Article rédigé par l’équipe de miboue.com

Une dualité géomorphologique fondamentale

Dans les régions façonnées par les terrains anciens — qu’il s’agisse du socle ou du bassin francevillien —, l’analyse géomorphologique met en lumière deux types majeurs de surfaces qui se distinguent profondément par leur modelé et la nature de leurs sols :

  • Les surfaces anciennes : Caractérisées par des sols ferrallitiques très évolués et largement cuirassés.
  • Les surfaces récentes : Pourvues de sols ferrallitiques peu évolués et non cuirassées.

Bien conservées sur la pénéplaine du Nord-Gabon, les « surfaces anciennes » correspondent à un ancien niveau d’aplanissement. Celui-ci se raccorde vers le nord à la « surface intérieure » du Cameroun, une formation d’âge éocène liée au grand cycle d’érosion à l’origine des grès Batéké. Dans la région de Franceville, cette enveloppe ancienne a été profondément démantelée et ne subsiste plus qu’à l’état de témoins tabulaires sur les hauteurs.

Entre collines et plateaux : Le ballet de l’érosion

À l’inverse, les « surfaces récentes » se nichent en position basse par rapport à ces plateaux. Souvent installées sur les formations pélitiques du Francevillien, elles forment un moutonnement de collines enserroirs, sillonnées par un réseau hydrographique dense et très actif qui contraste fortement avec les reliefs tabulaires environnants.

Si cette distinction schématique s’applique globalement, la réalité du terrain se révèle plus nuancée :

  • De nombreux plateaux correspondent en réalité à des buttes-témoins ou s’étirent sur le revers de cuestas (comme à Yéyé, Bafoula ou M’Vengué), leur résistance devant tout à la robustesse de leurs couches géologiques (grès quartzites, jaspes).
  • À l’inverse, certaines plaines basses — à l’instar des étendues situées au sud et au sud-ouest des monts Miyama — affichent de vastes surfaces plates car l’érosion y a également atteint un niveau résistant.

L’énigme altimétrique des plateaux manganésifères

L’observation minutieuse des profils topographiques confirme la persistance de cette surface d’aplanissement ancienne, protégée soit par des formations résistantes, soit par des cuirassements superficiels particulièrement développés (comme ce fut le cas pour les précieux plateaux manganésifères).

Toutefois, cette enveloppe sommitale n’est point horizontale :

  • Aux environs de Moanda, les plateaux culminent à une altitude voisine de 600 mètres.
  • Dans un rayon de 15 à 20 kilomètres autour de Franceville, l’altitude s’abaisse : des cuirasses ferrugineuses s’observent à la cote 400 près de Lépaka, tandis qu’une myriade de petits plateaux riches en manganèse jalonnent le paysage au sud-est et à l’est (Benioumi à 440 m, Oyali à 453 m, Okonga à 485 m).
  • La surface remonte ensuite légèrement vers le sud-est pour atteindre la cote 550.

Les axes structuraux et le cours des fleuves

La reconstitution de cette ancienne topographie avant son entaille par l’érosion met en évidence un net rehaussement le long de la bordure occidentale du bassin francevillien. Une véritable « gouttière » d’axe nord-ouest / sud-est se dessine ainsi au sud de Franceville.

C’est précisément cette dépression structurale que suivent la M’Passa et l’Ogooué sur une cinquantaine de kilomètres dans un cours paisible, dénué de tout rapide. Ce n’est qu’un peu plus loin que l’Ogooué franchit par une succession de rapides la cuesta de Yéyé-Bafoula, matérialisant un décrochement de la ligne des plateaux probablement induit par le rejeu d’une faille nord-sud.