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Les Enenga sont un peuple d’Afrique Centrale, établie au centre-ouest du Gabon.

Ils font partie du groupe ethnique Myènè.


Les Enenga parlent à l’origine l’𝐸𝑛𝑒𝑛𝑔𝑎𝑛𝑖, un dialecte de la langue Omyènè qui semble avoir disparu.

Les locuteurs omyènè de cette communauté ethnique ont typiquement adopté l’𝑒́ɣ𝑎́𝑙𝑤𝑎̀𝑛𝑖, le parler galwa.

De sorte que l’𝑒́ɣ𝑎́𝑙𝑤𝑎̀𝑛𝑖 est devenue de facto, la langue maternelle de nombreux Enenga.

Les Enenga sont les premiers Ngwemyènè à se sedentariser dans les environs des lacs nords de Lambaréné, bien avant l’installation de leurs frères, les Galoa. Selon la tradition orale, les touts premiers clans à s’installer dans la zone d’occupation des Enenga sont les Avemba, Adyèna et Azondo.

Les Avemba et Adyèna occupaient le lac zilé, tandis que les Azondo occupaient la zone de confluent entre l’Ogooué et la Ngounié. Les autres clans Enenga se sont installés à la suite des trois premiers.

Les Enenga n’ont jamais été très nombreux. D’ailleurs, depuis fort longtemps, cette tribu à toujours été considérée comme la moins importante sur le plan démographabie. Mais cette faiblesse démographique, n’a pas empêché ces derniers d’exercer longtemps le monopole du commerce dans la zone qui deviendra plus tard, Lambaréné.

Les Enenga, bien avant l’arrivée des blancs à Ompom’aganga w’Enenga, commerçaient dejà avec les tribus de l’arrière-pays, telles que les Okandé, leur lointains cousins et les Ba’Duma, qui étaient reconnu pour leurs talents de commerçants et de pagailleurs.

À l’arrivée des européens au milieu du XIXem siècle, le plus grand et principal village des Enenga etait Alegoma, qui se situait au confluent de l’Ogooué et de la Ngounié, non loin du lac Zilé.

De nombreux autres villages Enenga etaient autrefois dans la zone du Lac Zilé, à l’instars de Veza et Ngalet. À cette même époque, les Enenga avaient de grandes figures comme Rempolé du clan Azondo et Ré-Mpòlè du clan Ajena.

Aujourdhui, le territoire qu’occupaient autrefois les Enenga s’est reduit autour du seul Lac Zilé.

Cela est certainement dû à la faiblesse demographique de la tribu, mais egalement à l’arrivée de nouveaux peuples dans la region, notamment les Fang. Sur le plan linguistique, leur dialecte semble avoir disparu.

En effet, la dernière vraie locutrice du parler enengani était Marie Françoise Essongue du village Simati.

Il est également à noter que les membres de cette tribu tendent de plus en plus à s’assimiler à leurs voisins et frères, les Galoa.

Les Enenga du lac Zilé, dans un village au bord de ce lac qui débouche sur l’Ogoouè en amont de Lambaréné, sur la rive gauche, sont encore moins nombreux que les Adyumba. Au recensement de 1950, on en comptait moins d’une centaine.

Ils auraient habité autrefois le haut Ogoouè, vers l’île d’Alembè, Molongi, Junckville…

De là. ils descendirent le fleuve pour aller s’établir aux bords du lac Zilé où ils se trouvent encore. Leur arrivée dans ces régions précéda de longue date celle de leurs voisins les Galoa, remontés du bas.

Ce furent leurs chefs qui cédèrent une portion de leur territoire aux nouveaux arrivés.

C’est dans ces parages que les trouva installés en 1815 le voyageur anglais T. E. Bowdich, le premier européen qui signala leur existence au voisinage des Galoa et des Adyumba.

Aujourd’hui les Enenga parlent tous omyènè ; mais il n’en fut pas toujours ainsi. Entre 1900 et 1905, la vieille génération s’exprimait aussi bien en idiome enenga qu’en omyènè.

Cette langue s’apparentait à celle des Apindji, des okandè, des Simba, des Bapovè et des Mitsogo. La génération actuelle ne l’emploie quasiment plus.

Avant l’arrivée des Blancs dans le pays, les Enenga furent de grands trafiquants. Ils avaient le monopole du trafic avec les peuples du haut fleuve, aussi bien qu’avec ceux de la Ngouniè.

Trafic des produits de ces riches régions, aussi bien que trafic des esclaves.

Ces esclaves achetés aux Aduma ou aux Okandè étaient destinés à approvisionner le Cap Lopez, installés par les négriers. Ils furent aussi de hardis navigateurs, habitués à affronter les rapides et les courants violents si fréquents entre Ndjolé, Lopé, Booué et Mulundu (Lastoursville).

