Les Adouma sont un peuple d’Afrique centrale vivant au sud-est du Gabon, principalement sur les rives sud du fleuve Ogooué. Ils font partie du groupe ethnolinguistique des Nzébi, qui comprend les Bandjabi (𝖭𝗓𝖾́𝖻𝗂); les Awandji, les Batsiengui et les Ivili.
Cependant les Adouma sont sur les aspects socio-culturel et linguistique plus proche des Awandji. La différence entre ces deux tribus Nzebiophone est minime. Les Adouma parlent l’𝗂𝖽𝗈𝗎𝗆𝖺, un des dialectes Nzébi, dont l’epicentre est à Lastoursville, autrefois appelé Mulundu.
Les Badouma (Adouma des explorateurs) occupent la rive gauche de l’Ogooué aux environs de Lastoursville. Pagayeurs réputés, ils ont joué un grand rôle à l’époque de Brazza.
Noms et parentés
Adouma, singulier ; Badouma, pluriel. Viendrait de l’arbre moudouma. Surnom : Mousingousésé (ceux qui habitent au bord de l’eau).
Parents des Awandji et des Nzébi ; pas d’interprètes entre eux. Parenté linguistique plus lointaine avec les autres groupes du sud-est.
Origines
Tout le monde est venu du sud, d’un pays appelé Ngouadi, sur une grande montagne. Toutes les races étaient là ; il y a eu une guerre, elles se sont dispersées. Les Badouma ont suivi la Sébé. Ils ont fait des canots d’écorce et sont descendus par la rivière jusqu ‘aux rapides de Doumé.
Certains sont restés là, d’autres sont allés à Ikondo. S’étant multipliés, ils se sont avancés le long de l’Ogoué et ont établi un village à Mandji, puis à Boundji.
Il y aurait des dessins dans des grottes. Mais à l’arrivée des Badouma, il n’existait dans le pays que des Pygmées (Babongo), qui avaient suivi les chemins des éléphants. Les Babongo sont les frères des Blancs, mais ils ont fait alliance avec les Badouma ; chaque clan Badouma a ses Babongo.
Histoire
Le roi Domba, du clan Akambo, faisait des miracles, empêchant la pluie. Il habitait d’abord à Doumé. Brazza l’a rencontré à Boundji.
Les Badouma ont fait le trafic du fleuve ogooué, d’abord par canots d’écorce, puis par pirogues d’okoumé. Ils s’entendaient avec les Okandé.
Les voleurs et les adultères provenant des pays Adouma et Awandji étaient réduits en esclavage et entreposés à l’île Fétiche, en face de Mandji.
On les vendait aux Okandé, qui allaient à Lambaréné les vendre aux Galoa. Il arrivait qu’on attirât des gens dans l’île sous prétexte de pêche, en réalité pour les vendre. Les Okandé donnaient en échange, sel, neptunes, poudre, fusils à pierre, pagnes, matchettes, marmites. On s’en servait pour les dots.
Les Adouma habitent depuis longtemps les rives de l’Ogooué, en amont et en aval de Lastourville entre les biefs de Doumé et Bounji. Lorsqu’arrive le premier groupe Adouma qui traverse la région de l’Ogooué Lolo, ils scindent en deux les autochtones Kota : les Shamaye au Nord, les Wumbu et les Ndasa au Sud et s’installent dans et autour de l’actuelle ville de Lastoursville où se trouvaient déjà les Babongo.
La parenté entre les Adouma et les Awandji est à souligner. C’est le choix des trajets migratoires qui contribua à séparer ce peuple. Les premiers, Adouma, prirent les voies de l’Ogooué et devinrent pagayeurs et commerçants, les seconds, Awandji, la forêt, et donc des terriens, agriculteurs et chasseurs.
Les Adouma ont longtemps trafiqué sur le fleuve Ogooué où ils apprirent assez vite à fabriquer les pirogues en bois d’okoumé. Avant la traite des noirs, les Adouma participaient au commerce des esclaves qu’ils revendaient aux Okandé de la Lopé, qui eux étaient en relation avec les Enenga et les Galoa du Bas Ogooué.
C’est ainsi que l’île Mabela en face de Mandji (emplacement de Lastourville) servait autrefois d’entrepôt d’esclaves qui devaient être échangés contre du sel, des fusils à pierre, de la poudre, des neptunes et des cotonnades.
