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Source: cosmovisions

Ethnies

Le Gabon compte près d’une quarantaine de peuples, c’est-à-dire d’ensembles humains étendus, ayant un nom distinct, avec le sentiment d’une origine et d’une appartenance communes.

Ces peuples étaient eux-mêmes divisés en clans qui se faisaient fréquemment la guerre.

Leur particularisme vis-à-vis des autres peuples n’en est pas moins vif, et ne les empêche pas d’ailleurs d’avoir avec certains d’entre eux des parentés dues soit à la langue, soit aux origines, soit à des alliances matrimoniales fréquentes.


La classification de ces peuples, adoptée par les chercheurs, est généralement à base linguistique. C’est ainsi que le professeur Guthrie (« The Bantu languages of Western Equatorial Africa », 1953) distingue les groupes suivants : 1, Benga. 2, Fang. 3, Bekwil. 4, Myene. 5, Kele. 6, Tsogo. 7, Shira-Punu. 8, Nzebi. 9, Mbete. 10, Teke. 11, Vili.

Dans le Nord et le Nord-Est du pays on trouve les Fang qui se subdivisent en Fang Ntumu, Fang Nzaman et Fang Beti.

D’autres groupes Fang habitent la Guinée Équatoriale et le Sud du Cameroun.

Les Fang sont arrivés sur l’Ogooué et dans la province de l’Estuaire, soit au XIX, siècle de 1840 à 1870 (cfr. aussi CLIST, 1989a, 1989b).

L’origine des Fang est sans nul doute à chercher au sud-Cameroun (cfr. p. ex. Laburthe-Tolra, 1981) et non pas comme le veut une certaine historiographie du côté de la région des Grands Lacs d’Afrique Orientale.

Les éléments de la tradition orale, de la linguistique, de l’archéologie convergent pour définir une migration sur une courte distance du Cameroun au Gabon.

Ils sont installés dans le nord du Woleu-Ntem depuis 1600 environ (CLIST, 1989d).

Autre groupe important, le groupe Sira. Celui-ci occupe tout le Sud-Ouest du Gabon. On reconnait dans cette région des Shira, des Punu, des Lumbu (groupe Sira), des Vili (groupe Yombe), des Vungu. Les traditions des Punu les font venir du sud, de l’actuel Congo, avant le XIXe siècle. Les traditions des Lumbu en particulier citent la région de Pointe-Noire. Ces ethnies ont du faire partie du royaume de Loango centré sur la région de Pointe-Noire au Congo voisin.

Installé entre les Fang et les Punu sur la côte de l’Estuaire du Gabon et à l’embouchure de l’Ogooué on trouve le groupe Myéné. Il comprend les Mpongwe, les Orungu, les Nkomi, les Galwa, les Adjumba et les Enenga.

A l’Est les Kota occupent la zone de Makokou-Mékambo. Il s’agit là du regroupement de nombreuses ethnies: Mahongwé, Ndan- bomo, Shamaye, Obamba, Mindoumou, Bakanigui, Mindassa,…

L’ethnie Seke de l’Estuaire du Gabon se raccroche aux Kota par sa langue.

Entre les Punu des provinces de l’Ogooué-Maritime, de la Nyanga et de la Ngounié et les Kota de l’Est on trouve dans les régions de Mouila-Mimongo- Lébamba les Tsogho et les Songo, puis les Ndjabi, Tsangui, Wandji, Douma.

Dans l’extrême Sud-Est du pays les Téké occupent les savanes du Haut- Ogooué.

Ce schéma simplifié de l’implantation des ethnies du Gabon se complique par le jeu de l’exode rural et des pôles d’attraction joués par les grandes villes telles Libreville, Port-Gentil, Franceville (Pourtier, 1979, 1984, 1989b).

D’autre part, la répartition actuelle des ethnies gabonaises ne correspond plus à ce qu’elle pouvait être autrefois. Nonobstant l’attrait des villes, il y a aussi eu à l’époque coloniale un déplacement forcé des villages en direction des axes de comunication.

Un exemple désormais devenu classique est celui des Fang peuplant densément (cfr. cartes du début du siècle réalisées par les Allemands) l’actuel «désert» de l’est de la province du Woleu-Ntem et obligé de venir se concentrer dans l’ouest de ladite province (fig. 7 et voir POURTIER, 1989a).

Langues

Nous nous limiterons ici aux groupes de langues. Ceux-ci recoupent en partie le morcellement ethnique du territoire (voir Anonyme, 1983d). Ce recou- vrement langues-ethnies n’est que la résultante des migrations très récentes des XVIIIe-XXe siècles.