C’est grâce en grande partie à leurs équipes de piroguiers que Savorgnan de Brazza et ses prédécesseurs (Bruce Walker, 1866 ; le Docteur autrichien Lenz, 1875 ; le Marquis de Compiègne et Alfred Marche, 1873) purent explorer ces régions inconnues.

Longtemps après cette époque, les Enenga continuèrent à former des convois de pirogues pour le service de la S.H.O. et des autres maisons de commerce, tant françaises qu’étrangères.

Les Galoa et les Enenga, écrivait le R.P. Lejeune en 1886 dans 1′ « Echo des Missions » ne font pour ainsi dire qu’un seul et même peuple : même langue, mêmes usages, mêmes fétiches, mêmes danses. Ils se marient entre eux et s’assemblent dans les mêmes fêtes.

Le peuple Enenga tend à disparaître complètement : on en compte à peine un petit nombre. Chose curieuse, en ce qui concerne les rois, Evindo est aveugle, Mbumba est aveugle, Ranokè a subi le même sort.

Heureux peuple que celui des Enenga ! Il peut tout faire, transgresser les lois sous les yeux de ses chefs, même leur rire au nez sans en être vu !

 Ranokè est riche en esclaves. Evindo est la vieille reine qui nous a vendu le terrain de la Mission. Un jour, je lui faisais visite  Qui es-tu, mon enfant ?

— Le minisè (missionnaire).

Oh ! mon enfant, je suis la reine Evindo ! C’est moi qui gouverne tout ce pays ; ces jardins, ce sont

Ce sont les miens ; cette foret est à moi avec ses antiloppes, ses oiseaux et tous ses bois ; nul autre que moi que moi ne possède aucun poisson de ce lac.

— Tu es grande, reine Evindo, ma bonne grand-mère !

Oui, mon enfant ; mais malgré cela, je suis malheureuse, mes yeux sont fermés à la lumière. Quel triste sort t.

Vois, je n’ai plus de pagne ! Regarde, ma pipe est vide ! Plus de tabac… Pas d’eau-de-vie, cette agréable liqueur qui donnait autrefois de la force à mes membres. Kokolo ! minisè, donne-moi un pagne, du tabac et de l’eau-de-vie.

 De pagne, je n’en ai pas ; viens me voir à la Mission, je t’en donnerai un ; de l’eau-de-vie, je n’en ai pas même de quoi remplir ta pipe ; mais du tabac, en voici une feuille.

 Akewa ! (merci).

 Mais, reine Evindo, ma bonne grand-mère, tu es vieille ; penses-tu à l’éternité ? penses-tu à Dieu ?

— Dieu, je le prie tous les jours ; je lui dis : « Mon Père, merci pour la vie que tu m’as donné ; mon Père, merci pour la vie que tu m’a conservée ; mon Père, donne-moi de vivre encore longtemps, le cœur tout blanc

— Tu exprimes là de très beaux sentiments, reine Evindo, ma bonne grand-mère ; sais-tu qu’après notre mort, notre âme va où voir Dieu ou brûler dans le feu ?

 011 ! je ne veux pas du feu ; du reste, j’aime notre Père et je ne veux pas mourir encore. »

Sous Ré-Mpolè, prédécesseur de Ranokè — en 1863 deux officiers français, Serval, lieutenant de vaisseau et Griffon du Bellay, chirurgien de la marine, passant par le Rèmbouè et la voie de terre atteignirent Alégoma, chez les Enenga.

En 1866, Bruce Walker, négociant anglais et premier directeur au Gabon de la maison Hatton et Cookson, pénétra le premier dans l’Okanda supérieur (Haut-Ogoouè). Ne pouvant remonter le fleuve à partir de son embouchure à cause de l’opposition des Orungu, il emprunta lui aussi la voie du Rèmbouè.

Guidé par des Bakèlè qui pillèrent une grande partie de ses bagages, il parvint à l’Ogoouè aux environs du petit groupe d’îles qui porte son nom. Descendant alors le fleuve en pirogue, il arriva chez les Enenga, au village du roi Ré-Mpolè.

Lorsque celui-ci apprit que Bruce Walker voulait remonter l’Okanda, appréhendant de voir briser le monopole commercial des Enenga dans cette région, il le retint chez lui tout autant comme prisonnier ou otage qu’hôte, six mois durant.

Pendant ce temps, Bruce Walker réussit tout de même à remonter la Ngouniè jusqu’aux chutes de Samba et au-delà, chez les Ivéa de Boualè.

De retour chez les Enenga, il profita d’un convoi de pirogues organisé par Ré-Mpolè et partit enfin vers le Haut-Ogoouè, le 21 juillet, alors que les eaux du fleuve étaient en train de baisser.

