
C’est dans le cadre de ce vaste mouvement humanitaire qu’il convient de situer la naissance du Gabon colonial.
En effet, c’est dans ce contexte que la Marine française envoya le lieutenant de vaisseau Louis Edouard Bouët-willaumez dans les eaux du Gabon surveiller la côte.

La conquête du Gabon allait se préciser, s’institutionnaliser par une série de traités avec les chefs locaux.
Ainsi, en février 1839, Bouët, assisté de Broquant, capitaine au long cours, passait un traité avec le Roi Denis Rapotchombo, comportant la cession à la France de deux lieux de terrain.

Un autre traité, conclu avec le Roi Louis Anguillet-Re-Dowe, le 18 mars 1842, permit l’acquisition de terres sur la rive droite de l’estuaire.

L’année suivante était construit un blockhaus, le fort d’Aumale à Okolo ancien village du père du Roi Louis, Re-Ngui-Larogayoni, à l’endroit où s’élève aujourd’hui la cathédrale Sainte-Marie.
Le 27 avril 1843, le Roi Quaben Kaka Rapono, chef et oncle du Roi Louis Re-Dowe, signait à son tour avec le commandant Baudin une convention qui donnait à la France tout le territoire compris entre le village Quaben et le Cap Estérias où il avait installé les Benga.

Il manquait encore l’adhésion du Roi Will Glass Ravony sous l’influence anglaise, et qui refusait de marchander ses terres.
Si l’on en croit les dires du roi Glass, les Français durent lui extorquer par la ruse son adhésion à la convention du 28 mars 1844, qui satellisait son territoire et village, Olamba, aux territoires déjà acquis par la France.
La même année les Fang atteignaient l’estuaire.
Le 1er avril 1844, Bouet-Willaumez, venant du Sénégal, après avoir réuni tous les chefs signataires de traités, faisait admettre à ceux-ci, solennellement, la souveraineté de la France sur tout le territoire compris entre le Cap Estérias et le fond de I’estuaire.
C’était le début du Gabon colonial.
C’est donc, en fait, par le traité du 1er avril 1844 que la France prend possession de tout l’estuaire du Gabon, et non par celui, souvent cité, de 1839, puisque ce traité ne fut jamais ratifié par la Chambre.
Mais les Français allaient vite entrer en conflit avec les Anglais et les Américains qui résidaient au Gabon (Estuaire) et qui avaient pour chef de file le missionnaire américain Wilson.
Après maintes démonstrations d’hostilité ou de force de part et d’autre, le Foreign Office finit par accepter la prépondérance française au Gabon.
Mais d’autres contestations allaient naître à cause des rivalités commerciales des deux pays, auxquelles devaient s’ajouter, après 1870-1880, la concurrence de l’Allemagne bismarckienne.
Reprenant les grandes lignes de sa politique expansionniste, la France s’était étendue sur les petites rivières Donga et Quaqua dans la baie du Cameroun, grâce aux traités signés par Baudin, commandant “Le Grenadier”, avec les rois Passoll, Cobangoï et Buschy des hauts de l’Estuaire.
1845 voyait la France entrer en possession des Etats du Roi Koakuo de la Rivière Mouni ou Danger, et de ceux des chefs de la Pointe Onvinia. Le traité de 1845 fut renouvelé en 1861 avec les principaux chefs.
Des traités semblables furent conclus le 8 septembre 1845 entre Baudin et les chefs Achouka et Hontonga des villages de Banoko et Batanga aujourd’hui faisant partie de la Guinée Equatoriale.
Le 1e août 1846, tous les chefs signataires du traité du 1er avril 1844 confirmèrent ce traité en cédant d’autres parts en toute propriété au Gouvernement français.
Le 18 février 1848, le Roi Hialgay du village Ondjoumba, dans la rivière Maga, se rangeait sous la domination de la France.
Quant au chef Toka qui, jusque-là, n’avait jamais voulu adhérer au traité du 1er avril 1844, il revenait enfin sur sa décision et apposait sa signature au traité, le 12 octobre 1849, devant le Capitaine d’Infanterie de marine Parent, commandant le Comptoir du Gabon.
Son exemple était suivi le 17 septembre 1852 par les seconds chefs Garvin Tini de Glass, et Copen John de l’île Koniquet.
La souveraineté de la France sur le Komo et tous ses affluents fut assurée par le traité du 8 juillet 1859, signé entre Monsieur le chef de division Bosse et les Rois et chefs des pays baignés par ces rivières.
C’est vers cette époque que furent conclus les divers traités qui, avec ceux des 6 et 7 juillet 1844, ont donné lieu depuis aux controverses avec le gouvernement espagnol sur le Rio Mouni, controverses reprises par les gouvernements du Gabon et de la Guinée Equatoriale à propos des îles Mbanié et des Rats, situées au large des deux pays (1972).
Le gouvernement impérial de Napoléon III ayant donné l’ordre aux agents français de ne pas s’opposer à l’occupation espagnole, la reine Isabelle II d’Espagne fit à son tour des concessions en acceptant le libre commerce à Corisco, centre politique, et sur les iles Elobey, qui pourtant ne faisaient pas encore partie du territoire annexé par les Espagnols.
Cet acte freina les prétentions de l’administration française de la colonie et sa politique expansionniste vers le nord-ouest.
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Source :
Un homme, un pays, EL-HADJ OMAR BONGO, LE GABON, Collection : Etats africains d’hier à demain, Les Nouvelles Editions Africaine

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