Aujourd’hui nous disons l’estuaire du Gabon. Nos ancêtres disaient : Arongo-mbé-Ndiwa (équivalent à Arongo, Mbene yi Ndiwa), la mer large et profonde des Ndiwa ou Ndiba, comme on les appelait encore au temps de du Chaillu (1855).
Ces Ndiwa formaient le premier clan des mpongwè qui déboucha dans l’estuaire du Gabon et en occupa les deux rives. A leur arrivée, ils y trouvèrent installés avant eux des groupements d’Akoa ou Pygmées, notamment à la rivière Otandé, au voisinage de la pointe Santa Clara, ainsi qu’à Denis.
Ces deux groupements étaient encore considérables aux débuts de l’occupation française. Le premier sur la rive droite a complètement disparu. Le second sur la rive gauche — compte encore quelques rares individus.
Au sujet des Ndiwa, il s’est créé plusieurs légendes. L’une d’elles veut que ce clan soit né surplace et sorti de terre. Une autre les fait sortir du sein même de l’Estuaire. Une troisième dit que les Ndiwa traversèrent l’Estuaire sur des radeaux de nattes.
Le premier qui accomplit cette prouesse serait un nommé Rogombè, qui alla s’établir, avec toute sa famille, dans l’île Dambè ou Koniquet.
D’autres Ndiwa occupèrent les plaines d’Owendo et, sur la rive opposée, Nengué Awoga. Les autres clans mpongwè, ayant suivi la rive droite du komo, n’étaient pas encore arrivés aux bords de l’Estuaire. Il est de tradition écrit le P. Gautier que des Ndiwa avaient précédé les autres mpongwè.
Nous avons vu que ce fut le clan des Ndiwa qui fut le plus atteint par les représailles menées par les Hollandais en 1598 contre les différents groupes Mpongwè qui les avaient attaqués à diverses reprises depuis 1600.
Bossmall qui passa quinze jours au Gabon et même y chassa raconte ainsi le fait
« Une des deux îles tire son nom du roi, l’autre du prince, deux seigneurs fort puissants mais ces îles ayant été ravagées et rendues désertes en 1698, elles furent abandonnées par ces deux princes qui se firent de nouveaux établissements sar deux branches de la même rivière. » Selon la tradition le roi se réfugia dans la crique Iménvé, sur la rive droite du Komo.
Près de son embouchure existent encore des rochers qu’on appelle Adom’Oga, les « pierres du roi C’est apparemment à cette époque que les Hollandais construisirent un fortin au sommet de la montagne qui domine l’île Dambè et où le voyageur anglais Bowdich signale des canons (1815).
Les Ndiwa de la rive sud se réfugièrent dans la baie Obélo. Une partie, peu importante, se sauva vers la pointe Santa Clara où les Benga les trouvèrent à leur arrivée sur le littoral. Lorsqu’ils quittèrent la région, le chef benga acheta le terrain laissé libre, en donnant une femme et ainsi s’introduisit l’usage chez les Mpongwè d’épouser des femmes benga.
On montre encore de nos jours, au voisinage de la rivière Idokogo, l’emplacement de l’ancien village des Ndiwa. Après la répression des Hollandais, les Ndiwa perdirent leur influence : ce qui permit aux autres familles d’avancer plus loin sur l’Estuaire pour trafiquer avec les navires qui y jetaient l’ancre.
Les Ndiwa, remplacés dans la région d’Owendo par le clan des Adoni, et par celui des Agoungou, sont aujourd’hui éteints. Mais, au début de ce siècle, on montrait encore les derniers représentants de cette famille : un homme appelé Rogombè, du même nom que le fameux ancêtre qui, le premier, traversa l’Estuaire sur un radeau de nattes. Et deux femmes, Mpakéwani, de la région de Denis, et Agnorogulé, mariée au village Oréti, décédée pendant la première guerre mondiale. De ses deux filles, Osuka et Ogwéra, sont issus de nombreux petits-enfants. Mais la société Mpongwe étant sur le principe patrilinéaire, toute cette descendance est dans les clans de leurs pères respectifs.
Source :
MÉMOIRES DE L’INSTITUT D’ÉTUDES CENTRAFRICAINES BRAZZAVILLE, ABBÉ ANDRÉ RAPONDA WALKER, NOTES D’HISTOIRE DU GABON avec une introduction, des cartes et des notes de Marcel SORET, Maître de Recherches de l’O.R.S.T.O.M., IMPRIMERIE CHARITÉ, MONTPELLIER, 1960

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