Rédigé par l’équipe de miboue.com
Contrairement aux collections dispersées à travers le monde, les objets abrités par le musée de Libreville s’enracinent directement dans leur pays d’origine. Ici, le lien avec la forêt, les villages, les sons des tambours et des xylophones demeure palpable, offrant une continuité vivante entre le Gabon d’hier et celui d’aujourd’hui. Ce ancrage culturel prend une résonance toute particulière lorsqu’on se tourne vers le grand nord du pays, terre des peuples Fang.
Le Grand Nord et l’univers Fang : Une empreinte sonore et visuelle
S’étendant de Médouneu à Mitzic, Oyem, Minvoul et Bitam — tout comme en Guinée Équatoriale continentale et dans le sud-ouest du Cameroun —, la vaste zone fang se caractérise par une riche tradition musicale et orale. Faute d’une collecte matérielle précoce, le musée conserve davantage d’enregistrements sonores que de pièces sculptées anciennes.
Dès le début du XXe siècle, sous l’effet conjugué des transformations sociales et de l’influence des missions chrétiennes, la région a connu une mutation rapide, entraînant la disparition de nombreux objets liés au sacré.
La disparition du Byéri et la résilience des masques
Le cas le plus frappant de cette évolution est celui du Byéri, le culte traditionnel des ancêtres fang :
- La fin des reliquaires : Les reliques des défunts illustres (principalement les crânes), autrefois gardées et honorées à l’intention des jeunes initiés, ont cessé d’être conservées sous l’effet de l’acculturation. N’ayant plus de fonction rituelle active, les célèbres figurines de bois qui les surmontaient ont rapidement disparu du paysage.
- La survie des masques et de la musique : À l’inverse des statues strictement liées au culte des ancêtres, les masques et les instruments de musique ont mieux traversé le temps. N’étant pas dotés d’un caractère intrinsèquement sacré — mais agissant plutôt comme des images et des supports sociaux —, ils ont pu perdurer sous forme de démonstrations festives et chorégraphiques.
On retrouve ainsi le célèbre Ngontang (la « jeune femme blanche »), dont les formes varient du visage rond et plat au masque-heaume tétrachrome, ou encore le masque Ekekek, grande silhouette aux traits caricaturaux héritée des anciennes fonctions redoutables du Ngil. De même, les instruments de musique — harpes mvet et engomi, tambours nkul, xylophones médzang —, de même que les parures de cuivre, la vannerie et la poterie, témoignent de la vitalité d’un artisanat qui a su s’adapter aux mutations du monde moderne.
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