Rédigé par l’équipe de Miboue
Du 30 janvier au 8 février 1944, la capitale de l’Afrique Équatoriale Française (A.E.F.) est devenue le théâtre d’un événement capital pour l’avenir politique du continent. En réunissant administrateurs et dirigeants au cœur du Congo, la Conférence africaine française de Brazzaville a posé la toute première pierre sur le chemin de l’autonomie des territoires colonisés, de l’A.E.F. et, par extension, du Gabon.

Une réunion de « maîtres » sans représentation africaine directe
Présidée par René Pleven, alors Commissaire aux Colonies du Comité français de Libération nationale (C.F.L.N.), et marquée par la présence clé du général Charles de Gaulle, la rencontre affichait un caractère strictly administratif. Aucun délégué africain n’y siégea directement. La voix des populations locales ne fut entendue que de manière indirecte, à travers des rapports préparés par des notables africains et annexés aux procès-verbaux officiels.
Dès l’ouverture des débats, la ligne de conduite fut clairement tracée : l’unique voie d’évolution envisagée pour l’Afrique était son intime intégration au sein de la communauté française. Toute idée d’indépendance ou de « self-government » était explicitement écartée.

Vers une participation politique et la création de l’Union Française
Malgré ces limites strictes, le général de Gaulle s’engagea à impliquer davantage les populations de l’Empire dans la gestion de leurs affaires intérieures. De cette volonté découla la création de l’Union Française, accompagnée de résolutions majeures pour la vie politique locale :
- Création d’Assemblées locales librement élues dans les territoires d’Outre-Mer.
- Représentation parlementaire par l’envoi de députés africains au Parlement français, au Conseil de la République et à l’Assemblée de l’Union Française.
En réalité, cette conférence s’est apparentée à une confrontation de points de vue entre administrateurs coloniaux, cherchant les meilleures méthodes pour continuer à régir leurs sujets tout en adaptant le cadre institutionnel.
Progrès sociaux, économiques et administratifs
Sur les questions économiques et sociales, la conférence de Brazzaville a formulé des recommandations significatives :
- Abolition du travail forcé : Affirmation de la liberté du travail avec un engagement de suppression définitive du travail forcé dans un délai de cinq ans.
- Développement économique : Recommandation d’accroître les richesses locales afin de réhausser le niveau de vie global des populations.
- Infrastructures et éducation : Priorité accordée à l’amélioration du réseau routier, à l’essor industriel et au développement de l’enseignement.
- Évolution politique progressive : Préconisation d’une décentralisation administrative par étapes, devant conduire progressivement les territoires colonisés vers une véritable personnalité politique.
Si la Conférence de Brazzaville n’a pas brisé le carcan colonial, elle a néanmoins amorcé une mutation irréversible qui allait transformer en profondeur les relations entre la France et les nations africaines dans l’après-guerre.


