
Origines lointaines des Galoa
Les ancêtres sont venus de Tangagniké (lac Tanganyika) où ils étaient attaqués par des hommes-chevaux (simpondo) des Arabes (Izirisi).
Il y a des chansons à ce sujet.
Odi était le nom du chef.
Le premier village après la fuite s’appelait Inkombogombo s’Odi (les parasoliers d’Odi).
Ils préparèrent le mbonda, la marmite qui bout sans feu.
Ainsi ils échappèrent à leurs poursuivants.
Ensuite ils arrivèrent à Igawagè (Iga la forêt).
Ils y trouvèrent la famine et mangèrent des plantes sauvages.
Pourtant ils emportaient avec eux le manioc (oyogo), la banane et le taro.
Ils marchaient cinq jours et le sixième ils se reposaient.
Ils arrivèrent à Okondja et combattirent les Ombamba.
Les Akandé et les Adyoumba se séparèrent d’eux.
A Mbendo les Nkomi partirent à leur tour.
Les ancêtres passèrent à Mbagué, puis à Tomba.
Non loin de là était le village de Boulè, occupé par les Eshira.
Le chef Onangué, à Tomba, commandait à la fois les Edongo et les Ombéké, issus d’une même mère, Moumbé.
Les hommes d’Onangué demandèrent le passage aux Eshira.
Ceux-ci exigèrent le sacrifice de 30 femmes enceintes par jour.
Les Edongo les donnèrent deux jours.
Les Ombéké se concertèrent (Oroungou), puis se sauvèrent.
Les Edongo forcèrent alors le passage à la faveur du brouillard artificiel, en enlevant 5 000 femmes Eshira.
Devenus Galoa, ils arrivèrent à Tchonga-Mpolo (la grande échancrure) sur le lac qu’ils appelèrent Onangué.
Leurs villages ensuite furent Mboga, puis Tomba, deuxième du nom.
« Tous les Galoa en sont venus. »
Il n’y avait personne sur le lac.
Les Akélé étaient dans la forêt.
Il fallut lutter avec eux.
Les Galoa, au début, n’avaient que des radeaux, puis apprirent à faire des pirogues.
Ils progressèrent vers le nord, le long des rives du lac, puis, par ses affluents, gagnèrent l’Ogooué.
Au milieu du lac est l’île Fétiche, Rogoula ; si on y va, on ne peut plus retourner ; parfois un bateau à deux cheminées sort de l’eau ; ce sont les esprits qui se promènent.
Peuple Galoa actuel
Les « Galoa » des explorateurs habitent les rives du Moyen Ogooué et des lacs voisins en aval de Lambaréné, sont aujourd’hui mélangés aux Fang, Nkomi et autres Omyènè du delta de l’Ogooué.
Dans la ville de Lambaréné, ils constituent la population la plus ancienne.
Les Galoa sont arrivés depuis plusieurs siècles à Lambaréné, venant du lac Onangué.
Jadis ils s’appelaient « Elongo Mombé » ; par la suite ils ont pris le nom de Galoa, « ceux qui ont changé ».
De Lambaréné en allant vers l’Océan, ils s’étendent sur 30 kilomètres d’Ogooué, jusqu’à Ashouka (ou Ashouka-ni-Galoa), limite de leur territoire, ainsi que de part et d’autre, autour des lacs.
A une époque difficile à préciser, les Galoa, cantonnés auprès des trois lacs Onanguè, Ezanga et Oguèmoué avant de déboucher sur l’Ogooué, atteignirent ce dernier lac dans la région dite « Mpandjè ».
Ils y seraient parvenus par le Ntyonga-Mpolo (au fond du Fernan-Vaz).
De là, ils remontèrent peu à peu vers le Nord-Est où ils trouvèrent les Enénga déjà établis de longue date et propriétaires du pays, qui leur en cédèrent une partie.
Les Galoa sont venus du sud, vers le Fernan Vaz.
Leur mère, Moumbè, était aussi celle des Oroungou.
Leur nom était alors Eloungou Moumhè, et celui des Oroungou Ombèkè Moumbè.
