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Dans toutes les sociétés, la gémellité a donné lieu à des élaborations symboliques à la fois très différentes et très proches. Les systèmes symboliques au sujet des jumeaux en Afrique et ailleurs sont de véritables curseurs qui permettent de voir et de comprendre l’organisation sociale d’un groupe.

Au-delà de la maternité et des représentations dont ils font l’objet, les systèmes symboliques sur la gémellité nous aiguillonnent sur la conception du pouvoir politique, sur les questions spirituelles comme sur les questions pratiques de dépassement de soi.

La naissance des jumeaux est un événement sacré dans les sociétés d’Afrique centrale. Elle marque et constitue même l’origine ou le mythe fondateur de certains lignages.

En conséquence, c’est elle qui imprime toute la vision du monde du groupe lignager. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, dans certains cas, la gémellité irrigue tous les aspects de la vie sociale. Les épopées, les mythes et les récits fondateurs n’échappent pas à cette imprégnation.

Au Gabon, les jumeaux sont très présents dans les épopées. Dans l’épopée Olendé des Mbédé-Obamba, on a le couple Sumbu et Agnassa; chez les Punu, certaines versions de l’épopée Mumbwang font du héros éponyme le jumeau de la belle Marundu; dans l’épopée Mulombi des Ghisir, on a deux paires de jumeaux dont Marunu et sa soeur Mbumba. Marundu elle-même donna naissance au héros Mulombi et sa jumelle Léli.

On retrouve cette situation de poly-gémellité chez les Nzébi dont le récit fondateur relate que la matriarche Nzébi eut sept enfants. Une des rares épopées au Gabon dans laquelle la gémellité n’occupe pas une place centrale est le Mvet. Il est fait mention tantôt de la jumelle (Tome 2, Tsira Ndong), tantôt du jumeau (Nfenfé Mot, Etougou Ndong) du guerrier immortel Engwang Ondo.

En ce qui concerne l’épopée Bitola des Povè/Puvi, la gémellité est au cœur du récit. Elle ne peut être comprise si l’on ne remonte pas le fil conducteur de la rencontre entre Nzambé et Bwanga. Bwanga est une femme des eaux que Nzambé rencontre en remontant une grande rivière. Ici, à la différence des autres épopées, la mère des jumeaux originels est une femme de l’eau.

Cette énonciation est pleine de sens. Les jumeaux sont certes des humains mais par leurs origines ils viennent d’une mère des eaux terrestres ou célestes. De fait, ce que nous dit l’épopée des Povè/Puvi c’est que la gémellité est fondamentalement liée à une divinité des eaux.

Les jumeaux sont par essence des enfants d’une divinité féminine non terrestre. Une divinité que l’on ne peut rencontrer qu’en remontant la rivière, le fleuve ou en affrontant les vagues et la marée.

Ici, Bwanga est la mère des marées. On l’aura compris, chez nous la mère des marées et des saisons. Il s’agit clairement de la lune. Les jumeaux sont finalement les enfants de la lune, d’une lune particulière. Il n’est pas nécessaire de rentrer dans un symbolisme de la lune pour comprendre que des pouvoirs lui sont associés.

Un deuxième niveau de compréhension nous permet de noter que la naissance de Bitola (le fils du feu soleil et jumeau, fils de la lune, déesse des eaux) est annoncée par son ancêtre Makongwa.

La naissance des jumeaux est dans ce sens une promesse, voire une prédiction des ancêtres. En plus d’être des enfants ou les symboles des astres Soleil et Lune, la venue des jumeaux est annoncée par les ancêtres. Il faut y voir la manifestation d’un mythe originel de la création du monde.

La présence de Makongwa vise à rappeler que les ancêtres sont les témoins et le lien avec le passé ou l’origine, tout en étant les annonciateurs du futur. Autrement dit, la figure de l’ancêtre est la porte incontournable d’accès à la vérité et à l’origine du monde ou de la vie. L’ancêtre est le symbole du lignage et de la généalogie, traduisant et incarnant l’importance de la parenté.

A travers la naissance des jumeaux, l’épopée Bitola nous introduit aussi au cœur de la cosmogonie et de la genèse de la vie.

En Afrique, les mythes mettant en lien la naissance des jumeaux et la cosmogonie sont très répandus. Chez les Yoruba et les Dogon, la gémellité est très valorisée à chaque lunaison. Non seulement il existe des cultes et rituels liés à leur naissance mais on trouve également dans l’expression esthétique et plastique une grande richesse symbolique matérialisée sur les statuettes en bois.

Source :

Blog officiel de Täre Évivi Nguema. Consulté le 16.04.2024


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