
Le roi Louis Anguilé Dowé et le clan des Aguékaza : l’autre grand bâtisseur du Gabon colonial
Par miboue.com
Si la mémoire collective retient souvent le nom du roi Denis Antchouwé Kowé Rapontchombo sur la rive gauche de l’Estuaire, l’histoire de la création de Libreville est indissociable de son contemporain de la rive droite : le roi Louis Anguilé Dowé. En 1842, ce souverain mpongwè choisit lui aussi de lier le destin de ses terres à celui de la France, jouant un rôle déterminant dans l’installation européenne et l’histoire moderne du Gabon.
Les Aguékaza : puissance, devises et origines d’un grand clan
Le roi Louis appartenait au clan des Aguékaza, l’un des plus importants et des plus nombreux de la tribu Mpongwè. C’est de ce clan que sont issues les familles des villages emblématiques de Louis, Quaben, Kringer et, plus tard, d’Orèti (fondé en 1887).
- Une devise au goût d’amertume : Le nom Aguékaza dériverait d’ Ikaza (Strychnos icaja), le fameux poison d’épreuve. Leur devise, « Azwé n’ikaza gui nond ! » (« C’est nous l’Ikaza à la saveur amère ! »), traduisait autrefois le caractère ferme, redoutable et guerrier de leurs chefs.
- L’arrivée sur l’Estuaire : Derniers arrivés sur les bords de l’Estuaire par la Mondah, l’Ikoï et la Bokoué, les Aguékaza érigent leur premier village littoral à Indokou (vers l’actuel Mont-Bouët) sous la conduite de leur ancêtre Ré-Ndoukoué.
- La scission du clan : À la mort de Ré-Ndoukoué, ses deux fils jumeaux, Ré-Bulia et Ré-Ndambo, se disputent le siège de la royauté (l’éka). Les partisans de Ré-Ndambo migrent vers Glass (Aguékaza w’Olamba), tandis que ceux de Ré-Bulia forment les Aguékaza d’Anwondo, dont est issu le roi Louis.
1842-1843 : Le traité de souveraineté et la fondation du Fort d’Aumale


Face aux conditions de santé difficiles subies par les commerçants sur la rive gauche, le commandant Bouët-Willaumez recherche un site plus élevé et salubre sur la rive droite.
Le 18 mars 1842, le roi Louis Dowé signe un traité historique cédant la souveraineté du territoire situé entre les villages de Glass et de Quaben. En mai 1843, une expédition partie de Gorée débarque pour ériger le Fort d’Aumale sur la concession cédée par le roi. Ce poste fortifié, doté de bâtiments en maçonnerie, d’un jardin et d’une batterie de canons, devient le point d’ancrage de la présence française.
Alliance spirituelle et vision d’avenir
Le roi Louis cède ensuite le site de son village d’Okolo pour permettre l’établissement de la Mission catholique Sainte-Marie, guidée à partir de septembre 1844 par le Père Bessieux. Le roi déplace alors son peuple vers l’actuel quartier Louis, baptisé Anongo-Ambani (« les deux races, Blancs et Noirs, qui voisinent »).
Convaincu que l’instruction et la présence des missionnaires étaient essentielles pour l’avenir et la formation des jeunes enfants, le roi Louis reste un allié fidèle jusqu’à son décès le 2 janvier 1867. Il disparaît avant les incertitudes de 1870, époque où la France envisagera brièvement d’échanger le Gabon avec le Royaume-Uni contre la Gambie — un projet finalement avorté grâce à l’intervention ferme de Mgr Bessieux.
Un devoir de mémoire encore incomplet
Malgré son rôle capital dans les fondations de la capitale gabonaise, le roi Louis Anguilé Dowé ne bénéficie pas de la même visibilité monumentale que d’autres figures historiques. Hormis la sépulture familiale consolidée par ses descendants, la reconnaissance de ses services et de son héritage culturel attend encore l’érection d’un monument ou d’un hommage officiel à la hauteur de sa contribution.




