Rédigé par l’équipe de miboue.com

« Bongongo bwa imo-imo » — telle est la devise caractéristique des Pygmées, décrivant à merveille leur nature insaisissable : « Bongongo, ou le Pygmée, l’invisible, l’insaisissable, vous le voyez à côté de vous, l’instant d’après il a disparu. »

Pourtant, à travers l’histoire et les récits des missionnaires et explorateurs, ces premiers occupants des forêts d’Afrique centrale ont tissé une toile fascinante au cœur du Gabon, de l’Estuaire jusqu’aux bassins intérieurs.

Des Campements de Brousse aux Villages Bantu

Si les Pygmées ont longtemps préservé un mode de vie nomade axé sur la forêt, leurs habitats ont pris des formes multiples au fil du temps. Dans les récits de missionnaires qui ont arpenté le pays au début du XXe siècle, on distinguait :

  • Le ngando : Le campement de brousse traditionnel, parsemé de huttes rondes (étudi) comparées à de véritables tanières de bêtes.
  • Le mboka : Le village sédentarisé, construit sur le modèle des populations bantoues avec des cases rectangulaires (lèba) et des bananeraies, fruit d’une cohabitation étroite avec les peuples voisins (Mitsogo, Masangu, Fang ou Asékyani).

Leurs dénominations locales varient d’une région à l’autre selon les ethnies qui les côtoient : Abongo, Babongo, Akowa, Bekü, Babinga, Barimba ou encore Badjélè. Leurs parlers propres, à l’instar de l’ébongwè étudié par l’abbé André Raponda Walker, témoignent de cette singularité linguistique longtemps imperceptible pour les autres communautés.

De l’Estuaire au Grand Intérieur : Une Dispersion Historique

À l’époque où la France prenait possession de l’estuaire du Gabon (1839-1843), une communauté pygmée importante était cantonnée sur la rivière Otandè, près de la pointe Santa-Clara, au nord de Libreville. Les Mpongwè, coutumiers de légendes merveilleuses, racontaient même qu’ils avaient traversé l’estuaire à pied sec depuis la presqu’île de Denis !

Un autre groupe marquant s’était placé sous la protection des chefs Asiga, sur la rive gauche, trouvant refuge auprès du célèbre roi Denis Kowé-Rapontchombo. C’est dans ce cercle que vécut Kouba, danseur et acrobate réputé, considéré comme le dernier représentant de souche pure okowa de cette communauté avant qu’elle ne se métisse.

Au-delà de l’Estuaire, les explorateurs et missionnaires ont signalé leur présence :

  • Dans les Monts de Cristal et vers le Rio Muni, blottis aux côtés des Béséki ou des Fang.
  • Dans le bassin de la Ngouniè et du Rembo-Nkomi, où le père Trilles et d’autres ont longuement décrit les campements des Babongo.
  • Jusqu’aux confins de l’Ogooué et de l’Ivindo, au cœur des massifs forestiers les plus denses.

Vers l’Intégration et la Modernité

Loin des clichés figés, l’histoire des Pygmées au Gabon montre aussi des trajectoires d’intégration remarquables. Dès la fin du XIXe siècle, des enfants pygmées, affranchis ou scolarisés, trouvèrent refuge dans les missions catholiques. À la mission Sainte-Marie, des figures comme Gervais et Protais devinrent respectivement un habile cordonnier et un maître-forgeron estimé. Plus tard, au cœur du XXe siècle, certains jeunes de ces communautés n’hésitèrent pas à s’engager dans la vie civile ou militaire, témoignant d’une mutation progressive de leur mode de vie au contact de la modernité.

Aujourd’hui, si leurs campements traditionnels se font plus rares au profit d’une sédentarisation prononcée le long des axes forestiers, le souvenir de leur symbiose séculaire avec la grande forêt équatoriale demeure une composante incontournable du patrimoine historique et humain du Gabon.