Rédigé par l’équipe de Miboue

L’histoire coloniale du Gabon retient la révolte des Awandji comme la plus longue, mais aussi la plus meurtrière des insurrections face à l’autorité étrangère. Après les compromis fragiles du début des années 1920, la situation dégénère en 1928 pour aboutir à ce que les historiens nomment la guerre de Wongo.

Retour sur cet épisode tragique et héroïque qui marqua la fin des grandes conquêtes militaires au Gabon.

Les racines de l’embrasement (1928)

Après le départ de l’administrateur Montespan, qui avait su instaurer un dialogue constructif, ses successeurs ne surent pas maintenir cette politique d’apaisement. Souvent en proie à l’isolement, à l’inexpérience ou à la rigidité, ils multiplièrent les marques d’hostilité envers les Awandji, leur reprochant leur insoumission et leur fierté.

La rupture définitive survint à l’automne 1928 autour d’une obligation jugée vexatoire : le ravitaillement régulier du marché de Lastourville. L’administration imposait aux populations soumises de descendre une ou plusieurs fois par semaine y apporter des victuailles. Derrière cette exigence logistique se cachait une stratégie de contrôle psychologique et d’assujettissement, visant à émousser toute velléité d’indépendance.

Habitués à vivre libres et maîtres de leurs terres, les Awandji rejetèrent catégoriquement ces corvées.

  • En juin 1928, l’administrateur Turenne, cherchant à intimider le chef Wongo, est contraint de rebrousser chemin en toute hâte.
  • En novembre 1928, une colonne armée commandée par le lieutenant Cordier est mise en déroute par les hommes de Wongo, armés de fusils à pierre et à piston.

La riposte coloniale et la chute de Pungi (1929)

Face à ces échecs répétés qui bafuaient l’autorité de la métropole, le gouverneur du Gabon, Deite, dépêche en janvier 1929 l’administrateur Le Testu, alors chef de la circonscription de la Ngounié, avec pour mission de venger l’honneur militaire français.

À la tête d’importants contingents de soldats, Le Testu marche sur Pungi, le foyer névralgique de la rébellion awandji. S’ensuit une guerre sans merci qui dure deux mois et demi, marquée par des méthodes impitoyables, dont l’exécution sommaire de prisonniers.

Le sacrifice du chef Wongo et la pacification finale

Face à l’horreur des représailles et soucieux d’épargner son peuple d’un anéantissement total, le chef historique Wongo, accompagné de son second Lesibi, choisit de se rendre à Le Testu le 9 août 1929.

Condamnés à dix ans de prison politique, les deux irréductibles chefs awandji sont exilés en Oubangui-Chari. Malheureusement, ils n’atteindront jamais leur lieu de bagne : affaiblis, ils s’éteignent durant leur transfert à bord du steamer Albert Dolisie. Lesibi est inhumé à Massaka le 19 mai et Wongo à Boubangui le 21 mai 1930.

Cette ultime campagne militaire d’envergure mit un terme définitif aux grands soulèvements autonomes au Gabon. Dès 1930, l’ensemble du territoire était placé sous contrôle administratif effectif.

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