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Tous ceux qui ont tant soit peu étudié l’organisation familiale des populations gabonaises n’ignorent pas que les diverses races ou tribus qui se partagent le pays comprennent chacune un nombre plus ou moins important de clans ou familles larges, portions de tribus ou sous-tribus placés sous l’autorité d’un chef héréditaire.

Les clans sont utérins ou consanguins, suivant les tribus.

Dans le premier cas, le représentant de l’autorité est l’oncle maternel, dans le second c’est le père ou, à défaut, l’oncle paterne1. Les membres du clan se doivent assistance en toute occasion.

Les clans étaient indépendants les uns des autres et se faisaient même assez souvent la guerre.

Quand par hasard ils s’unissaient, c’était d’ordinaire pour repousser un agresseur commun ou attaquer d’autres tribus.

La guerre terminée, chacun reprenait sa liberté.

Malgré cet individualisme clanique certains chefs surent, parfois, grâce à leur prestige, imposer leur autorité à toute une tribu, même en temps de paix.

Dans les affaires importantes concernant celle-ci dans son ensemble, les différents chefs de familles ou de villages se donnaient rendez-vous dans un endroit fixé à l’avance, un jour déterminé.

Chez les Mpongwè, ces assises solennelles se tenaient régulièrement chaque année, durant la saison sèche, dans l’île Mbini (Perroquets), au centre du pays, la population étant alors répartie sur les deux rives de l’Estuaire du Gabon  jusque vers son confluent avec le Komo et le Remboué.

Au Fernan-Vaz, les chefs Nkomi se réunissaient dans la vaste plaine d’Ondjingo, à mi-chemin du poste administratif d’Omboué et de la Mission Sainte-Anne d’Odimba.

Cet endroit était en même temps le lieu des exécutions capitales.

Dans la région du Cap Lopez, chez les Oroungou, les chefs de clan tenaient leurs assemblées plénières à Apomandé ou Pointe Fétiche.

Chez les Eshira, ces réunions se tenaient au lieu-dit Gikulu-Gindzanka, dans la plaine de Ndolu. C’est là anssi que les malfaiteurs étaient livrés au bûcher.

Quelques chefs gabonais acquirent ainsi une certaine notoriété jusqu’au-delà de leurs tribus respectives, tels les divers « rois » de l’Estuaire du Gabon qui traitèrent avec les autorités de la marine, aux débuts de la colonisation française.

Citons tout particulièrement le Roi Denis Rapontchombo, du clan des Assiga, dont la renommée s’étendait jusqu’au Cap Lopez et au Fernan-Vaz, en passant par le Bas-Ogowè, le roi Louis Dowé et le prince Glass, du clan des Aguékaza, le roi Georges Rassoundji chez les Agulamba.

Au Fernan-Vaz, le Ré-Ngondo, chef du clan des Avogo (de son vrai nom Ré-Ntcholo, « l’enclume »), décédé une vingtaine d’années avant l’arrivée de l’explorateur du Chaillu dans ce pays, avait fait de la plaine Anyambiè, vers le Cap Sainte-Catherine, le point central de la tribu des Nkomi.

Ceux-ci se dispersèrent après sa mort.

Dans la région du Rèmbo-Nkomi, au village de Ngumbi, Nkombé-Nguengueza, du clan des Aboulia, avait le monopole du commerce de cette riche région.

Il favorisa du Chaillu et l’aida à pénétrer chez les Bakèlè et les Eshira, en direction de la Ngouniè (1858).

Chez les Galoa, le chef le plus connu fut le roi Nkombé, du clan des Anouva, surnommé le « Roi-soleil » par les explorateurs Marche et Compiègne, par allusion à son nom indigène.

roi Nkombé

Chez lui au grand village d’Adolinanongo, s’installèrent les premières factoreries européennes iles de l’Ogoouè.

Il mourut empoisonné en 1873.

Chez les Enenga, voisins des Galoa, on cite à la même époque Ranoké, du clan des Azondo, le Roi aveugle, et Ré-Mpolé, du clan des Adyéna, qui fournirent des équipes de piroguiers à Savorgnan de Brazza et à ses devanciers pour leurs expéditions dans l’Okanda (Haut-Ogowè).

Au Cap Lopez, chez les Oroungou, il faut signaler tout d’abord le fameux Rogombè, du village Ozunguè, clan des Aziza, universellement connu pour son humeur batailleuse. Son souvenir

subsiste encore aujourd’hui dans l’expression « nguwa ya Rogombè »,  la grande guerre de Rogombè, pour désigner l’époque troublée où il régna.

Après lui, les chefs Ombango, dit Ikinda ou le roi Pascal, et Ragnognuna, du clan des Aguendjé, du village Ossèngatanga, eurent aussi leur moment de célébrité chez les Oroungou. Du Chaillu fut l’hôte de Pascal en 1856.

