Rédigé par l’équipe de Miboue

Au début du XXe siècle, le cœur du Gabon devient le théâtre de l’une des luttes anticoloniales les plus acharnées et les plus meurtrières de l’histoire du pays. De 1904 à 1913, le peuple Mitsogo s’est dressé avec fierté contre l’expansion militaire française, gravant dans la mémoire nationale le nom d’un leader d’exception : le chef Mbombé.

1904–1905 : Les premiers éclats de la révolte

Tout commence en 1904 dans la région de la Ngounié. Refusant la présence française et les tentatives d’occupation de leurs terres, les Mitsogo se soulèvent. En réponse, les autorités coloniales dépêchent la deuxième compagnie du Gabon, menée par le capitaine Colonna de Leca, avec pour consigne de briser l’insurrection par la force.

Dans un premier temps, les combattants Mitsogo évitent l’affrontement direct, privilégiant la mobilité et la connaissance de leur milieu. Mais en décembre 1904, sous le commandement du chef Mbombé, ils surprennent l’armée française et écrasent les troupes d’élite envoyées pour les réprimer.

Le tournant de 1905 :

  • 6 février 1905 : Une colonne coloniale renforcée donne l’assaut au village de Kembélé. La bataille est sanglante et coûte cher en vies humaines aux forces françaises.
  • Stratégie de la terre brûlée : Les Mitsogo font sciemment le vide autour de l’occupant, le privant de ressources et l’obligeant à maintenir en permanence un front armé dans la Ngounié.

L’alliance stratégique et l’embrasement du Sud

Face à la pression coloniale, la résistance s’organise et s’étend au-delà du pays Tsogo. Alors que le pays Mocabé (actuelle Nyanga) commence à son tour à se soulever, le chef Mbombé scelle un accord offensif et défensif stratégique avec Nziengui-Fundu, le chef élu du territoire Mocabé-Digayi.

En 1906, l’insurrection repart de plus belle :

  • L’assaut de Mouila : Les guerriers Mitsogo lancent une attaque audacieuse en plein jour contre le poste colonial de Mouila.
  • La contre-offensive française : Les forces françaises ripostent en prenant d’assaut le village de Malaga, qu’ils fortifient et rebaptisent Fort-Sampic, avant de réoccuper Kembélé.

Malgré les tentatives de corruption, les cadeaux et les promesses d’amnistie offerts par l’administration coloniale, les Mitsogo refusent catégoriquement tout contact avec l’occupant.

La division et le dénouement de 1913

Face à cette obstination sans faille, le Commissaire général basé à Brazzaville mandate le chef de bataillon Le Meillour pour prendre la tête des opérations d’apaisement.

Parallèlement à l’action militaire, la France intensifie sa politique de division : parlers secrets, cadeaux et gratifications finissent par affaiblir l’union sacrée des insurgés. Plusieurs tribus déposent progressivement les armes, ne laissant plus que l’agglomération de Nyonga — le fief du chef Mbombé — pour porter le flambeau de la résistance.

1904 : Début de l'insurrection Mitsogo
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1905 : Bataille sanglante de Kembélé
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1906 : Alliance avec Nziengui-Fundu & Attaque du poste de Mouila
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1913 : Capture, baptême et exécution du chef Mbombé à Mouila

Lorsque le commandant Le Meillour arrive sur la Ngounié avec des renforts venus du Congo, la révolte est déjà fortement diminuée par l’épuisement et les divisions internes.

Fait prisonnier après neuf années de guerre ininterrompue, le chef Mbombé est exécuté à Mouila en 1913, juste après avoir reçu le baptême. Sa lutte reste à ce jour l’une des figures de proue des résistances gabonaises à la conquête coloniale.

Source : « Un homme, un pays, EL-HADJ OMAR BONGO, LE GABON », Collection : États africains d’hier à demain, Les Nouvelles Éditions Africaines.