Ils se sont séparés à Achouka (dernier village Galoa en aval). Les Eloungou disaient Myé Galo ao » (je vais là-bas) et les Ombèkè ne répondaient pas (o roungou) d’où leurs noms actuels.
C’était l’époque où les Portugais et les Hollandais fréquentaient la côte.
Les Galoa rencontrèrent des Eshira et cohabitèrent avec eux quelque temps.
Puis ils se rendirent sur le lac Onangué et s’y fixèrent pour pêcher à la torche et à la sagaie.
Ils avaient des radeaux pour aller dans les îles et se mettre à l’abri des Akélé.
Ceux-ci, très nomades, hantaient toute la région et faisaient des razzias.
Puis il y eut des mariages mixtes, amenant une paix plus ou moins précaire.
Alors des Galoa quittèrent les lacs, remontèrent l’Ogooué et se fixèrent à la pointe de la grande île en disant « lambaréné » (essayons l).
Un autre village s’établit sur la rive nord (où est maintenant l’hôpital Schweitzer) et un troisième, Adolinanongo, un peu en avant, sur une poin te dominant le fleuve (à l’est de l’habitation actuelle du Dr Schweitzer).
Nkombé ya Ndemba ou le Roi-soleil

Nkombé ya Demba était né à Zilé, chez les Enenga; son père était Enenga, sa mère Galoa.
Le roi Rénoké des Enenga, était le père de Nkombé.
Chassé par son père, il s’établit à Adolinanongo (« où on regarde d’en haut »).
Il montait à Njolé chercher des esclaves.
Nkombé a fait la guerre aux Akélé qui allaient chercher des esclaves sur la Ngounié.
Il gardait les esclaves « sérieux » pour ses plantations et vendait les autres.
Nkombé avait plusieurs femmes et des centaines d’esclaves.
Il était, dit-on, le neveu de Rè-Mpolè, le roi des Enénga.
A la mort de Rè-Mpolè, Nkombé se serait fait reconnaître comme roi des Galoa, jusqu’alors soumis aux Enenga.
C’est grâce au roi Nkombé que les Galoa profitèrent de la pénétration européenne: il sut attirer les maisons de commerce dans sa tribu.
Nkombé s’est imposé par son intelligence ; on avait recours à lui pour régler les palabres ; il passait partout en pirogue, proposait des lois et les faisait approuver par tous : au lieu de la compensation traditionnelle, il introduisit la loi du talion ; qui tuait par l’épée périssait par l’épée, qui tuait par le bâton était battu à mort ; la femme qui quittait son mari pouvait être tuée.
Nkombé lui-même était méchant ; il tua sa femme.
C’est en 1873 aussi que le Marquis de Compiègne et Alfred Marche arrivèrent chez les Galoa.
Voici comment ce dernier raconte leur accueil à Adolinanongo chez Nkombé, le « roi-soleil » :
« Nous fûmes reçus aux factoreries par Monsieur Sinclair, un Ecossais qui nous offrit l’hospitalité; à peine étions-nous arrivés chez lui, que nous vîmes entrer un grand nègre, fort bien bâti, l’œil vif et la tête haute, flanqué de deux femmes, un personnage évidemment.
Il vint gravement s’asseoir dans un fauteuil en face de nous, taudis que ses deux moitiés s’accroupissaient à ses pieds.
Amoral, un autre employé de M. Walker, nous le présenta sous le nom de Nkombé, le roi-soleil.
Le roi-soleil, pour principal emblème de sa dignité, portait sur le chapeau à haute forme des souverains, un large galon d’or, et un soleil de même matière lui formait des armoiries parlantes du noir monarque.
A la mort de Rempolé, roi des Enenga, le souverain qui avait retenu l’explorateur Bruce Walker sur l’Ogoouè, Nkombé, s’était fait reconnaître Roi des Galoa qui avaient été soumis à Rempolé.
Nkombé comprit très tôt qu’en s’appuyant sur les Blancs, il pouvait récolter richesse et pouvoir; il avait su attirer chez lui des agents des factoreries qui s’y étaient établis à l’abri de son autorité.