Neuf groupes de langues ont été définis pour le Gabon:

Au Gabon le Fang (A75) se subdivise en Ntumu, Mvèng, Okak, Betsi, Mekeng et Dzaman.

Groupe Myéné (B10), qui comprend le Myéné (B11), lui-même sub- divisé en Mpongwé (B11a), Rongo (B11b), Galwa (B11c), Dyumba (B11d) et Nkomi (B11e). L’Enenga en fait aussi partie mais ne possède pas de côte.

Groupe Kele (B20), qui comprend le Sekyani (B21), le Kele (B22), le Mbangwé (B23), le Wumvu (B24), le Kota (B25), le Ndasa (B26), le Sighu (B27).

Groupe Tsogo (B30), qui comprend le Tsogo (B31), le Kandè (B32) et le Pinji (B33).

Groupe Sira (B40), qui comprend le Sira (B41), le Sangu (B42), le Punu (B43), le Lumbu (B44), le Mbwisi (B45) et le Varama (B46).

Population: extension géographique des groupes ethniques (d’après Géographie et cartographie du Gabon, 1983, p. 47).

1 = Régions inhabitées; 2 = Groupe Fang (A70); 3 = Groupe Myéné (B11); 4 = Groupe Kélé (B20); 5 = Groupe Sira (B40); 6 = Groupe Duma (B50); 7 = Groupe Tsogo (B30); 8 = Groupe Mbété (B60); 9 = Groupe Téké (B70); 10 = Pygmés.

Groupe Nzebi (B50), qui comprend le Duma (B51), le Njebi (B52), le Tsaangi (B53). Cette langue B53 se limite au Congo.

Groupe Mbété (B60), qui comprend le Mbété (B61), le Mbama (B62), le Ndumu (B63), le Ngwii (B64), le Ngul (B65), le Kaningi (B66). Groupe Téké (B70). Langue complexe, elle comprend le Teke nord (B71), le Teke nord-est (B72), le Teke ouest (B73), le Teke central (B74), le Bali (B75), le Teke est (B76), le Teke sud (B77) et le Wuumu (B78).

Groupe Yombe (H12) partie du grand groupe Kongo (H10). Une seule ethnie semble appartenir sur le plan linguistique à ce groupe, il s’agit des Vili (H12a).

Le recensement de 1960-1961 a permis de préciser le nombre des locu- teurs à cette époque : Fang 34,5%, Mbété 25%, Sira 22%, Kele 6%, Myènè 5%, Okandé 4% (= Tsogo), Bakélé 2%, Séké 1,9% (= Kele?), Téké 0,5%, Vili 0,5% (GARDINIER, 1981).

Il ne faut jamais oublier les Pygmées qui habitent certaines régions du Gabon. Ils sont difficilement recensés car ils habitent la forêt primaire. Cependant un travail récent de R.Mayer a montré que des pygmées étaient présents dans toutes les provinces du Gabon.

La plupart de ceux-ci parlent des langues bantu sauf les pygmées de Minvoul (Woleu-Ntem) et de Makokou/Bélinga (Ogooué-Ivindo) qui parlent une langue propre (MAYER, 1986) dérivée de l’oubanguien (communication orale R. MAYER). L’avant-dernier recensement fait au Gabon totalisait seulement 3.320 individus (GARDINIER, 1981, p. 170).

Cependant, il est bien possible que ce chiffre soit sous-évalué. En effet, une étude réalisée en 1959 dans le seul district de Mékambo (Province de l’Ogooué-Ivindo) estimait les habitants pygmées à un millier sur un total d’un peu plus de 9.200 individus, soit un ratio de 9,5% de la population de ce district (CABROL, 1962).

Démographie

Quatre recensements ont été faits au Gabon: 1960/1961, 1970, 1980 et 1993. Certains chercheurs ne prennent pas en considération le recensement de 1980; ils se servent de celui de 1970 à partir duquel ils effectuent des extrapolations (p. ex. POURTIER, 1979, 1989a; 1989b). C’est ce que nous ferons ici. Le tableau ci-contre est explicite sur ce point.

Mise en place des langues du Gabon

Les délimitations des espaces linguistiques ne sont que la résultante d’aujourd’hui de toute une série de migrations de groupes humains, imposant leur langue aux populations assimilées (ex. des Fang descendant vers l’Ogooué au XIXe siècle), utilisant la langue des populations rencontrées ou encore abou- tissant à un métissage linguistique donnant lieu à une évolution interne de la langue dominante.

