
Les Banzabi (on écrit aussi Bandjabi ou Bandzabi) sont un des peuples les plus nombreux du Gabon. Ils occupent la plus grande partie des districts de Mbigou et de Koulamoutou au sud-est des Massango, et débordent sur les districts de Lastourville et de Franceville.
Nom et parentés
Banzabi, pluriel ; Moudzabi, singulier.
Boumouélé, pluriel ; Moumouélé, singulier.
Parents linguistiques des Batsangui, Awandji, Adouma, et des Ivili de la Ngounié.
Origines
Les Nzabi sont venus du côté où le soleil se lève.
Le monde a commencé à Koto.
Nzabi était fils de Manondzo, fils de Dieu.
La sœur de Nzabi perdit un enfant. Nzabi, accusé de l’avoir tué, se sauva, traversa la rivière Léfidé (Léfini P), et rencontra, près de la grande forêt, la femme Bichi. Il fonda le village Ivanga et eut sept enfants : Bouka, Mouèlè, Momba, Kornbila, Boundzanga, Ndrombi, Nyémbi. Il ne connaissait pas le feu, mais seulement les fruits de la brousse kasou, nyenga, tsalemba, nzianga, étombé, bahouvoulou.
Le Pygmée (Babongo) chassait avec ses chiens et pour- suivait les rats. Il arriva près de Koto, à une source où il trouva la femme Péga ; il lui donna un rat en dot ; elle cacha le Babongo et le nourrit. Le Pygmée prit les bananes et le manioc et les apporta à Nzabi et à ses enfants. Ils firent la guerre aux gens de Koto et les chassèrent, puis ils découvrirent les poulets, les cabris, le feu et les ustensiles en fer.
Repartis vers l’ouest, ils passèrent les rivières Rombo et Lebagni (Haut Ogoué). Ils suivaient les Pygmées, et les Pygmées suivaient les pistes des éléphants. Indication sur la manière dont la forêt sous-bois touffu a pu être pénétrée. Les pistes des éléphants sont encore utilisées par les chasseurs , le sol en est ferme, damé par les pattes ; mais elles conduisent souvent à des zones marécageuses.Les animaux étaient dans la barrière de Manondzo ; mais les éléphants avaient cassé la barrière.
Les informateurs de Mbigou parlent aussi de Koto, puis de Tséghé, vers l’est ; c’est là que les Boumouélé et les Batsangui les auraient quittés. Irogolo fait passer les Nzabi à Mossenjo où ils auraient laissé les Batsangui, puis ils auraient traversé la Nyanga, trouvé la mer à Mayoumba ; chassés par les crocodiles et le froid, ils seraient revenus habiter ici. Certains clans différents ont pu avoir des aventures particulières, mais Irogolo affirme que Punu, Lumbu, et Massango avaient le même ancêtre que les Nzébi, la femme Irouhoubouangou. La différence des langues serait venue après la dispersion.
Histoire
Il y avait eu guerre, au passage, avec les Bawoumbou (parents des Akélé, région de Franceville). Les Babongo sont arrivés les premiers, puis les Bandzabi, en même temps que les Massango.
Le premier blanc, à Mbigou, était Wada, venu de Kembélé, chez les Mitshogo. Le capitaine Xavier, accompagné de pagayeurs Badouma et BaWandji, arriva par la Lolo au village Légouala.
Il fut conduit par le vieillard Nkouamoutou au village Ibenga où vivaient six familles Ndzabi. Il s’y installa et lui donna le nom de Koulamoutou (c’est ainsi qu’il avait compris le nom du vieillard).
Economie locale
Les anciens connaissaient presque toutes les plantes utiles : bananes, taro, aubergines, ignames, manioc (feuilles et racines), oseille, concombre, arachide, citrons, atanga, maïs.
Les Européens ont apporté cacao, café, avocat, arbre à pain, manguier, oranger. Les instruments sont les mêmes que ceux des Pové. Ce sont les Batsangui qui ont appris à fondre le minerai de fer.
Les Babongo ont expliqué la chasse avec la lance, l’arc, l’arbalète et le filet (36). Les femmes pêchent avec des nasses ou des paniers.
Le premier pagne était la main, puis l’écorce de tango , ensuite les femmes avaient une plaque d’écorce devant et une derrière ; il y a eu des chemises en raphia (mbango), on en trouve encore.
