
Bien que le trafic des esclaves se poursuive, le Portugal n’ayant aboli la traite qu’en 1882, il diminue et nombre de traitants reprennent le « commerce licite », selon le système décrit.
Alors que jusque-là les Européens commerçaient de leurs navires, ils commencent à s’installer à terre, chez les chefs amis, pour ouvrir des magasins, à côté de ceux des courtiers.
Les Anglais semblent beaucoup plus forts à ce jeu que les Français, auxquels les Mpongwé reprochent leur impatience. Entre le dépôt des marchandises et la réception des produits locaux, il peut s’écouler un an et même parfois dix-huit mois !
Les négociations ne se passent pas toujours dans la facilité et certains souverains locaux n’hésitent pas à pratiquer la piraterie.
Qui sont les forces en présence à la veille des traités qui amèneront la création de Libreville ?
Sur la rive gauche (Pointe Denis), s’étendent les terres du roi Anchoue Kove Rapontchombo, dit Denis. Le plus célèbre des rois mpongwé s’entend bien avec tout le monde, mais il a une préférence pour les Français.

Des souverains d’influences inégales se partagent la rive droite sur les terres qui deviendront Libreville. Ce sont les rois Rentchindo, dit Kringer, et Kaka-Rapono, dit Quaben (le plus puissant de cette rive), au nord, Anguilé Dowe, dit Louis, au centre et Roi Glass au sud.
Ce dernier est un ami de longue date des commerçants anglais et américains, qui sont déjà installés dans le village Glass.
En 1837, trois navires français, venus traiter des affaires, sont pillés, dont deux sur l’ordre du roi Kringer. Perte de marchandises et de navires, humiliation des capitaines et mort de plusieurs marins : c’est un rude coup pour le prestige français.
Bouet-Willaumez et le roi Denis

Parti de Gorée fin 1838 sur la « Malouine », le capitaine Edouard Bouet-Willaumez a pour mission de visiter en détail les côtes africaines et de dresser un inventaire des possibilités commerciales du Golfe de Guinée.
Il est aussi chargé de pourchasser les négriers, et de châtier les coupables de pillages de navires du Gabon.
Après trois mois de mission, la « Malouine » entre dans l’Estuaire.
La poursuite des négriers n’est guère fructueuse, cette fois. Le litige avec le Roi Kringer, à propos du pillage des navires, se règle à l’amiable, grâce au Roi Denis.
Quant au rapport commercial il n’enchantera guère les chambres de commerce françaises, qui pourtant souhaiteraient voir se développer le poids de leurs ressortissants dans les transactions avec la côte africaine.
Pourtant, la rencontre de deux hommes va infléchir le cours de l’histoire. Outrepassant ses ordres, Bouet-Willaumez, le 9 février 1839, signe avec le roi Denis Rapontchombo le premier traité entre l’autorité française et un souverain gabonais : « Le Roi Denis s’engage à céder à perpétuité à la France deux lieues de terrain… «
Ce traité est le premier d’une longue lignée, et suscitera bien des polémiques entre historiens.
Pourtant, sur l’instant, il semble n’intéresser personne : ni les négociants français, toujours hésitants, ni l’Etat.


Bouet Willaumez et le Roi Louis
Les années suivantes Bouet Willaumez n’en poursuit pas moins son idée : c’est au tour du Roi Louis, de la rive droite, grand ami des Français, de signer :
Article premier :
La souveraineté du territoire du Roi Louis, situé entre le village du Roi Glass et celui du Roi Quaben, est concédée pleine et entière au Roi des Français. Les Français auront donc seuls le droit d’y arborer leur pavillon et le Roi Louis se range dorénavant sous la protection et la souveraineté de la France.
Article 2 :
Le Roi Louis cède en toute propriété aux Français le terrain de l’ancien village de son père pour y élever telle bâtisse ou fortification qu’il leurlaira et, s’ils changent d’idée plus tard, il s’entendra avec eux pour un autre emplacement favorable.
Article 3 :
Tous les bâtiments des autres nations, quels qu’ils soient, pourront venir traiter à l’ancre devant le village.
Article 4 :
En cas de naufrage le tiers des objets sauvés sera concédé aux sauveteurs.
Article 5 :
Le Roi Louis ne stipule aucune condition de cadeaux d’échange et s’en rapporte tout à fait à la générosité du gouvernementfrançais.
Signé Ed. Bouet.
Le Roi Louis ne sachant signer a fait sa marque.
Le capitaine au long cours commandant le trois-mâts français le « Diligent », P. Cousin.
E.Jamin, le 18 mars 1842.
Comme le Roi Louis pourrait avoir des difficultés avec le roi Quaben, qui est son supérieur dans la hiérarchie Mpongwé, le 27 avril 1843 un traité avec ce dernier est également signé.
Celui du 28 mars avec Ravonya Glass, extorqué par un capitaine, sera contesté et contribuera à envenimer l’atmosphère avec les habitants de Glass, qui voient d’un mauvais œil l’installation de l’autorité française.
Néanmoins un traité général avec tous les chefs du Gabon (Estuaire) réunis, sauf Roi Glass, est conclu le 1er avril 1844.


Quelques mois après la signature du deuxième traité, avec le roi Louis, l’Etat français est toujours dans l’expectative sur ce qu’il convient de faire au Gabon.
C’est alors qu’une folle rumeur sur l’intention prêtée aux Anglais de fonder de nouveaux comptoirs sur la côte d’Afrique circule à Paris.
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Source :
Raphaëlle Walter et Claude Damas OZIMO, Libreville au fil du temps, Editions UNIVERSELLES

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