Aussi fut-il très flatté quand nous lui dîmes que nous allions nous installer chez lui. »
Il mourut empoisonné au début de 1874, durant le séjour que firent chez lui le Marquis de Compiègne et Alfred Marche.
Roi Magisé
Magisé, neveu maternel et successeur de Nkombé, fut déporté à Dakar et, à son retour, donna le nom de Dakar à son village.
Reine Evindo
La reine Evindo, qui a cédé Lambaréné aux Français, était souveraine des Ayangué ; elle seule pouvait disposer de la terre.
Le cas de la reine Evindo est exceptionnel chez les Galoa, mais on le trouve chez les Akélé.
Anciens villages Galoa
Adolinanongo était le village du « Roi-soleil Nkombé ».
Là régna le roi Nkombé, surnommé le « roi-soleil» par les premiers explorateurs (allusion à son nom Galoa).
Le long de l’Ogoouè et dans les lacs existaient d’autres villages mportants: Oyenano, Owimbyano, Ompomona, Nombedouma, Oronga, Ashouka, etc…
Dans quelques-uns, on comptait en juillet 1886 – d’après le P. Lejeune – de 2.000 à 3.000 âmes.
On distingue quatre groupes territoriaux: Mpandjè, Eliwa, Wombolyè et Olomba.
Esclavage chez les Galoa
La réduction en esclavage était aussi pratiquée.
Mais surtout les Galoa achetaient des esclaves aux Akélé qui les achetaient eux-mêmes aux Eshira, Bapounou, Mitshogo, Massango.
Certains se sauvaient et fondaient des villages dans la forêt ; il y avait des mariages avec des Galoa.
Si une fille esclave avait un enfant, il devenait galoa.
Mais la plupart des esclaves étaient transportés sur le bas du fleuve et vendus aux Oroungou.
Les Galoa remontaient ensuite avec des marchandises qu’ils revendaient aux Akélé et aux Okandé, contre de nouveaux esclaves.
On peut dire qu’autrefois les Galoa n’eurent pas de rapports directs avec les Négriers qui abordaient au Cap Lopez ou au Fernan-Vaz.
Premiers échanges avec les commerçants européens
Les Portugais étaient venus les premiers ; ils plantèrent des palmiers, et des manguiers.
Walker, représentait Hatton et Cookson, et Schieff représentant Woermann.
Puis vinrent John Holt et la SHO.
Ils échangèrent des marchandises contre l’ébène, le caoutchouc, l’ivoire, l’huile et les palmistes ; il n’y avait pas encore de monnaie.
Le commerce européen ne s’installa réellement chez les Galoa qu’à partir de 1867, à l’arrivée des grandes firmes anglaises et allemandes : Hatton et Cookson, Woermann, John Rolt, suivies par quelques Français.
En saison sèche, les bancs de sable obstruaient tellement les passes qui conduisaient au village d’Adolinanongo, où les commerçants s’étaient établis, qu’ils se décidèrent à transporter leurs factoreries dans l’île Oréryè.
Les habitants du village leur dirent alors d’un air mécontent: « Lembaréni ! », d’où est venue l’appellation actuelle de cette ville. La première factorerie à s’y transporter fut celle de Hatton et Cookson, au lieu dit « Agouma » (les Fromagers).
Premiers contacts des Galoa avec les Européens
Aux débuts de la colonisation du Gabon, les premiers Européens qui réussirent à parvenir chez les Galoa, ne pouvant remonter l’Ogoouè à cause de l’opposition des Oroungou et des Nkomi du Bas-Fleuve, empruntèrent la voie du Rembouè, affluent de l’Estuaire du Gabon, pour prendre ensuite la voie terrestre, tel Bruce Walker, en 1865, avec ses guides Akèlè.
Quelque temps auparavant, un officier de marine, le Lieutenant de vaisseau Serval, avait également emprunté le même chemin.
Mais, plusieurs années plus tôt, en 1815, l’explorateur anglais Bowdich hôte du roi Georges Rassondji, avait pénétré dans l’Ogoouè avec une caravane de ce souverain.
Les Galoa, comme les Enenga, rendaient de grands services aux explorateurs, comme pagayeurs de convois sur l’ogooué, avant qu’on ait pu engager des équipes chez les Okandè et les adouma.
