Rédigé par l’équipe de Miboue
En novembre 1940, la Campagne du Gabon entre dans sa phase finale et stratégique. Après la prise de Lambaréné, l’objectif prioritaire de la France Libre devient le contrôle de Libreville, capitale administrative et port maritime stratégique d’Afrique Équatoriale Française. L’opération aéronavale et terrestre qui s’y déroule scellera le destin du territoire dans le conflit mondial.
1. La mise en place du dispositif terrestre et aérien
Pour couvrir l’assaut terrestre, les forces aériennes du commandant de Marmier assurent la protection du ciel et l’appui tactique, malgré une première attaque manquée le 4 novembre contre l’aviso vichyste Bougainville au mouillage devant Libreville.
Au sol, les forces de la France Libre sont commandées par le commandant Koenig. Son contingent rassemble :
- Un bataillon de la Légion étrangère.
- Un bataillon colonial composé en grande partie de colons venus du Cameroun.
- Une section d’artillerie de montagne.
L’offensive s’articule en deux échelons. L’avant-garde, dirigée par le capitaine Bouillon et embarquée sur le Port-Lamy, arrive à l’île de Mondah le 7 novembre à 5 heures du matin sous l’escorte du Savorgnan de Brazza (capitaine de frégate Roux). Malgré les attaques de bombardiers Glenn-Martin fidèles à Vichy, la troupe débarque vers 21 heures au nord du terrain d’aviation de Libreville.
Le 8 novembre, le gros des troupes débarque à son tour à partir du Casamance, du Nevada II et du Président Honduce, sous la protection de l’aviso Commandant Domine. Le Président Honduce reste au mouillage dans la baie de Mondah et sert de Poste de Commandement au colonel Leclerc, assurant les liaisons radio stratégiques entre les forces terrestres, navales et aériennes.
Le 9 novembre à midi, les hommes de Koenig contrôlent la partie nord de l’aérodrome, puis débordent les positions de Vichy par le sud, contraignant les défenseurs à se replier vers la ville.
2. Le drame naval : Le sabordage du sous-marin Poncelet
Parallèlement à l’assaut terrestre, les opérations navales connaissent un premier tournant tragique au large. Alerté dès le 7 novembre, le sous-marin vichyste Poncelet quitte Port-Gentil pour la baie de Corisco.
À 15 h 20, le Poncelet repère l’aviso britannique Milford, de la flotte de surveillance de l’amiral Cunningham, et lance une torpille qui manque sa cible. Le Milford riposte par un grenadage sous-marin. Touché mais parvenant à faire surface, le Poncelet est repéré par l’aviation F.F.L. et de nouveau atteint. L’équipage évacue le bâtiment avec l’aide du Milford. Cependant, son commandant, le capitaine de corvette de Saussine, refuse de quitter son navire : il choisit de le saborder et coule volontairement avec lui.

3. Le duel fratricide entre le Savorgnan de Brazza et le Bougainville
Le 9 novembre au matin, le Savorgnan de Brazza (à bord duquel se trouve le commandant Thierry d’Argenlieu) et le Commandant Domine arrivent en vue de Libreville par un temps brumeux balayé par les grains.
Soucieux d’éviter le sang versé, d’Argenlieu envoie un message optique au commandant Morin, du Bougainville, l’exhortant à rendre son navire intact pour sauver son équipage. Alors que la réponse est en cours de transmission, un avion des F.F.L. attaque par erreur le Bougainville, rompan la tentative de négociation.
À 15 heures, la brume se lève et le Bougainville ouvre le feu à 12 000 mètres. Le Savorgnan de Brazza riposte immédiatement. En vingt minutes d'échanges de tirs, le Brazza touche grièvement son adversaire et provoque un incendie à bord. Le commandant Morin, gravement blessé à la jambe, et ses hommes évacuent le navire. Abandonné, l'aviso Bougainville dérivera plus tard avant de s'échouer sur un haut-fond près de Libreville, devenant irréparable.
4. La capitulation du général Têtu et la prise de Libreville
Encerclé par la colonne Koenig au sol et bloqué par la marine au large, le commandant militaire vichyste, le général Têtu, refuse d’abord de hisser le drapeau blanc. Devant la menace d’un bombardement de la ville, il accepte finalement de parlementer en fin de soirée du 9 novembre.
Reçu à 23 heures par les commandants de la France Libre, le général Têtu signe la capitulation et les conditions d’occupation de Libreville. Dès 7 heures du matin, le 10 novembre, 50 hommes investissent les points névralgiques de la ville, tandis que les forces navales sécurisent la rade. Dans l’après-midi, d’Argenlieu accueille à terre le colonel Leclerc, arrivé par la route côtière.
5. Les arrestations et les tensions d’après-combat
La prise de la ville s’accompagne de tensions politiques aiguës. Sur ordre du colonel Leclerc, plusieurs hautes personnalités civiles, militaires et religieuses sont immédiatement mises en état d’arrestation :
- Le gouverneur Masson (qui avait fait volte-face en août).
- Le général Têtu.
- Monseigneur Tardy et son secrétaire le Père Berger.
Le colonel Leclerc craignait la poursuite d’une propagande vichyste clandestine dans une population troublée par les revirements politiques successifs. Ces personnalités sont transférées à bord du Savorgnan de Brazza où, sur instruction du commandant d’Argenlieu, les honneurs militaires leur sont néanmoins rendus à leur arrivée.
Symbole de ces profondes divisions : lors de la messe du 11 novembre 1940 organisée pour l’Armistice, le curé de Libreville, le Père René Lefevre, refuse d’officier pour la France Libre. La cérémonie devra être célébrée par un aumônier venu du Cameroun avec les troupes gaullistes.
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