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Denis Antchouwé Kowé Rapontchombo ou le roi Denis

Antchuwè Kowè Rapontchombo, dit le « roi Denis », est un souverain Mpongwè, né vers 1780, qui fut l’interlocuteur des colonisateurs du Gabon. Il appartient au clan ou Maison Asiga.

Les Mpongwè, n’eurent vraisemblablement jamais de chef unique, si ce n’est peut-être au début de leur histoire, mais une série de Patriarches, chefs de familles ou de clans.

A l’époque où ils se mirent sous la protection de la France, leurs principaux chefs ou « rois D, comme les Européens les appelaient, étaient, sur la rive droite : Rentchindo ou Kringer, Kaka Rapono ou Quaben, Ré-Dowé ou le roi Louis et le prince Glass ; sur la rive gauche : Rassondji ou le roi Georges et, enfin, le plus célèbre de tous, Antchouwé Kowé Rapontchombo ou le roi Denis.

Antchouwé Kowé Rapontchombo, ou Réré Rapontchombo dit le roi Denis, est né sur la rive gauche de l’Estuaire au cours de la seconde moitié du xvllle siècle, vers 1780.

A ceux qui lui demandaient son âge, il répondait : « Lorsque le roi de France Louis XVI était sur le trône,  je savais déjà manier une pagaie et diriger tout seul une embarcation sur l’Estuaire ».

Son père s’appelait Ongonwu Ré-Mboko, du clan des Assiga, fils de Résakuélé, fils de Ré-Ntori, fils de R ‘Ombonwa, le premier ascendant du clan dont on conserve le nom.

Sa mère était Ozugayilé, du clan des Adoni.

Il avait un frère écrit l’Amiral Fleuriot de Langle, qui  avait servi dans les armées françaises.

Celui-ci avait gardé un bon souvenir de la France, qu’il  fit partager à beaucoup de ses compatriotes.

 Le chef du clan des Aguempo, établi à Mina, dans la crique Iwengué-Nyama, au moment de mourir déshérita, pour on ne sait quel motif, le fils qui devait lui succéder et désigna Ré-Mboko pour occuper l’éka, le siège, c’est-à-dire le trône. Ce dernier accepta, se promettant de le garder toujours.

Pour preuve, il ajouta au nom de son fils « Kowé », celui de Rapontchombo dont la signification est selon certains : Ce qui m’a été donné, ne m’a pas été prêté, mais donné pour de bon.

C’est ainsi qu’à la mort de Ré-Mboko, son fils Kowé Rapontchombo lui succéda et se trouva à la tête d’une grande partie de la rive gauche.

Le roi Denis régna près de 66 ans.

Son influence s’étendait non seulement sur le village qui porte son nom, mais encore sur tous les chefs des pays environnants.

Les rapports fréquents qu’il avait eux avec les Français et les Anglais dont il fut longtemps le courtier le plus habile et le plus considéré, la facilité avec laquelle il parlait l’anglais, l’espagnol, le portugais et le français, lui avaient acquis une grande réputation.

A une certaine noblesse de sentiments, assez rare chez les peuples fétichistes, il joignait une vive pénétration d’esprit. Aussi voyait-on souvent les Noirs accourir de très loin lui demander conseil ou le prier de bien vouloir terminer leurs différends.

Sa suzeraineté morale s’étendait jusqu’aux clans Orungu du Cap Lopez, où il fut d’un précieux secours pour le baron Didelot, Commandant supérieur et M. de l’ Aulnois, commandant particulier du Gabon lors de la signature des traités de 1862, avec les chefs du pays.

Son éloquence persuadait les chefs, ses magnifiques uniformes et ses décorations provoquaient l’enthousiasme des tribus.

Il était d’ailleurs intelligent et sympathique.