Jusqu’à la multiplication des bateaux à vapeur sur le fleuve: pinasses, remorqueurs et bateaux-courriers, ils assurèrent le ravitaillement par eau des maisons de commerce installées le long du fleuve, dans les lacs ou sur la Ngouniè.
Exploration de l’Ogooué par les européens
Les premières tentatives de decoucerte de l’Ogoouè depuis le Delta, opérées par une série d’officiers français, eurent lieu entre 1862 et 1864.
En 1867, le Lieutenant de vaisseau Aymès, commandant l’aviso, envoyé par l’Amiral Fleuriot de Langle, decouvrait le Fernan-Vaz et le Bas-Ogoouè jusqu’à Lambaréné, en concluant des traités avec divers souverains.
C’est sans doute cette occasion que les souverains Galoa se lièrent avec les autorités françaises.
En 1873, l’Amiral du Quilio visitait lui-même l’Ogoouè et ses lacs.
Quelques années après, le Gouvernement français prenait officiellement possession de l’Ogoouè, en y installant le Poste administratif de Lambaréné.
Arrivée des Fang dans le Moyen Ogooué
Les Fang sont arrivés au temps des pasteurs américains et se sont installés sans guerres.
Leur principal village dans cette région fut Adolinanongo (où l’on voit passer les tribus).
Rites, Croyances et Cultes Galoa
Yassi : un grand esprit
Parmi les croyances des Galoa, dont la plupart leur sont communes avec les autres races, le « Yassi » mérite une mention spéciale.
Voici ce qu’écrivait en 1886 l’un des premiers missionnaires du pays, le P. Lejeune, devenu plus tard Préfet Apostolique de la Nigeria anglaise:
« Le Yassi est un grand esprit; c’est aussi un gros animal de la forme et de la couleur d’un caméléon, habitant les forêts.
Tous les Galoa jurent par le Yassi; c’est la terreur des femmes et des enfants.
Un Galoa jure-t-il par le Yassi ?
Sa femme doit obéir, sinon c’est le bâton et quelquefois la mort.
Au fond, qu’est-ce que le Yassi ?
A un moment de l’année, toujours le même, on rassemble dans une case secrète tous les jeunes gens de 18 à 20 ans des villages environnants.
Les chefs les font comparaître un à un :
– Jure-moi, disent ceux-ci, de ne pas révéler le Yassi.
– Je le jure.
– Es-tu de force à supporter les tourments les plus terribles, plutôt que de le révéler?
– Oui.
– Allons à l’épreuve.
On commande alors aux initiés de le frapper à coups de cravache.’
Quelques-uns en portent les marques toute leur vie.
Seuls, ceux qui se sont montrés braves dans le passé, qui ont accompli quelque action d’éclat, échappent à cette bastonnade.
– Encore une fois, es-tu de force à supporter les plus terribles tourments plutôt que de révéler?
– Je suis prêt à les supporter.
– Si on te coupe un bras, si on te crève les yeux, si on t’écrase les doigts des pieds et des mains, révèleras-tu le Yassi ?
– Non.
– Tu as de la grandeur d’âme.
Apprends alors que chaque fois que ta femme et tes enfants ne voudront pas t’obéir, tu as le droit de jurer Yassi.
Et tu répondras aux non-initiés qui t’interrogeront sur le Yassi, que c’est un gros animal, semblable à un caméléon qui mange les femmes et les enfants indociles; que c’est aussi un esprit malin dont la demeure est au loin dans la forêt et qu’il faut apaiser par des danses, des mascarades et des libations.
Plus d’une femme a déjà payé de sa vie d’avoir, en se moquant, prononcé le nom du Yassi.
Anyambyé : le Dieu créateur
On invoquait Anyambyé, le Dieu créateur, et les ancêtres, dans les cas de maladies, de famine, de manque de gibier.
Le chef de clan officiait vers 5 heures du malin ou 5 heures du soir, le front enduit de blanc ; il jetait de l’eau saupoudrée de poudre rouge et blanche vers l’est, vers l’ouest et vers les plantations.