Arrivé chez les Bakota le 31, il dut rebrousser chemin.

En 1873, le Marquis de Compiègne et son compagnon Alfred Marche, débarqués à Adolinanongo chez le roi Nkombé (le roi-soleil ), allaient organiser un convoi de piroguiers galoa lorsque Nkombé vint à mourir, après quelques jours seulement de maladie.

Les voyageurs s’adressèrent alors à Ranokè, successeur de Ré-Mpolè.

Après bien des pourparlers, ce chef consentit enfin à leur fournir des pagayeurs Enenga et s’offrit lui-même à accompagner les deux Européens. Au-delà de Lopé, les explorateurs, attaqués par les Ossyéba, durent redescendre le fleuve.

En relatant la première visite que le Marquis de Compiègne et lui-même firent au roi des Enenga, l’explorateur Alfred Marche écrit (1874)

« Notre venue est annoncée ; aussi le roi Ranokè est-il prêt à nous recevoir, ce qui, paraît-il n’est pas dans ses habitudes.

« on nous introduit dans une case où nous le trouvons assis sur un lit de bambou (raphia) il nous fait prendre place à ses côtés et étudie notre visage de ses mains exercées ; comme on lui dit que nous sommes des blancs français (itangani-yi-fala), amis du Commandant, il palpe nos vêtements afin de se rendre compte de notre costume ; il ordonne qu’on lui apporte le traité que lui a fait signer jadis le Lieutenant Aymès, et nous jure qu’il est grand ami des Blancs, que nous pouvons disposer de lui, ainsi que de ses hommes et de tout ce qui lui appartient…

Nous lui faisons cadeau de bienvenue qu’il s’empresse de palper et de compter, — les feuilles de tabac, surtout ; il enjoint à la première de ses femmes d’emporter et de serrer tout cela, et lui fait force recommandations qui, hélas ! sont inutiles, car derrière lui ses enfants et ses neveux savent bien trouver le chemin de la caisse… ».

Deux années plus tard, en 1875, Ranokè fournit également des pagayeurs Enenga à M. de Brazza et continua les années suivantes jusqu’à ce que ses gens soient remplacés par des équipes d’Okandè et de Baduma.

Dans la suite, les Enenga assurèrent longtemps encore les convois des maisons de commerce françaises et étrangères, surtout en saison sèche, dans la Ngouniè et la région des lacs.

La petite tribu des Enenga peut disparaître d’un jour à l’autre ; du moins elle laissera le souvenir des services signalés qu’elle a rendus aux anciens explorateurs.

La culture Enenga n’est pas différente de celle des autres tribus Ngwémyènè. Ils ont de nombreux rites et danses traditionnelles, tels que le Njembé, Elombo, Okowa et Ivanga qui se pratiquent le plus souvent dans des cérémonies traditionnelles.

Aujourdhui, le territoire qu’occupaient autrefois les Enenga s’est reduit autour du seul Lac Zilé. Cela est certainement dû à la faiblesse demographique de la tribu, mais également à l’arrivée de nouveaux peuples dans la region. Sur le plan linguistique, leur dialecte semble avoir disparu. En effet, la dernière vraie locutrice du parler enengani etait Marie Françoise Essongue du village Simati.

Les noms Enenga :

Rébienot, Tiwinot, Oranot, Rédyawo, Rédiaot, Reboucka, Retonda, Eranga, Rokewa, Ogowet Ambegat, Ranoké, Essongué, Ngowé, Akiremy

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Sources :

BOWDICH. – o. C.

BULEON (R.P.). – Voyage d’exploration au pays des Eshira. Lyon, Les Missions Catholiques, 1805.

BULLETIN des PP. du Saint-Esprit, 1~!l3-1 ~!l7 et 1SOx-1 ~UU.

CHAILLU (Paul Belloni du). – Voyages et Aventures… o. c.

CHAILLU (Paul Belloni du). – L’Afrique Sauvage… o. c.

Notes personnelles.

Hubert DESCHAMPS, Gouverneur E. R.,Directeur des Sciences humaines à l’Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer, Chargé de mission par le Centre National de la Recherche Scientifique, TRADITIONS ORALES ET ARCHIVES AU GABON, Contribution à l’ethno-histoire, ÉDITIONS BERGER·LEVRAULT, 5, rue Auguste-Comte – PARIS (VIe), 1962

MÉMOIRES DE L’INSTITUT D’ÉTUDES CENTRAFRICAINES BRAZZAVILLE, ABBÉ ANDRÉ RAPONDA WALKER, NOTES D’HISTOIRE DU GABON avec une introduction, des cartes et des notes de Marcel SORET,

Maître de Recherches de l’O.R.S.T.O.M., IMPRIMERIE CHARITÉ, MONTPELLIER, 1960.

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