Les Massango ont de nombreux villages dans toute la région du massif central, comprise entre Mimongo et la Lolo (en direction de Koulamoutou), ainsi que dans le nord et l’ouest de Mbigou. Leurs voisins sont au nord les Pové, à l’ouest les Mitshogo, au sud les Ndzèbi.
Les Massango ou Musangu sont un peuple d’Afrique Centrale, etablie au centre-sud du Gabon. Ils font partie du groupe ethnolinguistique des Merié. Par leur histoire commune, leurs langues et leurs traditions, ils sont plus etroitement liés aux Ghisirs.
Les Massango parlent le Isangu, une langue tres proche du Shira.
De par leur nombre, ils forment la 4ème communauté ethnique la plus importante du Gabon.
Les Massango et les autres Merié seraient selon certains historiens, des descendants du peuple Bajakas, qui selon la tradition orale seraient originaire d’une région de l’actuel RDC.
Avant leur migration et installation au centre-Sud du Gabon, les Massango seraient passés par le Royaume Kongo, avant de se séparer de leurs frères Lumbu, Punu, Vungu, Ngowé et Varama qui passeront eux par le Royaume Loango qui s’étendait jusqu’au Sud de la Nyanga.
Les Massango auraient penetrés le Gabon par le sud de la Ngounié avant de se séparer au centre de la dite province avec leurs frères Ghisirs. Avec l’aide des Pygmées Babongo, autochtones de la région, les Massango s’installent dans le Massif du Challu qui deviendra leur foyer originel au Gabon.
C’est sur ce nouveau foyer que les Massango développeront leur patrimoine culturel qui les distingue aujourd’hui des autres Meriés,notamment des Ghisirs. Dans ce même massif du Chaillu il y a eu des migrations internes entres clans Massango.
Nom et parenté
Moussango singulier ; Massango pluriel. Les autres peuples les appellent généralement Massango.
Proches parents des Eshira. Le dicton : « Eshira Nyangui, Massangou Manyangui » signifie qu’Eshira et Massango sont sortis d’une même mère : Nyangui. Ils se comprennent entre eux parfaitement.
Avec les autres peuples du même groupe linguistique, Varama, Bapounou, Voungou, Loumbou, la compréhension existe, mais elle est moins aisée.
Bien que non parents, les Mitshogo, les Massango sont venus par la même route. C’est un cas particulièrement net de la non-concordance des parentés linguistiques avec les traditions d’origines. Celles-ci ont-elles été influencées par la cohabitation avec des peuples d’autres groupes. Ces traditions, dans un même milieu géographique (Massif Central, savanes de Franceville, bassin de I’lvindo), tendent à se rapprocher ; au moins en ce qui concerne les principaux lieux et la direction générale des migrations.
Doit-on, en conséquence, suspecter toutes les traditions d’origine, voire mêrne les rejeter, comme fait Murdock. Ce serait priver I’histoire d’Afrique de son pilier central. Il faut seulement ne pas oublier :
1. que les traditions relèvent de la critique historique comme tous les documents ;
2. qu’elles constituent un des éléments (capital d’ailleurs) de la synthèse.
Origines et histoire
Moulanga Binda a créé le monde au village de Koto ; tous y vivaient : les Blancs, les Bantous, les pygmées. Les Blancs sont restés là-bas. Les pygmées (Babongo) sont venus avec les Batous au village de Mouaou Diboundji, où le monde a commencé, où régnait l’inceste. C’était dans le nord-est, dans la même direction que Koulamoutou.
Ensuite, au village de Moukoundza, on classa tous les peuples selon leur langue (Bapunu, Bandjabi, Eshira, Mitshogo) et on fit régner l’ordre dans les familles.
Les Eshira et les Massango avaient pour mère Nyangui, pour père Mowango. Les Eshira sont partis. Les Massango sont restés sur le mont Iboundji avec les Mitshogo. Le nom du mont Iboundji pourrait donc être un souvenir du Boundji primitif, qui serait sur l’Ogooué, à moins que celui-ci lui-même ne soit qu’un rappel d’un site plus ancien.
Mais il y faisait trop froid. Aussi sont-ils allés vers l’ouest. Les Pygmées les avaient précédés. Les Bandjabi ne sont venus qu’après. Certaines migrations sont récentes. Ngoï et Mouélé ne sont pas nés dans leur village actuel. Le grandpère de Ngoï habitait Moukouala, près de Koulamoutou.
Guerres et esclavage
Il fallut lutter contre les Akélé qui faisaient la guerre à tout le monde.
Les grands-pères faisaient la guerre avec des fusils à pierre, des sagaies, des poignards (dibaga), des couteaux de jet (musera). Les morts donnaient lieu à compensation.
De même les adultères, les vols. La famille du coupable devait donner quelqu ‘un en échange : une petite sœur par exemple ou un frère.
Les prisonniers de guerre n’étaient gardés que pour remplacer les morts. Ces esclaves étaient incorporés aux familles ; c’est seulement s’ils montraient de mauvaises dispositions qu’on les vendait.