Les chasseurs, avant de partir, se livraient à un rite individuel comportant des bains (de l’homme et des armes), et des incisions sur la main où l’on versait certaines poudres ; les rites duraient cinq jours pendant lesquels on ne devait frapper personne.
Le départ pour la guerre donnait lieu à des cérémonies qui se déroulaient dans un campement de brousse.
Certaines écorces et des pousses de bananiers
Certaines écorces et des pousses de bananiers étaient placées dans une marmite pleine d’eau.
A un certain moment l’eau se mettait à « bouillir sans feu » et tourner dans la marmite en donnant de l’écume.
Noix de palme
Chacun des guerriers prenait une noix de palme et la plaçait sur l’écume ; si la noix plongeait, l’homme mourrait à la guerre ; on ne gardait que ceux dont les noix surnageaient.
Pour une petite guerre, douze hommes suffisaient.
Une fois, pour une expédition contre un village Fang qui avait tué un Galoa sans motif, on en mit 24.
Une marmite miraculeuse sortit de terre.
Les Galoa tuèrent 4 Fang et rapportèrent leurs têtes.
Le village Fang s’en alla.
Ceci se passait au moment où le capitaine de la Bastie fonda Lambaréné.
Il y avait des sorciers qui dansaient la nuit ; mais c’était surtout chez les Nkomi.
Le miroir
Les devins-guérisseurs lisaient l’avenir dans le miroir, et, auparavant, dans une marmite noircie contenant de l’eau.
Les poisons
Les Loumbou avaient enseigné aux Nkomi les poisons et ceux-ci ont pénétré chez les Galoa avec qui les Nkomi se mariaient.
Masques Galoa

On connaît d’eux quelques masques, tous typés et de même style: face ovale ou plus souvent ronde, front légèrement bombé, orbites creuses, sourcils arqués, nez allongé, bouche projetée en avant.
Le décor peint est immanquablement blanc pour le fond et noir avec quelques touches de rouge pour le nez, les orbites et la bouche.
Le blanc est ici couleur de la chance et de la paix; le noir, de la guerre et de colère.
Les masques portent le nom de la danse dont ils sont l’ornement.
Le nom générique est Okuyi.
Ces masques, chez les Galoa, se manifestent lors des retraits de deuil, de la naissance de jumeaux, du retour d’un membre de la communauté initiatique qui s’était provisoirement expatrié, d’un événement particulièrement heureux (bon dénouement d’un procès,
etc.), de l’initiation des jeunes garçons ou de la mort d’un notable.
Le masque vient donc sanctionner les joies et les peines tout autant que rétablir l’ordre social (bris d’un interdit majeur, inceste, crime).
C’est l’expression symbolique de la puissance du groupe sur les individus et surtout sur les femmes et les enfants.
Situation Géographique de Lambaréné
Lambaréné, situé sur la grande île d’Oréryè, entre les deux bras de l’Ogoouè, l’Orèmbo-Ovolo et l’Orèmbo-Owango (la grande rivière et la petite rivière), au carrefour des voies de communication du Bas-Ogoouè et du Haut-Ogoouè, de la Ngouniè et des lacs, Lambaréné était appelé à
prendre un grand développement.
Fondation et évolution de Lambaréné
Sa fondation par des maisons de commerce étrangères se place entre les années 1874 et 1880.
En 1874, lors du passage du Marqlùs de Compiègne et d’Alfred Marche, les factoreries se trouvaient encore à Adolinanongo.
En 1880, à l’établissement de la Mission catholique, elles étaient déjà
installées dans l’île.
Après les maisons commerciales, vint la Mission catholique, établie vers la pointe EwondjoNengè, aux environs du village Oyènano, ensuite le Poste Administratif.
D’abord commandé par un simple Chef de Poste, Lambaréné devint dans la suite chef-lieu de circonscription.
Puis il retomba au rang de subdivision dépendant de Ndjolé.
Il redevint ensuite chef-lieu de circonscription, chef-lieu de département, chef-lieu de région du Moyen-Ogowè, jusqu’à ces derniers jours où on vient de l’ériger en Commune Mixte, avec un Administrateur-Maire à la tête.
