Origines et histoire
Les Eshira sont venus d’un lieu-dit Esira, entre Ngomo et Lambaréné. Le père du grand-père du narrateur habitait sur la Basse Ngounié. Les Galoa sont des Eshira qui sont restés dans le pays d’origine et ont adopté la langue des Orungu.
Chassés de l’Ogooué par les Akélé, qui disposaient de fusils à pierre, les Eshira retrouvèrent des Akélé dans la région de Sindara-Fougamou; la guerre éclata pour des questions de femmes; les Akélé s’en allèrent au nord vers le lac Ezanga, sauf deux petits groupes existant encore à l’ouest, sur la route de Fougamou au Rembo Nkomi.
Les Eshira avaient passé la Ngounié, sauf une femme malade dont sortaient, par mélange avec les Mitshogo, les Evéa (de Ouvima gémir).
Les Evéa (note trouvée dans le Rapport économique 1951 de Fougamou) donneraient une autre version. Ils seraient venus de la mer, chassés par les Mbéa, grands oiseaux de proie qui enlevaient les gens dans leurs serres (on y a vu une allusion aux navires des négriers, mais nous retrouverons cette légende ailleurs). Ils auraient occupé, les premiers, le moyen Ogoué et la basse Ngounié, auraient été en bulte aux invasions Akélé, puis à l’invasion Fang, non sans avoir auparavant refoulé les Eshira sur la moyenne Ngounié.
L’avancé continua en remontant la Ngounié, et les Eshira se divisèrent en trois fractions: Tambou (vers Mouila), Tendra Lobihi (vers Mandji; appelé aujourd’hui Ngousi du nom d’un de leurs rois), Kamba (vers Fougamou ceux qui sont restés en aval). On trouve les mêmes clans dans les trois fractions.
L’expansion des Eshira vers l’ouest, le long du Rembo Nkomi et jusqu’au Fernan Vaz est plus récente. Les Nkomi se sont retirés du fleuve et avancés vers le Nord en direction de Port Gentil, en pays Orungu. Ces mouvements dans le territoire d’autres peuples n’ont sans doute été possibles, sans guerres, qu’après l’occupation française.
Guerres, commerce et esclavage
Les guerres avec les Akélé ont duré longtemps. Les armes, outre le fusil à pierre, étaient le sabre (moudounga), les sagaies, les flèches. Les Akélé attaquaient la nuit, fai- saient des prisonniers, les vendaient aux Galoa.
Les Eshira eux-mêmes, étaient en rapport de commerce avec des Nkomi et leur vendaient des esclaves venant des pays Tshogo, Sangou, Nzabi.
Les guerres se faisaient aussi entre clans. Le choix des guerriers avait lieu en tirant un coup de fusil sur la foule, les blessés étaient ainsi éliminés par le sort. Les guerriers choisis buvaient l’eau mbounda, provenant d’une marmite où avaient macéré des écorces.
Les troupes comportaient de cinquante à cent hommes, conduits par le chef de clan (kagni). La paix était réglée par le chef supérieur (mata) qui réunissait les deux parties et réglait, avec l’assistance de juges, les compensations pour les morts. Avec les autres peuples, la paix donnait lieu à des échanges de femmes.
Activités économiques
Les plantes cultivées étaient les mêmes qu’aujourd’hui. Ne connaissant que les radeaux à l’origine, les Eshira ont appris des Nkomi à faire des pirogues. Les forgerons fabriquaient des haches étroites (l’épaisseur de trois doigts) et des sagaies. Les poteries étaient achetées aux Punu.
Aux Apindji on achetait l’écorce de tongu pour faire les vêtements. Les maisons étaient en écorce, couvertes de feuilles et de dungungu.
La maison en torchis date des blancs, surtout après 1914, et a remplacé, à peu près chez tous les peuples. La case en écorce. Elle est sur le même modèle rectangulaire, toit à deux pans, mais plus grande, souvent divisée en compartiments, et comportant fréquemment une fenêtre, voire même une véranda sur la façade. Le sol est en terre battue.
Organisation de la société
Matrilinéaire.
L’oncle maternel (katsi) dirige la famille. Mais la famille paternelle a des droits sur la dot. Celle-ci autrefois consistait en cabris, enclumes, perles, colliers, objets de fer, et en services (gibier, bois). Aujourd’hui elle est en moyenne de 15 000 francs initialement, plus des cadeaux successifs.
Les chefs supérieurs territoriaux (mata) étaient plusieurs par fraction. Ils portaient des bracelets de cheville en cuivre, une peau de panthère, un sabre, un collier de dents de panthère. Les chefs de clan (kagni) portaient en outre une peau de bête à la main pour régler les palabres. Les jugements étaient précédés d’une invocation aux ancêtres.
Les sanctions comportaient, notamment, l’amputation des oreilles. Les clans (certains au moins) ont des interdits alimentaires d’animaux parents: le perroquet pour les Bululu, l’éléphant et la panthère pour les Moa Esira.
Source :
L’HOMME D’OUTRE-MER , Collection publiée par le Conseil supérieur des Recherches sociologiques d’outre-mer et par l’Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer Nouvelle Série N° 6, Hubert DESCHAMPS, Gouverneur E, R., Directeur des Sciences humaines à l’Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer, Chargé de mission par le Centre National de la Recherche Scientifique, TRADITIONS ORALES ET ARCHIVES AU GABON, Contribution à l’ethno-histoire, ÉDITIONS BERGER-LEVRAULT 5, rue Auguste-Comte PARIS (VI) 1962.

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