitaine Cousin, Louis joua un rôle déterminant dans l’histoire de la souveraineté française sur l’Estuaire. Le 18 mars 1841, il céda à la France l’ancien emplacement de son village (Edozokolo), permettant l’établissement de ce qui allait devenir Libreville (ainsi nommée pour accueillir les captifs libérés de l’Alistair).
- Le roi Quaben et les Aguékaza : Maître des territoires s’étendant jusqu’à la Mondah, le roi Quaben, chef redouté et respecté, régissait une vaste communauté aux côtés de ses pairs, scellant des alliances stratégiques avec les peuples voisins, notamment les Benga du Cap Estérias.
Société, traditions et spiritualité
La société mponguè d’autrefois était régie par des codes stricts et un art du pouvoir haut en couleur :
- Les insignes du pouvoir : Le pouvoir du roi s’appuyait sur le kendo (la cloche rituelle de justice), la toge traditionnelle, le bonnet distinctif et des sanctuaires abritant les crânes des ancêtres (agoumbénéro), que l’on invoquait au début de chaque saison sèche pour implorer la fertilité, la protection et la réussite de la pêche et de la chasse.
- Des traditions singulières : Les récits rapportent des rituels de sacre spectaculaires, comme pour le roi Ngouéma, ainsi qu’une organisation sociale sophistiquée où les familles de chefs nouaient de puissantes alliances matrimoniales à travers tout le littoral.
Un héritage vivant
De l’ancien village de Glass aux rives ombragées de Lomé et de Louis, les descendants des rois mponguè continuent de faire vivre la mémoire de leurs ancêtres. Entre récits d’une époque fastueuse où le commerce battait son plein et la philosophie stoïcienne de leurs aînés — « les premiers seront les derniers » —, les Mponguè demeurent l’une des pierres angulaires de l’identité gabonaise.
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