Rédigé par l’équipe de miboue.com

Si la rive gauche de l’estuaire du Gabon est à jamais associée au souvenir du grand roi Denis, la rive droite vibre quant à elle de l’histoire de son digne contemporain : le roi Louis Anguilé Dowé. Souverain influent des Aguékaza — l’un des clans les plus importants de la communauté Mpongwè —, il joua un rôle décisif dans l’implantation française au Gabon et l’essor des missions chrétiennes au milieu du XIXe siècle.

Les Origines et l’Histoire des Aguékaza

Issu du clan des Aguékaza, dont la devise historique rappelle la force de caractère (« Azwé n’ikaza gni noné ! », se réclamant de l’Ikaza à la saveur amère), le roi Louis s’inscrit dans une longue lignée de chefs redoutés et respectés. Arrivés les derniers sur les bords de l’estuaire par les affluents de la Mondah, de l’Ikoï et de la Bokoué, les membres de ce clan ont profondément marqué la géographie humaine de la région.

À la suite de divisions successorales menées par les descendants de Ré-Ndoukoué, le clan s’est scindé en deux branches principales : les Aguékaza d’Olamba (vers Glass) et les Aguékaza d’Anwondo. C’est de cette seconde branche qu’est issu le futur roi Louis Dowé, dont l’accession au trône (l’éka) fut facilitée par le renoncement de son frère aîné, Ré-Nimba.

Le Traité de 1842 et la Naissance de Libreville

Au début des années 1840, confronté à l’insalubrité et aux marécages de la rive gauche, le commandant Bouët-Willaumez chercha un site plus élevé, sain et ventilé pour y implanter le pavillon français.

Le 18 mars 1842, il conclut un traité historique avec le roi Louis. Ce accord concédait à la France la souveraineté du territoire situé entre les villages des rois Glass et Quaben, ainsi que la pleine propriété de l’ancien village de son père. C’est sur ces terres, précisément sur le plateau d’Okolo (emplacement cédé plus tard pour la Mission catholique Sainte-Marie), que s’éleva le Fort d’Aumale, actant la naissance future de Libreville en 1849.

Un Allié Fidèle et Protecteur des Missions

Tout au long de son règne, le roi Louis se comporta en allié indéfectible de la France et en fervent partisan du progrès pour son peuple. Comprenant les bienfaits de l’éducation et de la civilisation, il favorisa l’installation des premiers missionnaires, ouvrant la voie aux Pères Bessieux et Grégoire, arrivés en septembre 1844 à bord du Zèbre.

Installé au village qui porte aujourd’hui son nom (Anongo-Ambani), il s’éteignit prématurément le 2 janvier 1867, évitant ainsi la douleur d’assister aux velléités de la métropole qui, après la guerre de 1870, faillit troquer le Gabon contre la Gambie anglaise — un projet d’échange avorté notamment grâce à la fermeté de Mgr Bessieux.

Devoir de Mémoire

Allié stratégique, artisan de la paix et facilitateur de l’histoire coloniale pacifique du Gabon, le roi Louis repose aujourd’hui près de sa résidence historique. S’il a longtemps attendu une reconnaissance à la hauteur de son immense contribution — à l’instar des hommages rendus au roi Denis et à l’amiral Bouët-Willaumez —, son nom demeure gravé dans la mémoire collective comme l’un des piliers fondateurs de l’amitié unissant le Gabon et la France.