Habitations
Les maisons avaient des murs en écorce martelée (mouhala, moukoundjou), de même forme qu’aujourd’hui, mais plus petites. Les premières pirogues étaient en écorce, puis en okoumé. Les femmes fabriquaient des marmites en terre et des gargoulettes. Elles tissaient des nattes.
Organisation de la société
Matrilinéaire, patritocale.
Autrefois c’était l’oncle maternel (nkon-nzaba) qui commandait ; depuis vingt ans, c’est le père. La dot est donnée au père qui en remet la moitié à l’oncle maternel.
Liste des clans (ibånda) : Mouanda, Mahamba, Bakouli, Shiéyé, Basanga, Shiongo, Boundrou, Nyanga, Boukondzo, Bavonda, Tata, Louamba, Makandou, Boupiki, Bassomba.
On trouve les mêmes chez les Bapounou et les Bavoungou (37). Les Bakouli ne mangent pas le perroquet. Les Mouanda ne mangent pas l’éléphant. Les Boukondzo n’ont pas d’interdit.
Le chef de clan (Badia) est remplacé à sa Inort par l’homme de sa famille qui est jugé le plus capable. Chaque village a autant de chefs qu’il contient de clans ; ils se réunissent lorsqu’il y a palabre entre clans. L’insigne du chef était le chasse-mouches (branche de palmier) ; il avait une cloche coudée (kindi) pour convoquer aux palabres et faire taire les gens.
Clans matrilinéaires et exogames. A part cette exception, on peut épouser n’importe qui.
Les groupements administratifs ont été créés arbitrairement par les Européens : chefs de terre, chefs de canton. Les élections ont achevé de détruire l’autorité tradition-
Système pénal, esclavage, guerres
Le complice de l’adultère devait payer en sel, moutons, cabris, marteaux, pagnes, neptunes, colliers. Sinon il était réduit en esclavage. Le voleur était arrêté et ses chevilles enfermées dans un tronc de bois • faute de paiement par sa famille, il devenait esclave.
En cas de meurtre la famille du meurtrier remplaçait la victime par un de ses membres (du même sexe) ou bien payait une compensation. Sinon le meurtrier devenait l’esclave d’un homme riche qui payait les parents de la victime. Si aucune de ces solutions n’intervenait, on I ‘attachait à un arbre, on lui fendait le crâne et on brûlait son cadavre.
L’esclave, possédé par un chef de famille, était employé par lui aux plantations et à la chasse. S’ils se conduisait bien, il pouvait espérer être doté d’une femme ; les enfants appartenaient au propriétaire. L’esclave désobéissant était vendu aux étrangers, surtout aux Bapunu.
L’adultère, le meurtre d’un clan à l’autre étaient souvent des causes de guerre. Les guerriers portaient un « drapeau » (ngouba) formé de lianes tressées en rond et diversement coloriées (noir, blanc, rouge). Ce signal annonçait la guerre. L’attaque avait lieu à l’aube, accompagnée d’un chant particulier, très court (qui a été enregistré).
Les morts étaient ensuite compensés, soit par paiement, soit par remplacement.
Les Akélé, au début, attaquaient les villages. Ils furent dispersés et devinrent pacifiques.
Les morts étaient enterrés ou brûlés.
Economie et commerce
Les territoires autour des villages étaient répartis entre les clans. Tout empiètement était sanctionné, le coupable fait prisonnier et rendu contre compensation. De vastes zones entre les villages n’appartenaient à personne et n’étaient fréquentées que par les Pygmées.
Il y avait un petit commerce intérieur celui qui tuait un sanglier pouvait vendre de la viande fraîche contre du raphia, des haches. Le premier commerce extérieur fut celui du sel.
Les Bapunu venaient le vendre en pays Nzébi ; ils n’étaient pas attaqués en route. En échange on leur donnait raphia, cabris, esclaves. Par la suite ils amenèrent des marchandises européennes : pagnes, marmites, neptunes.
Puis vinrent les militaires et, après eux, la SHO.
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Source :
L’HOMME D’OUTRE-MER , Collection publiée par le Conseil supérieur des Recherches sociologiques d’outre-mer et par l’Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer Nouvelle Série N° 6, Hubert DESCHAMPS, Gouverneur E, R., Directeur des Sciences humaines à l’Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer, Chargé de mission par le Centre National de la Recherche Scientifique, TRADITIONS ORALES ET ARCHIVES AU GABON, Contribution à l’ethno-histoire, ÉDITIONS BERGER-LEVRAULT 5, rue Auguste-Comte PARIS (VI) 1962.

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