Le chirurgien de la marine, Griffon du Bellay, qui le vit vers 1865, au déclin de sa vie, nous le montre « vieillard vénéré des autochtones et entouré de la considération des Européens », et il note avec raison qu’il a facilité notre établissement  par son influence et qu’il nous a toujours prêté l’appui de son crédit auprès de ses compatriotes.

Les explorateurs,  Paul du Chaillu et le Marquis de Compiègne qui furent également les hôtes du roi Denis, le premier en 1855, le second vers 1873, ont gardé de lui le meilleur souvenir.

Depuis longtemps déjà les Mpongwè avaient pris contact avec les Européens.

On sait en effet qu’après la découverte de l’Estuaire du Gabon par les Portugais au xve siècle (1472), arrivèrent successivement des navires espagnols, hollandais, anglais, américains et français qui pratiquèrent avec les peuples surplace un trafic très actif de toutes sortes de produits, mais surtout d’esclaves venus de l’intérieur du pays.

Pour ce qui est des Français, c’est au XVIe siècle (1515), sous le règne de François 1er , qu’ils auraient commencé à fréquenter le Gabon, frêtant des navires qui s’appelaient « Grande Martine »  « Salamandre « Belle Aventure », « Madeleine » etc…

Le Gabon fournissait particulièrement des esclaves au Brésil et à Cuba où des fils de Chefs, dont le futur roi Louis Dowé, se rendirent parfois en visite sur des navires négriers.

Kowé Rapontchombo eut ainsi l’occasion de servir, dans sa jeunesse, sur un voilier espagnol.

C’est un peu avant le milieu du XIX e siècle que des relations officielles s’établirent entre le Gouvernement français et les chefs mpongwè de l’Estuaire.

La France cherchait alors un point de relâche et de ravitaillement pour ses bâtiments chargés de réprimer la traite des esclaves sur la Côte Occidentale d’Afrique.

Comprenant les immenses avantages que son pays pouvait tirer de l’établissement des Français du Gabon, le roi Denis prit une grande part aux négociations qui aboutirent aux différents traités d’alliance entre la France et le Gabon.

Le roi Denis reçut d’abord, le 1er mars 1838, la visite du Capitaine de vaisseau de Péronne, commandant de la corvette « la Triomphante » et d’un Lieutenant de vaisseau, commandant la goélette la « Fine ».

L’année suivante, le Capitaine de vaisseau Bouët-Willaumez arrivait à son tour pour signer un traité qui permettait aux Français de s’établir sur deux lieues de côte, en vue de protéger le roi.

C’était l’occupation qui commençait et allait se développer. A cette occupation il y avait deux motifs :

  • réprimer le brigandage ;
  •  et assurer la liberté du commerce, au moins en ce qui concerne la rive gauche de l’Estuaire du Gabon.

Les négociations de ce traité furent longues et difficiles, les conseillers et les notables du roi Denis se montrant pour la plupart hostiles à ce projet.

Cependant l’autorité de celui-ci finit par s’imposer et le 9 février 1839, il signa avec le Capitaine de vaisseau Bouët-Willaumez à bord de la « Malouine » le fameux traité qui, en marquant le point de départ de l’établissement de la France au Gabon, nous permet, à nous Gabonais, de nous glorifier d’être Français depuis plus de cent vingt ans.

Plusieurs jours de fêtes et de réjouissances publiques suivirent la de ce premier traité.

Il n’est que justice de reconnaître que le Gabon français, vieille colonie venant en date immédiatement après le Sénégal (1697) et l’Algérie (1830), est l’œuvre du roi Denis et du Commandant Bouët-willaumez.

Du point de vue strictement gabonais, ceux-ci viennent avant l’explorateur Savorgnan de Brazza qui n’arriva pour la première fois en Afrique qu’en 1875 (36 ans plus tard) dans un Gabon déjà français.

Le fait de trouver ce pays sous l’autorité de la Marine française avec, comme commandant supérieur, le Contre-Amiral Bourgeois, lui facilita grandement ses explorations sur l’Ogooué et jusqu’au Congo où il fonda Brazzaville en 1880.

