De la magie des masques aux reliques de l’invisible, embarquez pour un voyage sensoriel à travers les trois mille œuvres et les archives sonores qui racontent la diversité et la profondeur des traditions gabonaises.
Rédigé par l’équipe de miboue.com
Un patrimoine d’une infinie richesse
C’est un ensemble d’œuvres saisissant, façonné par le génie créatif des ethnies du Gabon, dont la variété des styles, des formes et des matières ne manque jamais de frapper le visiteur. Les collections du musée rassemblent aujourd’hui près de trois mille objets, allant des masques aux statuettes, des tabourets rituels aux pièces de poterie, sans oublier les étoffes en raphia et les paniers tressés.
À côté de ces trésors matériels, l’institution abrite un fonds iconographique, photographique et des bandes magnétiques précieux, déroulant un panorama vivant de contes, devinettes, chants, musiques et légendes. Si l’essentiel de cette collection colossale provient de missions de terrain rigoureuses, elle a également été enrichie par de prestigieuses donations, à l’instar de celle généreusement rapatriée du Canada par Madame Lucie Duranceau.
De l’utilitaire au spirituel : Un parcours en deux dimensions
Déployée sur deux niveaux — un rez-de-chaussée et une mezzanine —, l’exposition permanente offre un véritable voyage au cœur d’un univers culturel d’une grande richesse. D’une vitrine à l’autre, le visiteur chemine de l’univers mystérieux du forgeron à celui du tisserand et du vannier. Les matières se répondent et se contrastent — du fer au raphia, du bois brut à l’écorce —, débouchant sur une expression esthétique tantôt raffinée, tantôt brute, dans une fusion parfaite du beau, du vrai et de l’utile.
Cet art du quotidien s’enracine profondément dans une civilisation de la parole, transmise par les conteurs, les orateurs et les musiciens qui ont inspiré tant d’artistes plasticiens à travers les attributs de pouvoir (cannes de commandement, accessoires de danse), les instruments de musique et les rythmes sacrés.
Le passage vers le cosmos : Masques et reliquaires
En suivant le fil de la musique et des rites, le visiteur passe insensiblement du temporel au spirituel, de l’univers humain à l’univers cosmique. C’est le domaine sacré du masque, du mbumba bwiti, du bwété reliquaire, des mbulu ngulu et du boho bwa bwété.
Cette volonté constante d’expliquer et d’interpréter les forces de l’univers a engendré une mythologie dense, traduite en un art plastique puissant et magique, si bien résumé par ces mots de C. Hermary-Vieille :
« Le masque africain donne l’énergie, la force qui fera se redresser l’homme, devenir plus haut, sublimer cette préoccupation obsédante de n’être que soi, infime, périssable… Le danseur, l’initié en s’en parant, en effaçant sa solitude, retrouve l’harmonie, une relation cohérente entre l’univers et lui… »
Face à ces statuettes et à ces masques, le musée nous invite à fermer les yeux pour mieux percevoir l’écho des ancêtres, des chasses et des rites de fertilité ou de mort. Un véritable sanctuaire qui sculpte la mémoire gabonaise et la fait vibrer comme la harpe, mère de toute chose dans l’art national.