Vers la même époque, dans la rivière Monda, vivaient deux grands chefs de la tribu des Béseki ou Assékiani, les rois Kienlinwin et Boulabène.

Un troisième, non moins célèbre, Abouloué-Mpeka, du village Mèdèkèlo, draina longtemps vers la côte tout le commerce de l’arrière-pays.

Au sud, vers la Ngouniè, on cite les chefs Bakèlè Ndimba, la terreur des Bavili, des lvea et des Mitsogo, finalement vaincu au village Mubu, à une heure de marche des chutes Samba et tué d’un coup de fusil, en 1898 Nkualibandja, du clan Sassènghé, installé sur une hauteur au confluent de l’Ikoï pour arrêter au passage et piller les pirogues des maisons de commerce et le féroce Mangondé-Makoulé, issu de mère Nzébi, devenu grand trafiquant et chef puissant du village Ndamba, dans le Haut-Ikoï.

Chez les Ravili de Sindara, on se rappelle les grands chefs d’autrefois Da-Bubala, du clan

Muva, et Mbongo-ma-Kdjembo, qui mit fin aux incursions des Bakèlè par sa victoire sur Ndimba.

Chez les Eshira, le vieux Moulenda hébergea chez lui l’explorateur du Chaillu, vers le milieu du siècle dernier.

Plus tard, il y eut: Ntsigu-Bibalu, du clan Budyègui, dans le Bas-Doubiguiet (région du Fougamou) et surtout Ngossi-Guitsola, du clan Pugura, qui donna son nom aux Eshira des plaines ou Eshira-Ngossi, pour les distinguer des Eshira-Kamba et des Eshira-Tandu.

A noter de même, dans le Haut-Ogowè, région de Franceville, chez les Mindumu, Nguimi, chef du village Minaï, du clan des Assikuya, qui aurait traité avec M. de Brazza. lors de sa première exploration en 1875.

Enfin, parmi les chefs qui eurent maille à partir avec les autorités françaises, vers le début de ce siècle, il convient de retenir le nom d’Emane-Tole, du clan Ebèghe-Mengone, chez les Fang, qui essaya de soulever la région de Ndjolé et fut déporté à Brazzaville, et celui de Mbombi, grand sorcier et « agitateur » du pays Mitsogo qui terrorisa pendant longtemps les environs de Mouila.

Parfois aussi, à la tête d’un clan ou d’un village, il s’est trouvé une cheffesse, une femme exerçant l’autorité.

C’est ainsi qu’à la fondation de la Mission de N.-D. des Trois-Epis à Sindara, le Supérieur eut à traiter avec la cheffesse Makovè, du clan Mouva, pour l’acquisition d’un terrain au lieu-dit Duanimèna, en 1899.

Dans la région de l’Ofoubou, en pays eshira, il y eut longtemps une cheffesse remarquable, du nom de Kumba-Mungueka, du clan Mussanda, décédée en 1936.

Au pays des Bandjabi est morte le 10 octobre 1937 la vieille Kengué, surnommée Bipuma (les nuages), autrement dite la « cheffesse au képi », du village Ndèndè, clan Bassomba ou Barouli.

On l’a caricaturée sous le nom de Bipoum-Bipoum.

N’empêche que c’était une maîtresse femme qui savait mener ses gens et a rendu bien des services aux Européens de passage, en les ravitaillant.

Deux années auparavant (1935) décédait à Iguèla, chez les Ngowè, la grande cheffesse Mburu-Akosso, du clan Mandi, chez laquelle se traitaient toutes les affaires importantes de la tribu.

Aux environs de Libreville, on cite la reine Ilassa, morte en 1891, mère de 7 enfants, et cheffesse incontestée de la pointe Owendo et de l’île Dambè ou Coniquet.

A ces noms nous ajouterons celui de la célèbre cheffesse Galoa, Ivendo qui, d’après la tradition, aurait mené au combat tous les guerriers de son clan coutre ceux d’une tribu ou d’une famille voisine qui avaient attaqué leur village.

Eu 1886, les Enenga avaient à leur tête un « Roi » et deux « Reines ».

Ces deux reines, Evindo et Mbumba, avaient la même autorité que le roi Ranoké. Chose curieuse, Evindo, Mbumba et Ranoké étaient aveugles.

Enfin, pour clore la liste des femmes gabonaises de grand renom, nous signalerons la famense Mbataganga, dont le nom signifie « siège ou trône magique ».

Elle gouverna longtemps le clan des Awandji tant sur le littoral où elle vécut d’abord que dans le Ntchonga-Ntchinè, au fond de la lagune du Fernan-Vaz où elle se retira plus tard avec tous ses gens, à la suite des démêlés qu’elle eut avec d’autres chefs Oroungou.

Jamais femme ne fut si puissante, ni si sage que Mbataganga, proclame un dicton du pays : Omwanto e’re penda, tomberepa Mbataganga.

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