Aussi, les Adouma servirent d’intermédiaire entre les Awandji et les tribus du bas Ogooué. Ils achetaient aux Awandji les produits de leur agriculture et de leur industrie : des grains de courge, des arachides, l’huile de palme, des pagnes raphia et des nattes qu’ils revendaient à Ndjolé et à Lambaréné. D’ailleurs de nos jours il y a toujours une petite communauté dans la ville de Lambaréné, au quartier Adouma fondé par des commerçants et piroguiers Adouma.
Jacques Marie François Rigail de Lastours a pris l’emplacement de Mandji qu’il a appelé Madiville; après sa mort, on l’a appelé Lastoursville. La SHO avait une factorerie et achetait caoutchouc, ébène, ivoire. Les Badouma se consacraient désormais aux transports par le fleuve. Ils avaient des charpentiers ; tous étaient pagayeurs. Ils achetaient aux Bawandji des graines de courges, pagnes de raphia, arachides, huile de palme, nattes et allaient les vendre à Lambaréné. Aujourd’hui ils poussent jusqu’à Port-Gentil.
Organisation de la société
Clans maternels : Kambo, Moukondjo, Boumwanda, Boupiki, Mouvaga, Ngonè, Makando, Moungounou.
Les chefs de clan s’appelaient Koumalékaka. L’oncle maternel était le chef de famille ; ses biens allaient à ses frères ou à ses neveux. La coutume évolue dans le sens paternel. La dot est remise au père qui en remet une partie aux parents maternels.
Les clans se répartissaient les territoires de culture, les parcours de chasse et les secteurs de rivière pour la pêche.
La guerre éclatait entre clans pour des questions de femme ou des meurtres. Les palabres de règlement avaient lieu entre notables dans la brousse. On payait les compensations en marchandises ou en personnes. Les armès étaient les sagaies, le fusil à pierre ou à piston, les couteaux de jet coudés et pointus.
Activités économiques
La chasse se faisait avec des sagaies à barbe, des filets, des pièges ; la pêche avec des nasses et des filets en fibre d’ananas.
Les forgerons extrayaient le fer des cailloux. Ils faisaient des sagaies, des matchettes, des haches étroites, des couteaux de jet, et des ibédi (plantoir, en forme de serpe tronquée).
Les marmites en terre étaient achetées aux Nzébi.
Croyances et rites
On gardait les os dans la maison et on les priait pour les cultures, la pêche, la chasse, la guerre. C’étaient le crâne, les vertèbres du cou, les doigts, les dents ; uniquement les os des vieillards notables ; on les plaçait dans un panier.
Les offrandes consistaient en huile, banane, sel, poisson, on allumait une torche, on agitait la sonnette et on formulait sa demande. On sortait alors, pour que le mort puisse manger tranquillement ; on revenait ensuite et on jetait les mets derrière la maison.
Les Adouma ont une vie culturelle très riche à cause de leur proximité avec les éléments de la nature. La transmission de ces connaissances se fait souvent par le biais d’une initiation. La vitalité des cultures traditionnelles se manifeste souvent, comme la danse Lingwala pratiquée par des hommes et des femmes, vêtus de blanc.
Les sociétés initiatiques étaient le Mwiri pour les hommes, et l’Isimbou pour les femmes. On ne connaissait pas le Bwiti.
Le Njôbi est venu d’Okondja.
Le Moukoula était un rite masculin.
Le Ngoï (un crâne dans un panier) servait à révéIer les adultères.
On utilisait des masques Mboudi (masque en bois ou en raphia, bleu, blanc, rouge), Bangourou (masque en bois recouvert de cuivre, du type Kota).
Source :
L’HOMME D’OUTRE-MER , Collection publiée par le Conseil supérieur des Recherches sociologiques d’outre-mer et par l’Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer Nouvelle Série N° 6, Hubert DESCHAMPS, Gouverneur E, R.,
Directeur des Sciences humaines à l’Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer, Chargé de mission par le Centre National de la Recherche Scientifique, TRADITIONS ORALES ET ARCHIVES AU GABON, Contribution à l’ethno-histoire, ÉDITIONS BERGER-LEVRAULT 5, rue Auguste-Comte PARIS (VI)
1962.
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