Rédigé par l’équipe de Miboue

1. La résistance anticoloniale (1895–1929) : L’impulsion des premiers héros

Bien avant l’accès aux institutions modernes, la quête d’indépendance du peuple gabonais s’est forgée dans le sang et la résistance face à la pénétration et aux exactions coloniales.

  • 1895–1902 | Émane Tole (Ndjolé) : Chef des clans Fang Esamkep et Mveme, il s’opposa au monopole commercial colonial et à l’impôt de capitation sur l’Ogooué. Trahi après un blocus héroïque du poste de Ndjolé, il fut déporté à Grand-Bassam en Côte d’Ivoire où il mourut en 1912.
  • 1903–1908 | Mbombé A Gnangué (Mimongo, Mouila, Mbigou) : Chef Mitsogo révolté contre les compagnies concessionnaires et les taxes, il mena de violents combats contre les troupes françaises avant d’être déporté au Tchad, où il s’éteignit en 1913.
  • 1906–1910 | Nyonda Makita (Moabi, Tchibanga) : Meneur de la résistance Punu contre la brutalité coloniale, il finit par se livrer pour sauver sa famille menacée et mourut dans sa cellule en 1910.
  • 1907 | Les Binzima (Oyem) : Mouvement armé dirigé par les chefs Ovone Mintsa et Ekome Adza (« Monsieur KLA »), structuré en dix bataillons de guerriers Fangs pour chasser l’occupant.
  • 1929 | Wongo (Lastoursville) & Mbama (Okondja) : Wongo, guerrier Awandji, combattit le travail forcé avant d’être déporté à Bangui. Mbama, ayant pris les armes à Okondja pour défendre l’honneur de son épouse contre un militaire colonial, fut décapité sur la place publique.

2. L’éveil politique et l’expérience démocratique (1946–1964)

Après la Seconde Guerre mondiale, le combat pour la liberté migre du terrain armé vers le terrain politique et constitutionnel.

  • 12 août 1946 : Création du Comité Mixte Gabonais (CMG) par Léon Mba Minko et François Meye.
  • 9 septembre 1947 : Fondation de l’Union Démocratique et Sociale Gabonaise (UDSG) par Jean-Hilaire Aubame.
  • Août 1953 : Fusion du CMG et du Parti Démocratique Africain de Paul Gondjout pour former le Bloc Démocratique Gabonais (BDG).
  • 20 août 1958 : Création du Parti de l’Unité Nationale Gabonaise (P.U.N.G.A). Lors du référendum du 28 septembre 1958, le PUNGA est la seule force à prôner le « NON » pour exiger une indépendance totale et immédiate vis-à-vis de la France.
  • 17 août 1960 : Proclamation de l’Indépendance. Léon Mba prend la tête de l’État.
  • 14 novembre 1960 & 21 février 1961 : Passage brutal d’un régime parlementaire (défendu par Paul-Marie Gondjout et Jean-Hilaire Aubame) à un régime « hyper-présidentiel » voulu par Léon Mba.
  • 17–18 février 1964 : Première tentative de Restauration de l’État par des militaires gabonais face aux dérives autocratiques de Léon Mba. L’armée française intervient militairement pour rétablir Léon Mba par la force.

3. L’ère du parti unique et le verrouillage autocratique (1967–1986)

  • 1967 : Modification constitutionnelle instaurant la succession automatique du vice-président. À la mort de Léon Mba le 27 novembre 1967, Albert-Bernard Bongo (futur Omar Bongo Ondimba) prend le pouvoir avec le soutien de la France.
  • 1968 : Abolition du multipartisme et création du Parti Démocratique Gabonais (PDG), parti unique.
  • 1973, 1979, 1986 : Élections présidentielles à candidat unique où Omar Bongo réunit des scores officiels dépassant 99 %.

4. La longue quête du multipartisme et les crises électorales (1990–2016)

  • Mars–Mai 1990 : La mort suspecte de Joseph Rendjambé (secrétaire général du PGP) déclenche des émeutes. La Conférence Nationale débouche sur la Constitution du 26 mars 1991 (quinquennat, limitation à deux mandats, limite d’âge à 70 ans).
  • Désembre 1993 & Accords de Paris (1994) : Première élection présidentielle multipartite contestée. Les Accords de Paris tentent de juguler la crise politique née de la victoire revendiquée par Paul Mba Abessole (RNB).
  • 6 décembre 1998 & 27 novembre 2005 : Élections présidentielles confisquées. Pierre Mamboundou, porté par l’opposition et le peuple, voit ses victoires étouffées par la répression militaire (sac du siège d’Awendjè le 21 mars 2006) et la Cour constitutionnelle.
  • 8 juin 2009 – 30 août 2009 : Mort d’Omar Bongo. Son fils, Ali Bongo Ondimba, s’impose lors d’un scrutin vivement contesté, suivi d’une répression meurtrière à Port-Gentil.
  • Août–Septembre 2016 : Lors du scrutin du 27 août 2016, l’opposition menée par Jean Ping revendique la victoire. Dans la nuit du 31 août 2016, le QG de campagne de Jean Ping est attaqué à l’arme lourde par les forces de sécurité, provoquant un massacre à huis clos.

5. Résistances citoyennes et soulèvements (2018–2023)

  • 24 octobre 2018 : Ali Bongo est frappé d’un Accident Vasculaire Cérébral (AVC) à Riyad, ouvrant une longue période d’incertitude institutionnelle et de vacance de fait du pouvoir.
  • 7 janvier 2019 : Tentative de Restauration de l’État menée par le lieutenant Kelly Ondo Obiang et une poignée de soldats de la Garde républicaine à la radio-télévision nationale.
  • 17–21 février 2021 | Le concert des casseroles : Mouvement citoyen pacifique contre le couvre-feu strict et les mesures restrictives post-Covid. La protestation est réprimée dans le sang : des jeunes manifestants, dont l’étudiant Djinky Emmane M’Vono et Gildas Iloko, sont abattus par balles.
  • 30 août 2023 | La Libération : À la suite d’une nouvelle fraude électorale flagrante orchestrée par le régime Bongo-PDG lors de la présidentielle d’août 2023, le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI), dirigé par le Général de Brigade Brice Clotaire Oligui Nguema, destitue Ali Bongo, mettant fin à 56 ans de règne dynastique et ouvrant une ère de restauration de la dignité nationale.