De la surveillance des côtes maritimes aux audacieuses incursions de Robert Bruce Walker dans la vallée de l’Ogooué, l’histoire coloniale du Gabon s’est écrite au rythme d’une course effrénée vers l’intérieur des terres. Récit d’une époque charnière où l’exploration cherchait à s’affranchir des intermédiaires traditionnels.

Des comptoirs de l’estuaire aux premiers traités

L’aventure française en Afrique équatoriale tire ses origines d’un engagement humanitaire : la répression de la traite des esclaves menée conjointement avec l’Angleterre après 1830 le long du golfe de Guinée. C’est sur les rives de l’estuaire du Gabon, auprès des Mpongwé, que se nouent les premiers contacts officiels. En 1839, le premier traité de concession est arraché par Boum-Willaumez au chef Rapontchombo, le célèbre « roi Denis », ouvrant la voie à l’établissement de comptoirs et d’un poste administratif en échange d’une rente annuelle et de nombreux présents. Consolidés en 1843, ces accords posent les jalons d’une expansion coloniale et missionnaire qui ne cessera de s’intensifier.

Le grand contournement des intermédiaires

Très vite, l’ambition des aventuriers et des commerçants dépasse le cadre de la côte. L’enjeu est de taille : contourner le monopole commercial jalousement gardé par les intermédiaires mpongwé et énenga, qui contrôlent l’acheminement des esclaves puis des marchandises européennes vers l’intérieur.

Après les premières reconnaissances menées dans les Monts de Cristal et le pays des Benga par Paul du Chaillu (1856), ou les missions d’exploration du Dr Griffon du Bellay et de Serval (1863-1864), les expéditions se succèdent. Ces tournées initiales relèvent davantage de la reconnaissance géographique que de la conquête idéologique que mènera plus tard Pierre Savorgnan de Brazza.

Robert Bruce Walker et la percée de l’Ogooué

C’est à un pionnier britannique, Robert Bruce Walker — père du futur Mgr André Raponda Walker —, que l’on doit la grande percée de 1866. Représentant la maison Hatton & Cookson, il réussit à remonter la moyenne vallée de l’Ogooué au-delà de Ndjolé jusqu’à la confluence de l’Okano. En traversant les terres eshira, bakélé, fang et okota, il devient le tout premier Européen à entrer en contact avec les Ba-Kota.

Établi à Adanlinanlongo près de Lambaréné, Walker ne s’arrête pas là. En 1873, il pousse l’exploration jusqu’à Lopé pour s’allier avec les Okanda, maîtres incontestés des pirogues et des rapides redoutables du fleuve, ainsi qu’avec les Aduma. Cette audacieuse reconnaissance pave la route aux futurs voyageurs de renom, comme Compiègne et Marche, prêts à s’enfoncer toujours plus loin dans les mystères du Gabon central.

Rédigé par l’équipe de miboue.com