La lexicostatistique permet de se faire une idée relative de l’époque à laquelle deux langues se sont séparées du tronc commun (cfr. SWADESH, 1951, 1952, 1955; COUPEZ, 1956).

Si nous nous tournons vers les derniers relevés et calculs effectués par la section de linguistique du Musée Royal de l’Afrique Centrale de Tervuren en Belgique, mis à notre disposition grâce à l’amabilité de Madame C. Grégoire, nous obtenons le graphique.

Cet arbre permet d’extraire les faits suivants :

  • vers 5.000 BP commencent à se détacher du tronc commun parlé dans les Grassfields du Cameroun les groupes qui seront parlés par la suite au Gabon.
  • vers 4.000 BP se détache du tronc commun l’ensemble Galwa / Myene / Tsogo.
  • quelques temps après, entre 3.000 et 4.000 BP, l’ensemble Douala / Ewondo/Fang / Sake / Sekyani s’individualise.
  • de 3.000 BP à 1.700/1.900 BP s’individualisent quelques autres langues du Gabon actuel, c’est-à-dire les langues du groupe Kele, Mbété, Sira.

Une fois séparés, ces groupements de futures langues vont petit à petit se distinguer l’un de l’autre :

  • vers 3.200 BP le Tsogo se sépare du Myene / Galwa. Le Galwa n’a dû se distinguer de l’ensemble Myene que vers 750 BP. Ceci peut indiquer une forte identité culturelle jusqu’à une date récente du groupe Myéné.
  • le groupe Kele, tel que nous l’avons défini plus haut, se divise en deux sous-ensembles d’après les résultats de la lexicostatistique : l’ensemble Kota/Mahongwe / Shamai d’une part, l’ensemble Sake / Sekyani d’autre part.
  • Il faut mettre l’accent sur le fait que les langues Sake et Sekyani se ratta- chent en fait à l’ensemble Ewondo / Fang.
  • Ceci doit amener prochainement à une redéfinition des groupements lin- guistiques.
  • Les Saké et Sekyani se détachent du Douala/Ewondo/Fang dès c.3.000 BP. Vers 2.500 BP le Sake s’individualise.
  • Les Kota/Mahongwe / Shamai quant à elles se séparent des langues Hungana/Kongo vers 3.000 BP, puis d’un ensemble de langues qui sont aujourd’hui à cheval sur le Gabon et le Congo – dont les langues du groupe Mbété telles que Mbaama et Mbamba vers 2.900 BP.
  • Vers 1.700 BP le Kota se sépare du Mahongwe / Shamai; ces deux langues apparaissent vers 250 BP seulement.
  • Les deux langues du groupe Mbété, elles, font bloc avec le Kukuja jusque vers 1.800 BP. A cet instant la langue Kukuja se sépare. Les langues Mbété acquiéreront leur individualité propre que vers 550 BP.
  • Le groupe Sira, représenté ici par trois de ses langues à savoir le Punu, le Shira, le Sira, peut avoir existé en tant que tel vers 1.900 BP. Le Punu se parle dès c.1.100 BP. Le Sira, variété dialectale du Shira a du se créer vers 700 BP.

Deux ensembles de faits seront retenus de cet exposé:

1°) la grande ancienneté de l’existence de certains groupements de langues, tel le groupe Myene / Tsogo.

2°) l’existence au niveau du Gabon de trois grands ensembles linguis- tiques :

  • Le groupement Galwa / Myene / Tsogo.
  • Le Fang / Sake / Sekyani.
  • Les langues des groupes Kele / Mbété / Sira.

Ces derniers sont en étroite relation avec les langues du Congo et du Zaïre. Une strate semble s’établir vers 2.000-1.700 BP, époque à laquelle des langues comme le Kota, le Mbaama, le Kukuja se distinguent.

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Sources :

Bernard CLIST,Gabon: 100 000 ans d’Histoire Centre Culturel Français Saint-Exupéry (Gabon) Sépia

L’HOMME D’OUTRE-MER , Collection publiée par le Conseil supérieur des Recherches sociologiques d’outre-mer et par l’Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer Nouvelle Série N° 6, Hubert DESCHAMPS, Gouverneur E, R., Directeur des Sciences humaines à l’Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer, Chargé de mission par le Centre National de la Recherche Scientifique, TRADITIONS ORALES ET ARCHIVES AU GABON, Contribution à l’ethno-histoire, ÉDITIONS BERGER-LEVRAULT 5, rue Auguste-Comte PARIS (VI)

1962.


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