D’après Burton, les négociations entre la France et le roi Denis furent gênées par Ntoko, premier ministre du roi Glass et anglophile.

Glass-Town, ajoute-t-il, appartient à une très vieille dynastie.

En 1787, un bateau envoyé par la Maison Sydenham de Bristol prit contact avec un très vieux King Glass.

Quoi qu’il en soit, la Marine française, installée sur la rive gauche de l’Estuaire du Gabon en vertu de ce traité du 9 février 1839, y édifia quelques petites constructions, dont un entrepôt de charbon.

Nous en trouvons aujourd’hui quelques vestiges dont la tombe du chirurgien Erhel, mort en 1852, sise dans la plaine à quelques mètres de la plage et dans des débris de charbon que l’on rencontre çà et là sur le rivage.

Cependant le Commandant Bouët-Willaumez comprit qu’on ne pouvait rester indéfiniment à Denis, position péninsulaire ayant un champ d’action très réduit. Il songea donc à s’installer sur la rive opposée.

Avec l’appui du roi Denis il réussit à signer, le 18 mars 1841, avec le roi Louis Dowé un traité qui permettait la construction d’un blockhaus au Fort d’Aumale, et la fondation par la suite de Libreville sur le plateau en 1849.

Depuis lors la presqu’île de Denis ou Nchautoné fut abandonnée, et toute l’activité des colonisateurs se porta sur la rive droite de l’Estuaire du Gabon.

La Marine française, première colonisatrice du Gabon, présida à nos destinées jusqu’en 1886, époque à laquelle elle laissa la place au Département des Colonies.

Un des derniers commandants du Gabon fut le Capitaine de frégate Cornut-Gentille, grand-père de l’ancien Haut-Commissaire de I’A.E.F.

Rentré en France, le Commandant Bouët-Willaumez fut nommé Amiral en récompense de ses services éminents, puis Gouverneur du Sénégal.

Il prit part à la guerre de Crimée et commanda  en 1870, la flotte de la Baltique.

Il mourut en 1871.

Le voyageur anglais Richard Burton décrit le roi Denis comme un homme de taille moyenne fortement charpenté, d’une constitution robuste et d’une grande force musculaire.

Il avait  alors environ 60 ans.

Son teint noir contrastait avec sa barbe blanche comme neige, qui voilait son visage.

Il avait un regard doux et expressif, une voix agréable et persuasive, également   courtois et digne. Pris dans l’ensemble, c’est un des hommes les plus ressemblants à un roi que j’aie jamais rencontré en Afrique.

Dans la garde-robe du roi Denis figurait une collection d’uniformes, de costumes de gala provenant notamment d’Angleterre et de France.

Après février 1839, le roi Denis était entré en relation avec la reine d’Angleterre, Victoria.

Il lui avait envové une panthère vivante, mais surtout il avait fait rapatrier quatre marins anglais qui, par son intervention, avaient été délivrés de la captivité et de la mort.

Une embarcation négrier qu’elle pensait s’y être caché.

Les Séké ou les Bakèlè car à cette date les Fang avaient à peine atteint le confluent du Como et de la Mbé, capturèrent l’embarcation après un rude combat au cours duquel périrent cinq marins.

Les quatre survivants furent faits prisonniers.

Il fallut toute la diplomatie du roi Denis pour les racheter.

Pour rappeler cette généreuse intervention, Sa Majesté la Reine d’Angleterre lui envoya, entre autres présents, une chaîne d’or et une superbe médaille en or à son effigie, ainsi dédicacée au revers :

 « Victoria, Queen of Great Britain  and Ireland

To King Denny

In Testimony of Her Majesty’s deep sense of his human

And generous conduct in rescuing from captivity four wounded

British seamen, in the river Gaboon, 1839. »

De son côté le gouvernement français nomma le roi Denis Chevalier de la Légion d’honneur pour services exceptionnels rendus à la France par ordonnance royale signée à Saint-Cloud, le 16 septembre 1839.

