Rédigé par l’équipe de Miboue

À Port-Gentil, île de sable et capitale économique du Gabon, l’argent circule vite, mais le temps file encore plus vite. Entre les shifts sur les champs pétroliers, les rotations en mer et les affaires portuaires, la vie des hommes d’influence se joue à la minute près. Pourtant, la ville a ses pièges. Des passe-temps trompeurs, des habitudes insidieuses qui, l’air de rien, consument l’énergie, vident les comptes en banque et sabotent l’avenir.

L’histoire d’Ogoula, 53 ans, cadre moyen dans une grande entreprise pétrolière de la place, est à ce titre un véritable cas d’école. À l’âge où l’on récolte les fruits de sa carrière, Ogoula se retrouve à compter ses pas entre son modeste appartement du quartier Grand-Village et le comptoir du coin, prisonnier de loisirs qu’il croyait inoffensifs.

Plongée dans la radioscopie d’un naufrage ordinaire et dans les cinq passe-temps que l’homme qui réussit s’interdit formellement dans la cité du Mbigou.

Le piège de Port-Gentil : L’itinéraire d’Ogoula (53 ans)

À 40 ans, Ogoula gagnait bien sa vie. Bon technicien, célibataire puis marié, il avait entre les mains toutes les cartes pour bâtir un empire immobilier à Libreville ou s’offrir une retraite dorée. Vingt ans plus tard, à 53 ans, le bilan est amer.

  • « Le week-end, il n’avait pas un jour pour lui, confie un de ses anciens collègues. Pour Ogoula, la semaine appartenait au patron, mais le week-end appartenait au vent. »

Son erreur ? Avoir confondu le repos du guerrier avec le gaspillage de l’homme accompli. À force de céder aux sirènes de la facilité port-gentillaise, il a vu ses économies fondre au rythme des marées.

Les 5 loisirs inutiles que l’homme qui réussit évite à Port-Gentil

1. Le « Quartier-Général » permanent (Le Qg des terrasses)

  • Le piège : Passer ses après-midis et ses soirées assis sur les pavés d’une terrasse au grand vent, à refaire le monde autour d’une bière fraîche, en commentant les flux et reflux des navires sans jamais mettre un pied sur un chantier.
  • Le regard d’Ogoula : C’est là que tout a commencé. Les tournées qu’on offre pour exister, le respect illusoire des flatteurs qui boivent à votre santé. À 53 ans, les « frères de comptoir » d’Ogoula ont tous disparu le jour où son allocation logement a baissé.
  • La règle d’or : L’homme qui réussit fréquente des cercles de réflexion ou de projets, pas des tables de décibels.

2. La course effrénée aux « sorties VIP » du week-end

  • Le piège : Vouloir être de toutes les soirées huppées, des after-works branchés et des boîtes de nuit du bord de mer pour afficher une réussite sociale de façade.
  • Le regard d’Ogoula : Entre les tenues de marque, les bouteilles commandées pour épater la galerie et les additions salées, ses primes de fin d’année y passaient systématiquement. Résultat : pas une seule brique posée sur un terrain à Lambaréné ou à Owendo.
  • La règle d’or : Le véritable standing ne se mesure pas au nombre de nuits blanches passées en boîte, mais à la solidité du patrimoine immobilier que l’on lègue à ses enfants.

3. Les paris sportifs et les jeux de hasard « pour passer le temps »

  • Le piège : S’en remettre aux tickets de pronostics ou aux machines à sous en se disant que « la chance va bien finir par tourner ».
  • Le regard d’Ogoula : Quand les temps ont commencé à devenir durs dans le secteur pétrolier, Ogoula a cru compenser la baisse de ses revenus en misant sur des combinés impossibles. Il a perdu l’équivalent de deux parcelles de terrain dans l’illusion d’un gros lot qui n’est jamais tombé.
  • La règle d’or : L’homme qui réussit ne joue pas avec le fruit de son travail ; il investit dans des actifs prévisibles et sécurisés.

4. Le sport spectateur sans fin (Le football à la télé du matin au soir)

  • Le piège : Passer ses samedis et dimanches vautrés devant l’écran à hurler sur des championnats européens, en ignorant totalement les réalités économiques de son propre foyer.
  • Le regard d’Ogoula : Expert en tactique de football, il pouvait disserter pendant trois heures sur la composition du Real Madrid, mais ignorait tout des devoirs scolaires de ses enfants ou de l’état d’avancement de son dossier de permis de construire.
  • La règle d’or : Consommer du sport est un divertissement ; y consacrer sa vie intellectuelle est une fuite en avant.

5. La politique de salon et les polémiques stériles sur les réseaux

  • Le piège : Perdre des heures sur WhatsApp ou dans les salons à débattre de politique politicienne, à partager des vocaux interminables pour refaire le pays sans agir soi-même.
  • Le regard d’Ogoula : Il était le roi des commentaires incisifs sur les réseaux sociaux. Un activiste de canapé. Pendant qu’il écrivait des pavés pour critiquer la gestion des autres, le temps a filé, et personne n’est venu réparer sa propre toiture.
  • La règle d’or : L’énergie verbale non canalisée est de l’énergie stérile. Celui qui réussit agit dans le silence de ses œuvres.

La leçon d’Ogoula

Aujourd’hui, à 53 ans, regardant passer les vagues sur la plage de sable fin de Port-Gentil, Ogoula a enfin compris ce que les anciens répètent dans les villages de l’Ogooué : « Le sable de Port-Gentil ne retient pas les pas de ceux qui dansent trop. »

Ses collègues les plus discrets, ceux qui fuyaient les terrasses pour s’occuper de leurs plants d’hévéas, de leurs projets de construction ou de l’éducation rigoureuse de leurs enfants, prennent leur retraite le sourire aux lèvres, les pieds ancrés dans du concret.

« Si tu es jeune cadre ou employé à Port-Gentil aujourd’hui : choisis tes loisirs avec la même rigueur que tes contrats. Un homme qui réussit ne tue pas son temps ; il l’investit. »