Souvenirs du GABON

Rédigé par l’équipe de miboue.com

Niché au sud-ouest du Gabon, dans la province de la Nyanga, Moabi s’impose comme un carrefour culturel et historique incontournable. Chef-lieu du département de la Douigny, cette cité au charme singulier allie une riche empreinte mémorielle à un ancrage profond dans les traditions du Grand Sud gabonais.

Localisation et géographie humaine

Située à 32 km au nord-ouest du district de Mourindi et à 77,5 km de Tchibanga, la capitale provinciale, la commune abrite environ 5 000 habitants, ce qui en fait la troisième ville de la province de la Nyanga.

La population locale et celle de l’ensemble du département de la Douigny sont majoritairement composées du peuple Pounou, même si l’on y retrouve également d’autres communautés vivant en harmonie. Sur le plan administratif, la région est subdivisée en plusieurs cantons, notamment le canton Doubandji, le canton Douami-Mouembi et le canton Migamba-Yara (district de Mourindi). Les quartiers qui façonnent le tissu urbain de Moabi portent des noms évocateurs de son identité : Miamba, Mbamba, Mougouna, Djaba, Souangui néni, Souangui kéki, Poutou néni, Missafou, Moutoumba, Moudiba et Bilengui.

Des origines ancestrales à la résistance anticoloniale

Si les Pygmées Barimba demeurent les plus anciens habitants de cette contrée, le peuplement moderne de Moabi s’est structuré autour de l’installation de quatre clans Punu majeurs : les Djougou, les Bavéla, les Budjala et les Ndingi, qui se réclament tous de sa fondation.

L’histoire de la ville est également marquée par la farouche résistance de ses populations face à la pénétration coloniale française. En 1906, excédés par les exactions des miliciens, les clans Bavéla et Badumbi se soulèvent. Cette révolte pousse les autorités coloniales de l’époque à rattacher la circonscription de la Nyanga au Gabon (elle dépendait alors du Moyen-Congo).

À la tête de cette fronde héroïque, la figure emblématique de Mavurulu, alias Nyonda Makita (du clan Bagambu), a marqué les mémoires. Poursuivant la lutte en solitaire jusqu’en 1911, il se réfugie à Lebamba avant de se rendre au chef de poste de Ndendé pour épargner les siens. Emprisonné, il y trouve la mort quelques semaines plus tard, suscitant de profonds remous dans la région.

De la colonisation à l’émancipation administrative

Au fil du xxe siècle, l’administration coloniale prend conscience de l’importance stratégique de la localité :

  • 1954 : Moabi est érigée en poste de contrôle administratif (PCA) pour encadrer les villages environnants.
  • 1957 : Elle devient un district, dont le premier sous-préfet est Jean Robert Fanguinoveni.
  • 10 novembre 1976 : La localité franchit un cap décisif en devenant le chef-lieu du département de la Douigny, sous l’impulsion de son tout premier préfet, Joseph Nziengui Mangandi.
  • 1996 : Dans le cadre de la politique de décentralisation (loi organique 15/96 du 6 juin 1996), Moabi accède au statut de commune de plein exercice. À l’issue des élections municipales de la même année, Olivier Paul Mbadinga est élu premier maire de l’histoire de la commune.

Aujourd’hui, Moabi continue de faire vivre son riche patrimoine, brassant les mémoires des peuples Punu, Vungu, Mitsogo, Varama et Barimba, qui composent la mosaïque culturelle de la Douigny.