En outre, le roi Louis-Philippe lui offrit une médaille de vermeil sur laquelle étaient gravés ces mots : « Ministère de la Marine ».

Témoignage de gratitude du Gouvernement Français avec effigie du roi des Français.

De Rome, N. S. Père le Pape Grégoire XVI lui fit tenir également une belle médaille « Bene merenti » pour le remercier de ses bons offices à l’égard des missionnaires catholiques.

Enfin, par l’intermédiaire du prince de Joinville le fils de Louis-Philippe, allant à Sainte-Hélène en 1840 sur la frégate la « Belle Poule »,  pour en rapporter les cendres de Napoléon 1er, le roi Denis obtint divers privilèges, entre autres « que le canon tonnerait quand sa grande pirogue accosterait un des navires de guerre français et qu’il serait placé à la droite de l’Amiral au banquet annuel où les officiers célébraient la fête du chef de l’Etat.

On devait aussi lui construire « une case neuve…

C’est sous le titre « Une ferme royale » que l’explorateur Paul du Chaillu décrit les plantations du roi Denis qu’il eut l’occasion de visiter en 1856, au fond de la crique Mbata, en se rendant au Cap Lopez :

Les sujets du roi Rapontchombo sont les plus aisés des Mpongwè.

Les plantations où je me  trouvais leur appartenaient ; ce sont les plus florissantes que j’aie vues sur la côte.

Le village  situé à l’entrée de la crique Mbata est entouré d’une fertile prairie en plein rapport.

Les habitants possédaient un grand nombre d’esclaves, et les femmes semblaient avoir un goût prononcé pour l’agriculture, peut-être parce que dans leurs villages du Gabon, elles ne trouvent devant  elles que la pointe de Pongara, plaine de sable où rien ne peut croître.

 Ici, je voyais à droite  et à gauche, et à plusieurs milles dans toutes les directions, des champs d’arachides, de bananes,  de maïs, de cannes à sucre, de gingembre, d’ignames, de manioc, de courges, tandis qu’auprès  de leurs cabanes croissaient le papayer, le citronnier, l’oranger sauvage, pêle-mêle avec une  grande abondance de bananiers et d’ananas.

Ils semblaient même élever des animaux domestiques, car j’ai vu partout des cabris et des poules de la petite espèce africaine. »

« Le roi était dans son village, sur la côte ; mais il avait donné des ordres que je fusse  conduit jusqu’au Cap Lopez ; car Sangatanga, la principale ville du cap, est à soixante milles  de Mbata. Le roi ne s’occupe pas personnellement de ces belles plantations, et ne les visite que  pendant la saison sèche. Je soupçonne du reste qu’il n’exerce là que peu d’autorité.

C’est la reine,  ou première femme, qui paraît avoir la haute main et qui règle la besogne des esclaves, ainsi  que l’ordre des travaux de l’agriculture.

Dans l’occasion elle se mêlait de planter elle-même, car c’est là un travail de femme ; les hommes s’appliquent à abattre et à brûler les arbres qui se multiplient avec une effrayante rapidité pour peu que le sol soit négligé pendant une seule saison.

« En passant, nous arrivâmes par hasard devant des cabanes de bambou, où vivaient des esclaves, loin de leurs maîtres mpongwè qui étaient retenus sur la côte ; ils cultivaient là le sol pour leur propre compte, et envoyaient le tribut de leurs produits au littoral, toutes les fois que les canots partaient de Mbata pour s’y rendre. Ils paraissaient complètement heureux ; et certes, pour des esclaves, je les trouvais fort indépendants.

Les vieillards et les femmes étaient paresseusement couchés devant leurs petites huttes, et fumaient ; de chaque côté s’étendaient de riantes campagnes, couvertes de bananes, de manioc, de pistaches et d’ignames. »

On dit que le roi Denis avait à son service trois cents esclaves.