Les Bapunu venaient en pays Massango échanger le sel contre les esclaves (quatre sacs de cinquante kilos pour un esclave). Ils payaient aussi en pagnes, matchettes, marteaux et marmites.
Des Massango faisaient les courtiers en allant chercher des esclaves à Koulamoutou.
Activités économiques
Les forgerons fondaient des cailloux venus de la région de Mossendjo. Les femmes faisaient des marmites et des plats en terre cuite. On creusait des plats en bois. Les instruments de culture étaient la hache étroite (pivi) et la matchette courte utilisée aussi comme pelle (tchopou). On cultivait, comme aujourd’hui, le manioc amer (mbigongou), le manioc doux (mibigou), la banane (magonda), l’igname (bambala), le taro (malanga, batsanga).
Mode vestimentaire et habitations
Les vêtements étaient en raphia (dibongo), les maisons en écorce (masoungou), avec deux portes pour pouvoir se sauver. Les villages étaient gardés, chaque famille ayant son corps de garde.
Organisation de la société
Matrilinéaire et patrilocale.
La dot est donnée au père qui en remet la moitié l’oncle maternel (katshi). L’héritage se partage actuellement entre les fils et les neveux maternels.
La liste des clans diffère à Dibandi et à Mbigou.
Liste de Dibandi : Mitoungou, Ivenji, Moukouma, Moubouilou, Miakashou, Mapanga. — Les Mitoungou et Mapanga existent à la fois chez les Mitshogo et les Massango.
La liste de Mbigou est beaucoup plus complexe : les clans Massango proviennent de trois mères : Bousounga, Ibendzi, et Dibamba.
Clans de Bousounga : Mousounga Boudiala, M. Mombo, M. Mbourou, M. Mariangou, M. Misengoula, M. Mbambi, M. llokou, M. Mindoumba, M. Ingimba.
Clans d’Ibendzi : Sima Moupinga, S. Mbahou, S. Moukangou, S. Moulengui, S. Madouma, S. Moukambi, S. Iroungui, S. Boukombè, S. Mitsimba, Mbadinga, Bou-
sou.
Clans de Dibamba : Mouloulou, Mouwondji, Mbembou, Boudjanga, Mouèlè, Ouyoungou, Moutounda, Pangou, Loundou, Ndjikou, Dikangou, Ndrangoula,
Moukoumakouma, Moukoumbi, Mabangou, T sala, Oumboulou, Iloungou, Mabima, Bouka, Monjombourou. La différence provient peut-être de ce que la distinction entre la famille et le clan n’est pas très nette (segmentation plus ou moins poussée).
Les clans étaient égaux. Le chef de clan (ivounda) était remplacé à sa mort par un fils de sa sœur, choisi par les membres de la famille. Quand il y avait plusieurs clans dans un village, chacun avait son corps de garde; les palabres entre clans étaient réglés par une réunion de chefs. Avec les pygmées il n’y a pas de mariages. Ils sont des serviteurs et des alliés.
Croyances, rites et culture
Le mort, enveloppé de nattes, était laissé dans la brousse, puis enterré. Il pouvait paraître en rêve ; celui qui avait rêvé priait le mort en agitant le kindo (cloche) et lui offrait poisson et bananes sur des feuilles.
Comme la grande majorité des peuples de la région, les Massango pratiquent le Bwiti, le Mwiri, et le Nyembé.. En dehors de ce rite , ils pratiquent également le Nyembé uniquement par la gente feminine. Ce rite iniatique est un passage pour l’adolescente à l’age adulte.
L’année (illima) comprend la saison sèche (mangala) et la saison des pluies (doumvoula). On connaissait la lunaison (tsoungi). La journée se divisait en mahiélou (6 heures du matin), dyoumbi dimasangou (le soleil sur la tête : midi), dyoumbi dimarekena (après-midi), clyoumbi dimasingo (le soleil tombé : 6 heures du soir).
Les distances comportaient : béla (tout près), ikiési (assez loin), vala (un jour de marche).
On comptait jusqu’à mille (moulouli).
La seule monnaie consistait en blocs de fer servant de marteaux (nyoundou). Mais on procédait le plus souvent au troc sans monnaie.
NomS
Massala, Moukala, Mounanga, Idiata, Madoungou, Mousseliki, Boudianga, Biloungou, Moukagni, Ignanga, Moukambi, Mahambou, Boudzanga, Mbouissou, Ignonga.
Sources :
L’HOMME D’OUTRE-MER , Collection publiée par le Conseil supérieur des Recherches sociologiques d’outre-mer et par l’Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer Nouvelle Série N° 6, Hubert DESCHAMPS, Gouverneur E, R.,
Directeur des Sciences humaines à l’Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer, Chargé de mission par le Centre National de la Recherche Scientifique, TRADITIONS ORALES ET ARCHIVES AU GABON, Contribution à l’ethno-histoire, ÉDITIONS BERGER-LEVRAULT 5, rue Auguste-Comte PARIS (VI)
1962.
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