Le port fluvial de Lambaréné a vu passer depuis ses origines une innombrable flottille de bateaux de rivière.
Le premier en date fut le « Delta », de la Mission Hatton et Cookson. Vinrent ensuite le « Pioneer » (Paniya des indigènes) de la même maison et son successeur le « Falaba », coulé dans le Bas-Ogoouè, à proximité de la localité baptisée de ce nom; l’« Okota », de la maison Woermann, qui se brisa sur les rochers; puis le « Move)) de la même maison; l’« Oviro » (viens donc) et « l’Oka» (partons), tous deux à la maison John Holt, en service durant une vingtaine d’années; la « Nyanga » de Hatton et Cookson, la « Jeanne-et-Louise » de la maison Sajou.
Le nauffrage au lac Ezanga, le « Conqlù », de la maison Daumas-Béraud, échoué sur la plage de Port-Gentil.
Puis les bateaux de la marine: en 1867, le « Pionnier» (bateau à hélices), commandé par M. Aymès, lieutenant de vaisseau, chargé par l’Amiral Fleuriot de Langle de conclure des traités avec les divers chefs du Feman-Vaz et de l’Ogoouè.
En 1884, l’autre grande canonnière à aubes, montée à Libreville, chargée de faire la police sur les bords du fleuve, qui se brisa à la descente, dans un bras du delta, sur un tronc d’arbre, par les grandes eaux, à la saison des pluies.
Missions : Protestante, Evangélique et Catholiques
La première Mission établie chez les Galoa fut la Mission protestante américaine, fondée en 1874 par le Dr Nassau, à Bélambila, point situé en amont de Lambaréné, et transportée trois ans plus tard près de Lambaréné, à l’endroit où elle existe encore.
Cette Mission a passé en 1897 aux Missions Evangéliques de Paris qui, depuis, en ont ouvert une autre à Ngomo, à l’entrée du lac Onangué ou Grand Lac.
En 1880, P. Delorme, envoyé par Mgr Le Berre, se rendit avec l’expédition de Brazza dans le delta de l’Ogoouè et jusque dans la Ngouniè, son principal affluent de gauche; il fut l’un des premiers Européens qui aient entendu gronder les chutes Tsamba.
Après un rapport enthousiaste qu’il fit à son évêque sur les dispositions des Galoa, la Mission de Lambaréné fut décidée, et, dans un second voyage, le 14 février 1881, le P. Delorme en jetait les fondations.
Mais son rôle se borna surtout à des arrangements avec les Souverains et à des prédications adroites et dévouées qui lui attirèrent les préférences des autochtones.
Vie en société
Autrefois patrilinéaire et patrilocale.
Mais, quand ils étaient au lac, un enfant, chassé par son père, se réfugia chez son oncle maternel.
Coutume Galoa
La coutume est alors devenue matrilinéaire (66).
L’héritage est partagé entre les enfants du mort et sa famille maternelle.
Clans Galoa
Les clans principaux sont: Anouva (clan du « roi-soleil J») ; Adyavi (le premier arrivé à l’Ogowè) ; Adyéna (le plus nombreux).
Citons encore par ordre alphabétique:
Agala (défense de manger des machoirons : inkembè), Akasa, Akaza, Akolldja, Akosa, Ambini (défense de manger des silures: inyozi), Amomba, Aromba, Asala, Asawa, Asiga, Avandji-Angolo, Avonda, Awarn (alliés à la panthère), Ayamba, Ayéngé, Awandji, Adyavi, Advèna, Ayanguè, Avondro, Amoumba, Adonga, Aourou, Aromba, Avemba, Ambini, Asala, Asavia, Ahombé.
Certains clans descendent d’une même mère, Adyèna et Ahombé, Ambini et Adyavi et Asah.
Il y a exogamie non seulement avec son clan, mais avec le clan parent.
Dot chez les Galoa (en 1800-1900)
La dot consistait autrefois en marchandises : 6 pièces de tissus de 20 yards, un fusil à pierre, un grand neptune, 5 paquets de sel, un miroir, un bonnet rouge, une barre de fer, un collier de traite, une tige de cuivre, 500 g de poudre.
