GEO Histoire — Les Archives du Gabon / N° 112 — Dossier Afrique post-indépendances

Rédigé par l’équipe de Miboue

Libreville, 18 février 1964. À l’aube, des soldats encerclent le Palais du Bord de Mer. Pendant vingt-quatre heures, la jeune République gabonaise vacille, ouvrant un chapitre décisif de son histoire politique et de sa transformation urbaine.

Vingt-quatre heures qui ont secoué le Gabon

Il est 5 heures du matin. Devant la grande grille blanche du Palais présidentiel, une quinzaine de soldats en treillis camouflé et casques d’acier prennent position, fusil à l’épaule. Ils ne tirent pas ; ils tiennent la position.

La veille, le Président Léon M’Ba — premier président du Gabon indépendant depuis 1960 — a été arrêté à son domicile par un commando militaire. Un gouvernement provisoire mené par Jean-Hilaire Aubame est immédiatement proclamé. Sur cette archive restaurée en couleur, les putschistes apparaissent maîtres du palais. Le bâtiment en arrière-plan, avec ses murs blanchis à la chaux et ses palmiers, incarne alors tout le centre névralgique du pouvoir gabonais. Le pays retient son souffle.

Mais l’alerte est rapidement donnée au Camp de Gaulle, la base militaire française située à quelques kilomètres. Lié par des accords de défense, Paris choisit d’intervenir : le 19 février au matin, des parachutistes français reprennent le site sans combat majeur et rétablissent le président dans ses fonctions.

La leçon de 1964 : Du putsch à la diplomatie

Cet épisode électrochoc va redéfinir la gouvernance du pays. Convaincu que la stabilité est le prérequis absolu du développement, le président Léon M’Ba renforce le pouvoir central et consolide la coopération bilatérale.

Cette stabilité retrouvée permettra, treize ans plus tard, de faire basculer Libreville du statut de capitale fragile à celui de carrefour diplomatique continental, illustré par la construction du Palais des Conférences pour le sommet de l’O.U.A. en 1977. Entre 1975 et 1980, le maire Lubin-Martial Ntoutoume-Obame portera le vaste chantier de modernisation urbaine pour propulser la ville sur la scène internationale.

En bref

  • Date clé : 18 février 1964 (arrestation du président Léon M’Ba).
  • Lieu : Palais du Bord de Mer, Libreville.
  • Dénouement : Intervention française et retour à l’ordre constitutionnel en 24 heures.
  • Héritage : Une exigence de stabilité politique ouvrant la voie au rayonnement diplomatique des décennies suivantes.

Légende photo : Cliché colorisé et restauré en haute définition montrant des soldats putschistes postés devant le Palais présidentiel de Libreville, le 18 février 1964. Collection privée — Restauration Mairie de Libreville.