Contrairement à ce que l’on croit généralement, ces esclaves étaient, pour la plupart, satisfaits de leur sort.

En effet, suivant leurs mérites, ils étaient progressivement affranchis et incorporés dans le clan, et accédaient même à des charges importantes. Témoin le trait suivant :

Le roi Denis, profondément touché de la conduite de son esclave Rambourou-Akinda  conduite toute d’obéissance, de dévouement, de zèle et de prévenance envers son maître, voulut l’en récompenser royalement.

Il tint donc un certain jour de grandes assises auxquelles furent convoqués notables, hommes, femmes, enfants, esclaves.

Devant ses sujets réunis, il fit avancer Rambourou-Akinda qui se découvrit et mit un genou à terre.

Mais le roi le releva et lui remit son chapeau sur la tête, puis il dit d’un ton solennel : A partir d’aujourd’hui, tu n’es plus esclave. Tu prends rang de conseiller notable et tu deviens mon commensal. Tu seras le chef de mes esclaves dont tu règleras les palabres. Je n’interviendrai que lorsque tu seras embarrassé. Tout le monde ici te doit le respect et l’obéissance auxquels tu as droit désormais. »

Quoique fétichiste et bien connu par son commerce d’esclaves, le roi Denis ne se montra jamais hostile à la Mission ; il plaça même chez les missionnaires plusieurs de ses enfants.

Si parfois il obéit aux usages barbares qu’enfante le fétichisme, il ne fut pourtant pas inaccessible aux avertissements et aux représentations des missionnaires.

Le roi Denis fut tellement affecté par la mort de son épouse préférée, Agnouré-Babé qu’il résolut de perpétuer le souvenir de la défunte par un salut que chacun de ses sujets lui adresserait en l’abordant.

Le visiteur devait lui dire : « Quel est le mal que Dieu a fait ? » Denis lui répondait : « La mort » et le visiteur devait ajouter : « oui, la mort, c’est le mal que Dieu a fait « : C’est, dans un sens, une parole blasphématoire.

Mgr Bessieux alla trouver le roi Denis et lui proposa de changer ce salut injurieux à Dieu qui l’avait créé et ne cessait de le combler de ses bienfaits.

Le roi se montra docile à ces remontrances, et immédiatement il porta un ordre qui obligeait tous ses sujets à le saluer en l’abordant par ces autres paroles : Quel est le bien que Dieu a fait ? » Et il répondait : La vie ! » Oui, que Dieu te donne la vie ! » devait ajouter le visiteur. C’est de cette manière qu’il fut ensuite toujours salué…

Mgr Bessieux disait que la longue vie du roi Denis était une récompense de sa docilité en cette circonstance…

En 1851, il y eut un essai de Mission chez lui, sous le vocable de Saint Thomas, apôtre.

Mais jusqu’à ses derniers instants, le roi Denis avait résisté à toutes les sollicitations faites pour sa conversion.

L’obstacle de la polygamie surtout s’y opposait. Mais, enfin, à l’approche de la mort, il réclama lui-même le missionnaire avec insistance, disant qu’il voulait recevoir le baptême.

En l’absence du missionnaire et vu le danger, son fils et futur successeur le lui conféra.

« Pour recevoir le baptême, lui dit-il, il faut croire les principaux mystères de la foi catholique

— « Je les sais, reprit le vieux roi, les missionnaires me les ont appris ».

— « Mais les croyez« vous de tout votre cœur ? »

— Oui, je crois, répondit le vieux Denis, je crois, je veux être baptisé « Mais durant votre longue vie, vous avez commis des péchés », reprend encore le fils « en demandez-vous pardon à Dieu ? »

«  … Et si vous reveniez à la santé, promettez-vous de déclarer publiquement qu’un chrétien ne doit avoir qu’une seule femme ? » « Je le promets ».

Le fils répandit alors sur la tête de son vieux père les eaux régénératrices du baptême.