Depuis 1883 on paya l’impôt et l’argent fut introduit.
La dot valait jusqu’à 700 francs en écus de 5 francs.
Aujourd’hui c’est diffèrent.
Activités économiques chez les Galoa
Bananes, manioc, ignames, maïs, patates, taro… On défrichait à la hache et on plantait à la machette.
Le palmier à huile était spontané : quand il n’y en avait pas, on en plantait (ce fut le cas aux lacs).
L’alcool (alougou) était tiré du vin de palme, des bananes rouges, du miel, de la canne à sucre.
Pas d’élevage, sauf de rares cabris, moutons et poulets (trop de vols et de carnassiers).
Par contre beaucoup de pêche en saison sèche (paniers, nasses, lignes). Le poisson sec est vendu aux forestiers.
Chasse éléphants (il y en avait beaucoup), hippopotames, antilopes, lamantins, sangliers, singes, rats, serpents.
Interdictions chez les Galoa
Selon les clans, il est interdit de manger du gorille, du chimpanzé, de la panthère, du python.
La mère du clan Ahourou avait enfanté une panthère (Bouanga)
(quand un Ahourou rencontre une panthère, il lui dit « je suis le fils de Bouanga » et elle l’épargne).
Il y avait beaucoup de moustiques sur les lacs ; on mangeait très tôt et, la nuit, on brûlait des nids de fourmis noires ou des brisures de noix de palme pour les écarter.
Ustensiles de cuisine
On fabriquait autrefois des marmites en terre, des cruches.
Le métier de forgeron était libre ; il n’y en a plus aujourd’hui ; il travaillait le minerai trouvé en terre.
Vêtements originels
Les vêtements étaient en écorce de bois Mpondé ; on prenait la fibre en dessous de la première écorce ; on la battait avec des morceaux de bois, on la lavait, on la séchait au soleil.
On obtenait ainsi des bandes d’un mètre de large qu’on portait en pagne avec une ceinture.
Maisons
La maison était en paille et bambou, comme aujourd’hui.
Vannerie et tissage des objets
Les femmes tissaient des nattes et les teignaient au bois rouge ou à l’ébène. On en faisait commerce.
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Sources :
ABBÉ ANDRÉ RAPONDA WALKER, NOTES D’HISTOIRE DU GABON, avec une introduction, des cartes et des notes de Marcel SORET, Maître de Recherches de l’O.R.S.T.O.M. IMPRIMERIE CHARITÉ, MONTPELLIER, 1960
BOWDICH. – o. c.
BRIAULT (R.P.). – Notice biographique du P. Amable Delorme, Bulletin des PP. du Saint-Esprit, 1908.
COMPIÈG~E (Marquis de) et MARCHE (Alfreà). – o. c.
HAUSER (Anàré). – o. c.
FLEURIOT DE LA~GLE (Vice-Amiral). – o. c.
LEJEUl’-. »‘E (R.P.). – Dans l’Ogowè, Lettre de Juillet 1886. Annales Apostoliques (PP. du St-Esprit).
MARCHE (Alfred). – Trois voyages en Afrique Occidentale; Sénégal, Gambie, Casamance, Gabon, Ogowè. Paris, Hachette, 1879, 1 vol., 24 grav., 1 c.
MÉMOIRES DE L’INSTITUT D’ÉTUDES CENTRAFRICAINES, BRAZZAVILLE
Nouvelle Série N O 6, Hubert DESCHAMPS, Gouverneur E. R., Directeur des Sciences humaines à l’Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer, Chargé de mission par le Centre National de la Recherche Scientifique, TRADITIONS ORALES ET ARCHIVES AU GABON, Contribution à l’ethno-histoire, ÉDITIONS BERGER-LEVRAULT, 5, rue Auguste-Comte — PARIS (VIe), 1962.
Perrois Louis (1983), Les masques du Sud et du Centre du Gabon, In : A propos d’une donation : les côtes d’Afrique équatoriale, il y a 100 ans, Caen : Musée des Beaux-Arts de Caen, 15-50.
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