Quelques instants après, le féticheur se présentait avec ses remèdes et promettait de rendre la santé au malade.

« Retire-toi, répondit Denis-Marie, devenu chrétien, je ne crois point à tes remèdes. C’est le moment de Dieu », ajouta-t-il, je sais que je vais mourir » Puis, s’adressant à tous les assistants, il leur dit d’un ton de voix intelligible : « C’est le moment de Dieu ; n’attribuez ma mort à aucun maléfice, à aucun empoisonnement ; je défends qu’on immole des esclaves pour moi. »

Avant de mourir, il tira son anneau d’or et le passa au doigt de son fils, Félix Adandé, qu’il désignait ainsi pour lui succéder, à l’exclusion de tout autre.

Puis il dit lentement d’une voix distincte à tous ses sujets rassemblés autour de son lit de mort, ainsi qu’aux chefs voisins accourus à la nouvelle de sa maladie : « Je vais mourir, et vous laisse pour être roi à ma place, à qui vous devez tous hommage, obéissance et respect, selon la tradition de mes pères, mon « fils Félix Adandé. Adieu ! ».

Tout le monde étant parti, il garda son successeur à son chevet et s’entretint avec lui pendant quelques instants.

Peu après, il paraissait devant Dieu qui a dû lui faire miséricorde.

Le roi Denis est décédé le 9 mai 1876, âgé d’environ 95 ans.

Dix jours auparavant, le 30 avril, Mgr Bessieux, premier évêque et fondateur de la Mission catholique du Gabon, avait, lui aussi, quitté cette terre.

Les chefs Mpongwè de Libreville et des environs, les chefs fang établis sur la rive gauche de l’Estuaire du Gabon et jusqu’à un chef du Fernan-Vaz, vinrent en personne assister aux funérailles.

Le chef des Orungu, Ré-Ntchengué, fils de Rogombè, ordonna chez lui, à Omèngo, un deuil spécial.

Le Contre-Amiral Ribourt, commandant supérieur des Etablissements français de la Côte Occidentale d’Afrique, fit mettre les drapeaux en berne à Libreville et tirer le canon. Il envoya aussi des présents.

Revêtu de son grand uniforme de général anglais, le roi Denis Rapontchombo fut inhumé au vieux cimetière d’Iwounwé, entre la pointe Pongara et la pointe Nghomboué, face à l’Océan Atlantique qui lui avait amené les Européens, ses amis.

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Sources : 

ANTONINI.   Discours à l’Assemblée de l’Union Française, 1949.

ARCHIVES de la Famille Denis.

BULLETIN des PP. du St-Esprit, 1876.

CHAILLU (Paul Belloni du). — Voyages et Aventures dans l’Afrique Equatoriale. Paris, Michel Lévv, 1863, 1 vol., 546 p., ill., I c. h.t.

COMPIÈGNE (Marquis de) et MARCHE (Alfred). — L’Afrique Equatoriale. Paris, Plon, 1876, 2 vol., I c.

FLEURIOT DE LANGLE (Vice-Amira1). Croisières à la côte d’Afrique (1868). Paris, Le Tour du Monde, 18721876 : XXIIIe vol. (1872), Livr. 593-595, p. 305-352, 37 grav., 1 c. ; xxvIe vol. (1873), Livr. 674-676, p. 353-400, ill., 1 c. ; xxxre vol. (1876), Livr. 797-800, p. 241-304, 51 grav., 1 c.

GAUTIER (R.P.). — Etude historique sur les Mpongwès et tribus avoisinantes. Brazzaville, Mémoires Institut d’Etudes Centrafricaines, NO 3, 1950, 1 vol., 5 ph., 1 c.

GRIFFON DU BELLAV (Docteur). Le Gabotl (1861-1864). Paris, Le Tour du Monde, 1865, vol., Livre 301 à 307, p. 273-320, très nb. ill.


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